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Libre opinion - Maladies chroniques et pays en développement

Chantal Blouin, directrice adjointe du Centre de droit et de politique commerciale et codirectrice de l'Initiative sur la santé et la politique étrangère à l'Université Carleton, et Laurette Dubé, détentrice de la Chaire James McGill sur la psychologie des consommateurs et du marketing et directrice scientifique de la Plateforme mondiale sur la convergence entre l'économie et la santé de l'Université McGill  19 septembre 2011  Santé
Jusqu'à récemment, les maladies chroniques telles que le cancer, le diabète et les maladies cardiovasculaires étaient perçues comme étant des maladies de prospérité et de peu de conséquences pour les pays en développement. Cependant, les rapports de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) montrent maintenant qu'il s'agit bien d'un problème mondial et d'un nouveau fardeau pour les systèmes de santé déjà fragiles des pays émergents et des pays les plus pauvres. Le Forum économique mondial classe déjà ce problème comme un des plus grands risques pour l'économie mondiale, étant donné son impact sur la productivité et sur les coûts des soins de santé.

Afin de confronter ce défi à la santé mondiale, les chefs d'État sont conviés aux Nations unies pour un sommet sur les maladies non transmissibles (MNT) à New York aujourd'hui et demain. La déclaration qui a été négociée en préparation pour ce sommet somme les pays d'adopter une approche qui implique l'ensemble de la société, mais sans définir cette approche, au-delà de la reconnaissance du besoin d'inclure les acteurs sociaux autres que les gouvernements afin d'atténuer les quatre facteurs de risques pour les MNT, c'est-à-dire une mauvaise alimentation, le manque d'activité physique, la consommation abusive d'alcool et le tabagisme. Depuis près de dix ans, les partenaires de la Plateforme mondiale de McGill ont articulé ce qu'implique une telle approche.

Premièrement, elle doit inclure la perspective des cliniciens et des patients et améliorer les traitements de ces maladies. Durant les négociations menant au sommet, les pays en développement ont demandé la création d'un nouveau fonds mondial ayant des ressources dédiées aux traitements des maladies chroniques. En effet, les patients du Sud demandent pourquoi ils peuvent avoir accès aux antirétroviraux pour traiter le VIH-SIDA, mais non pas à l'insuline pour contrôler leur diabète. Pour l'instant, les pays industrialisés s'opposent à la création d'un nouveau fonds pour les MNT, étant donné les contraintes fiscales auxquelles ils font face. Cependant, les discussions sur l'avènement de nouveaux mécanismes de financement pour le développement, tels que la taxation sur les transactions financières, seront peut-être fructueuses.

En second lieu, l'approche préconisée place l'individu au centre des préoccupations, mais concentre ses efforts à changer les environnements physiques et socio-économiques dans lesquels nous vivons, nous travaillons, nous nous déplaçons. L'objectif est de transformer «l'architecture de choix» qui s'offrent aux individus: que la nourriture saine soit abordable et facilement accessible sur les lieux de travail, à l'école, à la maison et que se rendre au travail à pied ou faire ses courses en vélo soit agréable et sécuritaire. Très souvent, les consommateurs connaissent bien quels sont les facteurs qui contribuent à une bonne santé, mais ces connaissances ne se traduisent pas par des choix santé dans le quotidien. Nos choix sont faits de façon plus impulsive et plus ou moins consciente; ils ne sont pas indépendants des environnements dans lesquels nous évoluons.

Troisièmement, l'innovation dans le secteur privé est un élément clé de la transformation à venir. Le rôle des grandes entreprises dans les négociations à l'ONU est controversé. Plusieurs considèrent que les industries de l'alimentation, des boissons alcoolisées et de l'automobile contribuent directement à la création des environnements malsains menant à la montée des maladies chroniques; donc elles sont en position de conflit d'intérêts lorsqu'il est le temps de discuter des solutions à prendre. Mais, comme le reconnaissent des fonctionnaires des Nations unies, «ces industries font partie du problème, elles devront faire partie des solutions».

Les experts en gestion, tels que Michael Porter de l'Université Harvard, ont proposé que les firmes devraient changer leur manière de faire de manière à ce qu'elles visent la «création de valeur partagée». Ces firmes travaillent à augmenter leur compétitivité, tout en contribuant à améliorer les conditions économiques et sociales des communautés où elles opèrent. Il ne s'agit pas là de philanthropie. Les communautés plus prospères et en meilleure santé sont des milieux plus propices pour les affaires. Cette approche est aussi un moteur d'innovation. Les firmes innovatrices sachant créer de nouveaux produits et marchés qui contribuent à des environnements plus sains en tireront des bénéfices.

Les Nations unies et ses États membres ont de la difficulté à développer des mécanismes appropriés pour des partenariats avec les acteurs du secteur privé qui adoptent cette vision. De nouvelles formes de collaboration avec le secteur à but lucratif et les organisations à but non lucratif devront être établies. Le Sommet de New York est une occasion de concevoir ces nouvelles manières de collaborer en plus d'être une invitation pour les gouvernements à s'engager à la transformation des environnements construits et sociaux. Tout cela permettra d'attaquer de front les quatre facteurs de risques des MNT pour s'assurer que les patients, peu importe où ils vivent, aient un meilleur accès au traitement.

***

Chantal Blouin, directrice adjointe du Centre de droit et de politique commerciale et codirectrice de l'Initiative sur la santé et la politique étrangère à l'Université Carleton, et Laurette Dubé, détentrice de la Chaire James McGill sur la psychologie des consommateurs et du marketing et directrice scientifique de la Plateforme mondiale sur la convergence entre l'économie et la santé de l'Université McGill
 
 
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