jeudi 23 février 2012 Dernière mise à jour 00h19
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Il faut légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, dit un comité d'experts

Les Canadiens vivent dans le déni de la mort, selon le rapport de la Société Royale du Canada

Caroline Montpetit   15 novembre 2011  Santé
En matière de soins palliatifs, le comité réclame que les gouvernements, les institutions de soins de santé, et les médecins travaillent ensemble pour assurer de meilleurs soins palliatifs, et cela, au-delà des cas de cancer.
Photo : Agence Reuters Stefan Wermuth
En matière de soins palliatifs, le comité réclame que les gouvernements, les institutions de soins de santé, et les médecins travaillent ensemble pour assurer de meilleurs soins palliatifs, et cela, au-delà des cas de cancer.
La société canadienne vit dans le déni de la mort. Seulement 9 % des Canadiens acceptent en effet de parler avec leur médecin des conditions dans lesquelles ils veulent mourir et prennent des dispositions à cet effet.

C'est l'une des conclusions d'un imposant rapport de la Société Royale du Canada, auquel ont participé six experts reliés à des domaines divers, dont l'éthique, le droit et la médecine. Ce comité recommande au gouvernement de modifier le Code criminel de façon à permettre le suicide assisté et l'euthanasie, lorsque ce choix s'impose, auprès d'un patient jugé compétent pour prendre une telle décision.

D'entrée de jeu, les experts citent une récente enquête de l'Economist Intelligence Unit, qui a comparé la qualité de la mort dans 40 pays de la planète. Si le Canada s'y est classé 10e, l'étude note que «la médicalisation de la mort au Canada a engendré une culture dans laquelle les gens ont peur d'aborder le sujet de la mort».

Médicalisation ou pas, 77 % des Canadiens n'ont pas accès à des soins palliatifs, nous rapportent les experts mandatés par la Société Royale du Canada. Et malgré le souhait qu'ont la plupart des Canadiens de mourir à la maison, 68,6 % d'entre eux finissent par mourir à l'hôpital. Dans l'ensemble, du pays, c'est au Québec que ce taux est le plus élevé, avec 86 % des morts survenant à l'hôpital.

Sur la question délicate de l'euthanasie et du suicide assisté, les auteurs du rapport arrivent à des conclusions qui vont à l'encontre de la position du gouvernement fédéral, qui a déjà dit ne vouloir rien changer au Code criminel concernant l'euthanasie et le suicide assisté.

Or, selon les experts, qui ont également passé en revue tous les pays où ces approches sont légalisées ou décriminalisées, il n'y a aucune preuve que cette décriminalisation entraîne des abus dans l'application, c'est-à-dire la pratique de l'euthanasie ou du suicide assisté sur des personnes non compétentes ou non consentantes. Au contraire, affirmait hier en téléconférence Jocelyn Downie, cosignataire du rapport, on retrouverait de plus nombreux cas de ces débordements précisément dans les pays où l'euthanasie et le suicide assisté ne sont pas légalisés.

«L'euthanasie est pratiquée au Canada, où elle est clairement illégale. Le suicide assisté est pratiqué au Canada, où il est clairement illégal», explique Jocelyn Downie.

Les Canadiens favorables à l'euthanasie

Rappelons que 85 % des Canadiens se sont déjà prononcés en faveur de l'euthanasie parce qu'ils croient qu'elle permettrait aux personnes en fin de vie d'alléger leurs souffrances, selon un sondage Angus Reid effectué en 2010. Et 66 % croient que le fait de légaliser l'euthanasie n'aura pas pour effet d'envoyer le message que la vie des personnes âgées ou handicapées a moins de valeur. Quant aux personnes ayant pratiqué le suicide assisté, les sondés estiment à 41 % qu'elles ne devraient pas être poursuivies.

En matière de maintien ou de cessation des soins auprès d'un patient, la situation est moins claire, disent les auteurs du rapport. Aussi, dans la liste de leurs recommandations, ils suggèrent qu'il soit indiqué dans le Code criminel que le retrait des soins pour lequel il y a eu un refus légalement valide n'est pas criminel. Le comité d'experts demande aussi que les professionnels de la santé soient formés au devoir de respecter un refus des soins en fin de vie, sans craindre des poursuites criminelles.

