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Plus de médecins pour moins de soins

Le problème est canadien, mais le Québec est à la traîne du reste du pays

27 juin 2011 | Louise-Maude Rioux Soucy | Santé
Les rangs des médecins ont beau se regarnir peu à peu, l'accès aux soins continue de se fragiliser. Un important coup de sonde rendu public aujourd'hui montre que les délais d'attente continuent de s'allonger au Canada tandis que le temps consacré en soins directs aux patients est à la baisse. Une combinaison qui inquiète les médecins canadiens.

Publié ce matin, ce troisième sondage national a permis de prendre le pouls de 18 000 médecins qui posent un regard critique sur leur pratique en mutation. Premier constat: ni l'apport de nouvelles forces vives ni les milliards investis ces dernières années n'auront permis ne serait-ce que de stabiliser l'accès aux soins.

Les patients ont en effet attendu plus longtemps en 2010 que lors de l'exercice précédent tenu en 2007. Seuls 47 % des patients ayant un problème urgent ont eu accès à un médecin en moins de 24 heures, contre 39 % au Québec. Pour les soins non urgents, 26 % des Canadiens ont eu des soins en moins d'une semaine, contre 11 % au Québec. Ce qui le place en queue de peloton pour ces deux indicateurs.

En décortiquant les chiffres, on constate que le Québec figure parmi les derniers dans plusieurs autres indicateurs, notamment pour le nombre de patients suivis par les médecins de famille en une semaine, soit 80 pour une moyenne canadienne de 107. C'est aussi ici que les médecins ont les plus petites pratiques: 1433 patients contre 2275 à Terre-Neuve et Labrador.

Le Québec est souvent à la traîne, convient le Dr Jean-Bernard Trudeau, porte-parole de l'Association médicale canadienne, qui a réalisé cette recherche de concert avec le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et le Collège des médecins de famille du Canada. «Je crois que l'organisation des soins explique en grande partie ce retard. Je n'ai pas vu le contenu des ententes [annoncées la semaine dernière par Québec], mais je sais que cela fait partie des enjeux majeurs de la dernière négociation.»

Le problème de l'accès n'est pas uniquement québécois, mais canadien, tempère le Dr Trudeau. Plusieurs éléments expliquent cette fragilisation croissante. «L'élément qui revient le plus, c'est que la médecine d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier: 72 % des répondants ont dit avoir vu leur pratique se complexifier.» Les médecins citent aussi le vieillissement de la population et la nécessité de prendre en charge de plus en plus de malades chroniques, ce qui accapare beaucoup de leur temps.

«Les patients sont aussi de plus en plus informés et donc de plus en plus "demandants", ajoute le Dr Trudeau. Ce n'est pas une mauvaise chose. De plus en plus d'études démontrent que plus on passe du temps avec la personne, plus elle s'approprie ses soins. Elle devient alors un partenaire de soins et elle requiert moins de soins de santé par la suite.»

Mais encore faut-il que les médecins aient du temps à consacrer à leurs patients, ce qu'ils ont de moins en moins. La paperasse et l'administration mobilisaient en 2010 plus de temps que lors du dernier coup de sonde effectué en 2007. À l'inverse, la part consacrée aux soins directs a diminué. Ce n'est pas faute de travailler. La semaine moyenne des médecins compte 51,4 heures, le Québec fermant encore une fois la marche avec 48,4 heures.

Pour le Dr Louis Hugo Francescutti, président du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, tous ces chiffres commandent une réaction musclée. «Les constatations tirées du SNM démontrent clairement qu'il faut intervenir immédiatement dans deux domaines fondamentaux du système de santé du Canada: l'accès aux soins en temps opportun et la viabilité du système.» Il en va de l'efficacité de notre réseau, prévient-il.
Mais encore faut-il que les médecins aient du temps à consacrer à leurs patients, ce qu'ils ont de moins en moins.
 
 
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