En matière de soins palliatifs, le comité réclame que les gouvernements, les institutions de soins de santé, et les médecins travaillent ensemble pour assurer de meilleurs soins palliatifs, et cela, au-delà des cas de cancer.

Enfin, en matière de sédation palliative ou terminale, déjà largement utilisée dans les institutions de santé canadienne, le comité demande qu'elle soit considérée, lorsqu'elle ne sert pas à réduire la douleur physique, comme de l'euthanasie, et qu'elle soit sujette aux mêmes procédures.

Des réserves d'autres experts

Certains experts dans le domaine du droit de la santé ont déjà émis des réserves concernant les conclusions du rapport des experts de la Société royale du Canada.

Me Pierre Deschamps, spécialiste en droit de la santé, a qualifié d'«extrême» la position des experts signataires du rapport, entre autres choses parce qu'elle ne limite pas la pratique de l'euthanasie aux malades en phase terminale.

«Cela ouvre la porte à une situation où tout un chacun qui serait fatigué de la vie et qui aurait plus de 18 ans pourrait demander à ce qu'on l'aide à se suicider», dit Me Deschamps, qui avait consulté hier un résumé du rapport. Me Deschamps souligne aussi que les auteurs du rapport semblent placer l'autonomie de la personne au-dessus de toutes les autres valeurs qui participent au tissu social de la société.

Or, «en société, dit-il, il y a des balises et des contraintes».

La spécialiste du droit de la santé Margaret Somerville a aussi exprimé «une forte opposition» aux conclusions du rapport, qu'elle a qualifié de «manifeste pro-euthanasie». Margaret Somerville, qui est elle-même membre de la Société Royale du Canada, conteste en particulier les données du rapport quant à l'absence d'abus dans certains pays où l'euthanasie et le suicide assisté sont légalisés, soit aux Pays-Bas et en Oregon.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Patro
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 05h07
    LaPalice
    «Cinq minutes avant sa mort, il était encore vivant»

    La réflexion sur la mort et mourir est l'histoire d'une vie. On veut la voir selon sa psyché, son propre intérêt et selon les cinq minutes interminables qui la précède.

    Au fond, ce que ce rapport permet de mettre en évidence c'est d'abréger ce cinq minutes qui durent des années. Parents, voisins amis, atteints de maladies chronique,( irréversible à long terme et atteignant une qualité de vie inféodée à la souffrance ) combattent la mort avec une efficacité redoutable et pendant des années sachant très bien repousser ces dernières minutes mais en les vivant pendant des années.
    Ceci vaut aussi bien pour les malades physiques que psychique. Le suicide est aussi précédé de ces cinq minutes qui pour certains ont duré 80 ans.
    Mourir en bas âge ou dans la fleur de l'âge est accepté uniquement par les gouvernements qui réclament «des Morts pour la Patrie». Mais oblige de rester en vie pour payer des impôts qui serviront à payer les soins des personnes qui n'en veulent pas.
    En fait, est-ce que les humains occultent la mort ou si ils se donnent le devoir de souffrir. Est-ce une obligation que de souffrir et si oui pourquoi? Doit-on satisfaire les obligations reliées à des professions qui ont pour but de faire vivre les humains jusqu'à la mort!
    Il est aisé de philosopher sur les beautés de la vie lorsque l'on est en santé. Il est aisé de ne pas comprendre la maladie mentale lorsque l'on a seulement mal au pied. Il est aisé de demander aux autres d'avoir du courage et de souffrir, lorsque l'on vit avec l'idée que la mort viendra nous chercher et que l'on partira «comme un petit oiseau» dans notre sommeil.
    Toutes ces positions sur le courage des malades et l'obligation de les accompagner dans leurs souffrances et de ne pas vouloir manquer leurs dernières cinq minutes relève plus du devoir de servir que du devoir de réserve.

    Notre devoir: Baliser et non d'interdire.

    Vite,

  • Marie-Paule Dessaint
    Inscrite
    mardi 15 novembre 2011 06h40
    .. surtout que les retraités sont resposables de tous les maux de la terre....
    Des études ont montré que dans la plupart des cas, ce sont les familles et non le malade qui demande l'euthanasie en fin de vie. Que les malades ne le demanderaient pas autant s'ils étaient mieux soignés en fin de vie (le côté humain, la maltraitance, l'indifférence). De plus en plus, et cela est malheureux, on entend que tout est de la faute des baby-boomers et de leurs aînés... jusqu'à un simple débat sur la protection d'un parc. Explosion des dépenses en santé, des caisses de retraite, etc. Comme tout est généralisé à outrance et plus les plus âgés vont sentir qu'ils dérangent ou qu'ils en demandent trop, plus alors, ils vont se suicider ou demander qu'on les «suicident» dès le moindre problème. Ça pousse derrière... eux et plus ce sera ainsi. Pour leur argent aussi. Alors, quand on ne se sent plus accepté et que l'on souffre déjà d'être vieux ou malade... il ne semble pas y avoir d'autre issue.

    En janvier 2011, la France a d'ailleurs supprimé un article de sa Loi sur l'euthanasie afin d'éviter des dérapages. Car c'est certain, des dérapages, il va y en avoir.

    Malgré tout ce que je viens d'écrire, je voudrais avoir le droit de mourir dans la dignité et de choisir de partir quand je veux et de la façon de mon choix. J'ai vu tellement de proches de ma famille mourir à petit feu dans des conditions (physiques) épouvantables. Et d'autres personnes, totalement seules.

    Au risque de donner l'impression de faire de la publicité, je viens de traiter de tous ces sujets dans mon dernier livre «Cap sur la retraite. 25 points de repère pour franchir les transitions». Les desiderata de fin de vie y sont exposés (comment je souhaite que l'on me traite en fin de vie), tout comme la liste épouvantable des cas de maltraitance. Bien sûr, ce n'est pas la norme (la maltraitance), mais quelle façon de vieillir et de mourir, quand on a passé sa vie à servir son pays.
    J'ai hâte de lire tous les commentaires. C'est important!

  • Marie-Paule Dessaint
    Inscrite
    mardi 15 novembre 2011 06h55
    Un texte sur le sujet de Denis Bombardier, dans le Devoir en 2010
    J'ai retrouvé dans mes dossiers ce texte de Denise Bombardier sur ce sujet...
    Magnifiques

    http://www.ledevoir.com/societe/sante/295993/quell

  • Pierre Schneider
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 07h21
    Harper va dire non
    Le rapport, par ailleurs excellent, de ce comité, va aller tout droit dans la poubelle de Stephen Harper. Et c'est lui seul qui maintenant décide de notre doit de vie ou de mort.

  • France Marcotte
    Abonnée
    mardi 15 novembre 2011 08h38
    Alors, comment on le quitte ce foutu cirque?
    On entre dans la vie en criant et tout gluant, mais qui se rappelle de sa naissance (à moins peut-être de se laisser régresser sur le divan d'un psy des profondeurs)?
    La sortie est plus problématique.
    Si on observe la forêt par exemple, les arbrisseaux naissent comme nous les humains, mais s'écroulent de différentes manières, soit foudroyés, soit pourris dans la moelle, soit fauchés par la tordeuse d'épinette ou autre parasite, soit bûchés par une grande papetière...
    La mort est inventive dans ses manières.
    On voudrait bien mourir sans y penser mais un corps vieux, c'est bien encombrant vers la fin, ça s'accroche et ça toussote, ça exige qu'on en fasse quelque chose.
    Les mouroirs font leur temps. Tôt ou tard faudra bien voir la vérité en face: faut mourir et ça se bouscule au portillon.
    Quelle est la façon la plus élégante de tirer sa révérence d'ici bas?
    La réponse viendra peut-être à force d'en parler.
    Certainement pas en se terrant dans un silence factice, sourd à l'appel de la terre sous nos pieds.

  • Rara
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 08h43
    Euthanasie
    Le fait de décider à la place d'autrui de sa propre mort, et surtout pour des personnes en situation de grande vulnérabilité n'est absolument pas légitime dans un Etat démocratique : le jour où l'on s'autoriserait à abréger la vie de personnes qui n'ont rien demandé, au motif qu'elles sont vulnérables, fragiles ou en fin de vie, nous aurions alors beaucoup à craindre pour l'avenir.

  • Yvon Bureau
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 08h52
    Excellent rapport
    Très bon, réaliste et sage rapport, celui de la SRC.

    Le très important, c'est qu'il soit permis au Canada à un mourant de demander et de recevoir une aide médicale active, si nécessaire et si librement demandée, et si respectant un cadre strict et sécuritaire préétabli. C’est ce que veut une personne en fin irréversible de vie ou au bout de sa vie et de son corps.

    Il faut garder criminels l’aide et l’encouragement au suicide, l’euthanasie non volontaire, l’euthanasie autre que médicale, le meurtre par compassion. C’est une excellente sécurité que se donne le Canada et il faut la garder.

    CEPENDANT, une aide médicale active à mourir pour un finissant de la vie, le Gouvernement canadien, comme l’Assemblée nationale du Québec s’apprête fort probablement à le faire, doit reconnaitre cette aide exceptionnelle comme un soin approprié et personnalisé de fin de vie. RIEN à voir avec un crime.

    Cessons d’opposer les soins palliatifs et l’euthanasie SOUS conditions. C’est complémentaire. L’exemple de dix années de la Belgique est éloquent.

    Quant à madame Summerville, elle devrait en urgence rencontrer l’honorable Jean-Louis Baudouin, juge en chef à retraite; selon ce grand sage, il n’y a pas eu d’abus en Belgique ou en Hollande (étude en 2009). Bon de rappeler à M. Deschamps que l’autonomie de la personne en fin de vie est devenue une valeur sociétale majeure. La primauté au patient. Son seul intérêt et son libre-choix. Dans une relation intense mourant-médecin

    www.yvonbureau.com
    www.collectifmourirdigneetlibre.org
    http://www.collectifmourirdigneetlibre.org/blog.ph

  • J45021
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 08h54
    L'euthanasie
    Je crois que les mots qu'il faut retenir de cet article sont ceux de Me Deschamps quand il dit:« une personne qui aurait plus de 18 ans pourrait demander à ce qu'on l'aide à se suicider». Toute la clé est là. En faisant cette demande, la personne mettrait en marche tous les processus existants pour le soigner de son mal-être et, possiblement l'amener à changer ses projets et à vivre heureux. Actuellement, le suicide se fait en catimini et les personnes qui pourraient aider ne sont pas appelées en renfort parce qu'elle ne sont pas mises au courant de la volonté de se suicider des gens. C'est pourquoi, je suis en accord avec ce projet parce qu'il permettrait d'identifier les personnes suicidaires avant qu'il ne soit trop tard.

  • michel lebel
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 09h21
    Non!
    L'euthanasie et le suicide assisté ne sont pas des bons choix pour une société. Mieux vaut aller vers une généralisation des soins palliatifs. Une société qui opte pour des choix de mort n'est pas une société digne de l'homme. Ce n'est plus une société, mais un simple agrégat d'individus, une anomie.


    Michel Lebel

  • Nicolas Lauzier
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 09h23
    Biais et vice de logique
    Ce rapport semble être biaisé et omettre certaines informations bien importantes. D'abord, dire que 70% de la population n'a pas accès aux soins palliatifs, même que 68% meurent à l'hôpital, ne prend pas en considération le fait qu'il existe des lits et des équipes dédiées aux soins palliatifs dans plusieurs hôpitaux. Lorsque ceux-ci ne sont pas explicitement indiqués et formalisés, les professionnels de la santé reconnaissent l'état de santé des personnes et ajustent leur plan de traitement en conséquence. Ainsi, associer le fait de mourir à l'hôpital et ne pas avoir accès aux soins palliatifs est erroné.

    Aussi, le refus de traitement est déjà une procédure légale et en principe reconnue par les professionnels. Une personne a le droit de refuser un traitement, même si cela peut engendrer ou précipiter la mort. Le meilleur exemple: Les transfusions sanguines et les témoins de Jéhovah.

    De plus, la sédation n'est pas un acte d'euthanasie car on ne tue pas la personne en la sédationnant. Un exemple: une sédation durant une chirurgie... L'état de conscience est altéré et la personne est maintenue dans cette condition pharmacologiquement. Ce qui est différent en soins palliatifs, c'est que le processus du mourir est en cours, de manière naturelle. Il n'est pas induit volontairement. Le fait de sédationner les personnes permet de limiter les douleurs, de même que, parfois, des symptômes qui peuvent être difficiles pour les patients et leurs familles. Ces décisions se font en concertation et basées sur une longue étude des situations cliniques.

    Finalement, dire que nous avons tellement occulté la mort via l'usage de la médication et de proposer par conséquent de la médicaliser encore plus via l'euthanasie (et ainsi permettre d'occulter pas seulement la mort mais aussi le processus naturel du mourir), est un vice dans l'argumentaire.

    En conclusion, malgré qu'on qualifie d'experts les gens qui ont réfléchi sur ce sujet

  • André Michaud
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 10h12
    oui au gros bon sens
    Dans une situation ou la population vieillit et les coûts pour les personnes âges se multiplieront, comment pourra t'on refuser à ceux qui sont lucides de vouloir partir et laisser plus de fric pour les autres..??

    J'espère qu'on me laissera décider pour MA vie..surtout quand ça libère du fric pour les autres..

  • novis
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 10h13
    aboutissement du matérialisme?
    De toute évidence, il y a du monde qui pousse fort pour légaliser le suicide assisté.

    Je trouve le titre tendancieux ("il faut ... dit un comité d'experts").

    J'aimerais qu'on m'explique davantage qui pousse si fort. Qui sont ces "experts"? Qui a fait appel à ce comité, et dans quel contexte? Qui a intérêt à faire de la mort un acte pharmacologique lucratif? Il me semble qu'un travail d'enquête journalistique s'impose. L'apparent consensus social ne devrait pas suffir à nous faire avaler la pilule.

    Plus largement, il me semble qu'on assiste à l'aboutissement du matérialisme. Ni la vie ni la mort n'ont plus rien de sacré. Même le passage à la mort sera monnayé.

    Personnellement, je pense que quand on se replie sur l'idée que notre vie n'est que matière, alors la mort ne veut plus dire grand chose (si ma vie n'est que matière, ça ne change rien pour moi que je meure demain ou dans dix ans). Ironiquement, quand on transpose cette réflexion sur la destinée humaine tout entière, on arrive à la même conclusion (si l'homme n'est que matière, et si rien d'autre n'a pu être témoin de la destinée humaine, alors à sa disparition, cette destinée n'aura eu aucun effet, aucune signification).

  • France Marcotte
    Abonnée
    mardi 15 novembre 2011 10h44
    À force d'en parler (ou même d'en rire).
    J'ai vu dans un reportage que pour soigner quelqu'un d'une phobie, celle des araignées par exemple, il faut tranquillement habituer le sujet à la présence de la chose qui fait peur.

    Ici, c'est la mort.
    Je remarque que même les humoristes n'en parlent jamais, eux qui aiment tant apparemment s'attaquer à tous les tabous.

    Je crois qu'il faut en arriver à parler de la mort avec désinvolture et alors, la question de savoir comment mourir se résoudra d'elle-même.

  • Pierre Bellefeuille
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 10h46
    Sujet toujours très délicat!
    La personne gravement atteinte doit décider pour elle-même de continuer ou cesser de vivre malgré la douleur physique et psychologique. Ce choix doit partir de la personne concernée d’abord, en tenant compte de ses limites.

    La mort donne un plein sens à la vie. Nous avons placé beaucoup d’espoir dans la médecine, nous avons construit une société performante, il n’est donc pas surprenant que la mort soit considérée comme un échec dans un système travaillant pour la vie, mais à quel prix parfois.

    Certains débats idéologiques mentionnaient « de quel droit s’interpose-t-on entre dieu et la vie pour l’abréger? ». On peut aussi reverser la question et dire : de quel droit s’interpose-t-on entre dieu et la vie pour la prolonger parfois dans des conditions qu’on n’imposerait pas à un animal?

    En dehors des idéologiques, il y a la personne seule avec son problème. J’ai travaillé pendant 8 années dans les hôpitaux de soins longues durées. J’ai vu des gens, malgré la maladie, très forts psychologiquement, toujours souriant et accueillant, et j’ai aussi vu l’autre extrême. Quand je pense à l’euthanasie, je pense à cet autre extrême, où la souffrance crie délivrance, à cette personne que j’ai vu souffrir et qui demandait qu’on la laisse partir depuis des années, car elle souffrait de sclérose en plaques, de diabète et de parkinson, elle était alitée en permanence. Le jour où elle est décédée, tous ont poussé un soupir de soulagement empathique. J’ai parlé avec l’aumônier et je lui ai dit qu’on aurait pu l’aider à partir avant, il était bien d’accord avec moi.

    Des équipes multidisciplinaires devraient savoir prendre la bonne décision, lorsque le patient veut mourir. Dignité!

  • SNost
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 11h22
    Mais qui sont ces experts?
    Aux Pays-Bas, la légalisation a amené toutes sortes d'abus de la part de médecins moins consciencieux (cas qui dépassent le cadre légal, passer outre les procédures prescrites, etc.). Même si les abus ne sont pas généralisés, loin de là, ce sont des morts non désirées de trop. Mais tout dépend de l'importance que l'on veut donner à la vie. C'est ce qui nous permet de juger de notre degré de civilisation finalement....

  • Notsag
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 11h39
    Quelle est la véritable motivation des "contre"
    Je crois que les véritables motivations de ceux qui appuient bec et ongle le statut quo sont d'ordre religieux. Cela est tout à fait légitime, et je respecte leur opinion.

    Toutefois, comme ils sont bien conscients que cet argument ne suscitera pas un très large appui, ils le camouflent donc derrière l'argument de la peur.

    Peur de dérapages. On laisse sous-entendre que cela se fera sans régulation ni contrôle. Or tout les pays ayant légalisé l'euthanasie et/ou le suicide assisté ont mis en place des règles très sévères. Il ne pourrait en être autrement ici. Laisser entendre le contraire serait démagogique.

    Malgré cela, ils continuent à dire qu'il y aurait risque de dérapage. Ils ont parfaitement raison. C'est l'argument irréfutable par excellence. Personne au monde ne pourra garantir qu'il n'y aura jamais un individu qui fera fi des règles et agira selon ses propres valeurs, ou non-valeurs. Est-ce suffisant pour renier à toute une population le droit de décider de leur propre fin de vie?

    Malgré les meilleures intentions du monde, on voit régulièrement des cas de maltraitance de nos aînés dans les CHSLD. Est-ce une raison suffisante pour exiger leur fermeture?

  • Denis Paquette
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 11h41
    C'est le monde dans lequel nous vivons
    Tout le monde voudrait mourir a la maison, mais comment mourir a la maison, quand il n'y a personne pour nous accompagner. Pauvre monsieur avoir plus de fric vient seulement compliquer les choses car combien de gens vivent du commerce de la mort C'est selon moi le commerce le plus important , Qui a envie de faire disparaitres ce que l'on appelle le patrimoine. Enfin ne dit on pas qu'une fois mort ca n'a plus d'importance excepté pour ceux qui nous survive,
    Voila ou ca blesse ,Faut- il tous passer par la viellesse avant de mourir

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 12h10
    Mon père est mort à la maison
    D'un cancer. On lui injectait de la morphine. Mais jamais assez. Il aurait bien voulu s'épargner ses deux ou trois dernières semaines de souffrance. Il m'a demandé de le faire. Mais je n'avais pas les compétences médicales, et face à un risque d'accusation de meurtre, qu'aurais-je pu faire?

  • Killian Meilleur
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 12h18
    Mais va-t-on un jour cesser de les confondre!!!
    L'euthanasie

    N'EST PAS

    Le suicide assisté

    Lequel N'EST PAS

    L'euthanasie.

    Arrêtez, ventrebleu, je vous en supplie, de vous saigner à blanc dans des débats impossibles qui portent sur les deux en même temps!!! Depuis quand débat-on de l'application de deux projets de lois dans le même discours?

    L'euthanasie réfère à l'acte de tuer (trêve de pléonasmes) une personne qui n'a plus la capacité d'agir de quelque façon que ce soit, et s'applique, par exemple, aux comateux, ou à toute personne sans défense. Dans ce cas précis, la décision n'est pas prise par la personne intéressée, et la mort, infligée bien évidemment sans son consentement.

    Le suicide assisté consiste à donner à une personne en souffrance et ayant confirmé ses intentions suicidaires les moyens de commettre son suicide. Le dernier geste, l'acte de suicide, qu'il soit de presser sur un bouton etc., reste « entre ses mains ». Dans ce cas particulier, la personne doit avoir son libre-arbitre.

    Rien de mieux pour démoniser ces deux pratiques que de les engluer l'une dans l'autre. Elles n'ont pas les mêmes enjeux, les mêmes conséquences et les mêmes implications, et le simple fait d'en traiter comme un seul bloc embrouille et paralyse complètement les débats... comme celui-ci.

    Rappelons-nous aussi, comme les détracteurs de ces deux pratiques l'oublient souvent, qu'une légalisation signifie souvent une réglementation (ce qui serait nécessaire dans un pareil cas). Suicide assisté ne signifie pas «suicide libre». Rien n'empêche d'exiger l'avis de plusieurs experts pour déterminer si, oui ou non, l'individu n'a vraiment « plus d'espoir », et d'exiger un suicide devant témoins légaux.

    Une chose ma fait rire, toutefois, et c'est les gens, fort nombreux à ce qu'il semble, qui s'imaginent qu'un humain ne désirant pas la mort est capable de se tuer pour « libérer du fric ». La décision de mourir n'est possible que lorsque tout s'effondre autour de nous. Respe

  • philippe ouimet
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 12h59
    au comité d'experts
    Veuillez prendre le temps de lire le billet`ABOUTISSEMENT DU MATÉRIALISME`
    @novis...BRAVO et merci

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 13h09
    «Enfin ! ..une solution simple et radicale aux problèmes d'engorgement des hôpitaux !
    .

    Enfin ! ..une solution simple et radicale aux problèmes d'engorgement des hôpitaux ! - Étant donné que le système n'arrive pas à bien traiter les patients en fin de vie... Pourquoi ne pas les raccourcir un peu...hein..? - Il parait que le paradis, c'est très confortable et qu'on n'y manque de rien !

    Le problème étant, que l'on pourra faire pression pour que mononc ou matante dégage un peu plus vite, pour sauter sur l'héritage ou se débarrasser d'un membre de la famille devenu encombrant... à moins que l'hôpital se mette aussi de la partie...

    Un jour ce sera peut-être votre tour...

    C'est un pansez-y bien

    Christian Montmarquette
    Montréal

    .

  • Pierre Bellefeuille
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 13h09
    Où est le seuil?
    Qu’est-ce qui définit le seuil assurant un passage assisté vers la mort, pour soulager les souffrances?

    J’ai mentionné un cas extrême plus haut, lequel demandait ouvertement qu’on mette fin à sa vie. Ce n’est pas toutes les personnes, même lourdement touchées par la maladie, qui demande qu’on abrège leur vie. Cela dit, je crois qu’on doit écouter celles le demandant. Est-il nécessaire de se rendre à cet extrême pour prendre cette décision? Où est le seuil?

    On entend très souvent les experts sur les questions médicales, psychologues, philosophes, etc. Mais, je crois qu’on nous n’entendons pas assez ceux vivant cette souffrance, qui pourraient témoigner de leur désespoir, des difficultés vécues chaque heure du jour avec la perte d’autonomie, la perte des fonctions vitales.

    Je crois que le passage assisté vers la mort relève de la dignité. Certes, il y a des risques de dérapages. Le sujet de la souffrance laisse place à beaucoup d’interprétations. On ne peut pas tirer aucune généralisation dans le domaine de la souffrance, car les limites de chacun peuvent varier.

    On ne peut pas généraliser l’euthanasie, ni même généraliser de préserver la vie à n’importe quel prix, je pense que nous n’avons pas le droit de coincer qui que ce soit entre les deux. Le choix de partir appartient, il me semble, à la personne vivant les souffrances au quotidien. Un comité formé d’un infirmier ou infirmière, d’un médecin, d’un prêtre, d’un ou des membres de la famille, et d’un juriste, peut s’assurer d’une décision libre et éclairée.

  • Julio Quintero
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 14h01
    Socrates aurait "du fun" au Canada !
    Voilà une argumentation "solide" : Les Canadiens vivent dans le déni de la mort, selon le rapport de la Société Royale du Canada. DONC, Il faut légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, dit le comité d'experts...
    Tout aussi logique que dire: on ne veut pas trop penser à la mort; donc, il faut légaliser le suicide et ne pas montrer qu'il est une fausse solution.
    Un raisonnement d'une logique telle que le bon vieux Socrates l'aurait rabattu en 15 secondes.
    Pourquoi ne pas faire preuve d'honnêteté et avouer simplement que nous voulons fuir la douleur; faire du déni sur son existence ou ne pas la regarder en pleine face?

  • SNost
    Abonné
    mardi 15 novembre 2011 17h27
    @Nostag
    L'argument des "contres" n'est pas toujours sur une base religieuse. Je suis résolument athé et je crains tout de même sérieusement la portée d'une décriminalisation de ces actes.

    Je suis d'ailleurs bien d'accord avec le principe de mourir de la façon "souhaitée", par l'euthanasie s'il le faut, mais c'est l'application concrète du cadre réglementaire qui fera toujours problème selon moi.

    Bref, je crois qu'on voudra décriminaliser la mort assistée (suicide assisté et euthanasie), jusqu'à ce que les cas d'abus s'accumulent et qu'on se mette à douter, finalement... Après combien de mises à mort discutables?

  • Louka Paradis
    Inscrit
    mardi 15 novembre 2011 20h51
    Une société mortifère
    Ne soyons pas naïfs ! Il y a tout un lobby qui pousse de plus en plus fort au portillon...Je crois qu'il y a des gens d'affaires qui salivent déjà à la perspective de la légalisation de l'euthanasie active, et surtout, du suicide assisté : «Ahhh ! encore un nouveau marché qui s'ouvre pournous, le privé : des endroits spéciaux pour mourir, avec du personnel spécialisé, des compagnies thanato-médicales pour les préparations létales et tout l'arsenal nécessaire, de l'équipement para-médical, des bureaux d'avocats et de notaires, etc.

    Et beaucoup beaucoup de gens qui voudront, sans l'avouer, se débarrasser d'une personne malade ou trop âgée, ou encore, pour hériter plus rapidement. Quelle dérive morale ! Comment pourra-t-on ensuite défendre la vie comme un droit sacré ? Et qu'adviendra-t-il du serment d'Hippocrate que prêtent les médecins ?

    Il faut plutôt investir dans les soins en fin de vie : diminuer la souffrance, éviter l'acharnement thérapeutique, accompagner les familles. Bref, oui à l'humanisme. Non ! à une nouvelle avancée du capitalisme et de la déshumanisation.

  • Carl-Dave Tremblay
    Inscrit
    jeudi 17 novembre 2011 19h45
    Droit de choisir, juste pour la fin dans les souffrances insoutenables!
    Je dit oui, oui pour vivre et non au suicide de notre vivant.
    Un accident de travail m'a emporté mais ils m'ont sauvé, maudis que j'ai souffert le martire. J'ai toujours aimé la vie et je l'aime encore.
    La vie est belle rien n'est mal tout est bien, il y a du bien dans tout faut la vivre notre vie mais, à la fin dans les souffrances qui sont insoutenables, je dit oui pour le suiside assisté!
    J'ai souffert pour vivre, je ne souffrirais pas pour mourrir!
    Oui!

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
26 réactions
12 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Publicité

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012