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    Hydro: le champ électromagnétique des nouveaux compteurs soulève des inquiétudes

    13 juin 2011 |Louis-Gilles Francoeur | Santé
    Chaque compteur d’électricité fait rapport à un autre jusqu’à celui qui réunit les données et les achemine, comme un téléphone sans fil, à Hydro-Québec.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Chaque compteur d’électricité fait rapport à un autre jusqu’à celui qui réunit les données et les achemine, comme un téléphone sans fil, à Hydro-Québec.
    L'installation de 3,7 millions de compteurs intelligents par Hydro-Québec, en remplacement des actuels compteurs mécaniques, est en voie de déclencher un débat public et environnemental important sur la pollution par les champs électromagnétiques (CEM) en raison du nombre croissant d'acteurs sociaux désireux d'approfondir ce dossier.

    L'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), qui a lancé le débat sur les gaz de schiste, se prépare à l'action dans ce domaine en montant un dossier contre les principales sources de cette pollution invisible, mais potentiellement cancérigène, selon le récent verdict rendu par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le cas particulier du téléphone cellulaire. Cet appareil est une des nombreuses sources de CEM.

    D'autres groupes militants, comme le Collectif Sauvons nos enfants des micro-ondes, s'activent depuis quelques années à lézarder l'indifférence des grands médias pour ce dossier difficile à maîtriser. Ils ont contesté l'installation d'antennes dans des clochers à proximité d'écoles notamment.

    Plus récemment, un citoyen, Jean Hudon, a envoyé une mise en demeure à Hydro-Québec, lui intimant sous peine de plainte devant la Régie de l'énergie, voire devant les tribunaux, de ne pas installer de compteur intelligent chez lui. Ce droit de refus est reconnu à certains endroits. M. Hudon, qui a fait parvenir au Devoir sa correspondance avec Hydro-Québec, se dit prêt à signer un engagement écrit de faire lui-même son relevé mensuel.

    Même le Parti québécois s'est mis de la partie, mais en contestant simplement le fait qu'Hydro-Québec avait accordé le contrat des compteurs intelligents à la société européenne Landis+Gyr. La porte-parole du PQ, Martine Ouellet, une ingénieure d'Hydro-Québec, est d'accord sur le principe des nouveaux compteurs. Mais elle aurait préféré que le contrat soit accordé à Variton Technologies, de Saint-Hubert.

    Des compteurs comme des sans-fil

    Le système fonctionne ainsi. Chaque compteur fait rapport à un autre jusqu'à celui qui réunit les données et les achemine, comme un téléphone sans fil, à Hydro-Québec.

    Selon la présidente d'Hydro-Québec Distribution (HQD), Isabelle Courville, l'intensité des fréquences électromagnétiques des nouveaux compteurs a été prise en compte dans l'appel d'offres. HQD, dit-elle, voulait éviter tout appareil qui émet des signaux en permanence. Celui qui a été retenu, affirme-t-elle, «n'exige pas plus d'une milliseconde par jour» lorsqu'il fait son rapport au compteur suivant.

    Et les champs électromagnétiques, dit-elle, sont 450 000 fois inférieurs aux normes de Santé Canada et 13 000 fois moins importants que ceux d'un cellulaire. Ce n'est pas l'avis d'un spécialiste dont on retrouve deux vidéos révélatrices sur Internet et qui dit avoir été obligé de changer d'appareil, car les émissions étaient trop puissantes pour le premier qu'il a utilisé (stopsmartmeters.org).

    Les assurances données par Hydro-Québec ne rassurent aucunement les adversaires des émissions électromagnétiques, qu'elles proviennent du câblage électrique des maisons, de l'entrée électrique, des appareils domestiques, des cellulaires, des systèmes d'ordinateurs sans fil, des téléphones domestiques sans fil ou des compteurs intelligents.

    Quand Hydro-Québec dit que ses compteurs vont émettre une fois par jour pendant une milliseconde, cela implique qu'il y aura un seul relevé quotidien. Hydro-Québec compte se passer de ses 725 «releveurs» de compteurs, qu'elle prévoit affecter à d'autres tâches. Elle économisera ainsi 300 millions en 20 ans, soit moins que le coût des appareils.

    Pour le professeur Jean-Thomas Bernard, de l'Université Laval, HQD n'a pas grand-chose à gagner ainsi: le transfert au compteur intelligent n'est rentable, dit-il, que s'il permet à terme de surfacturer aux heures de grande consommation.

    C'est effectivement le seul véritable gain que l'on fait ailleurs dans le monde quand on installe ces compteurs, qui permettent d'instituer une «facturation différenciée» selon les heures de consommation. Cette stratégie fait généralement bondir la facture d'électricité. Hydro-Québec n'a mentionné aucun projet en ce sens, mais n'a pas démenti que ses nouveaux compteurs permettraient de surfacturer durant les pointes de consommation, le matin et le soir.

    En Ontario, le gouvernement McGuinty a mis cartes sur table en lançant l'installation des compteurs intelligents. Le débat là-bas porte sur les impacts de cette surfacturation dans le secteur résidentiel, que l'on assimile à une taxe déguisée destinée à siphonner davantage les poches de la classe moyenne. Et qui frappera davantage les plus pauvres. Au Québec, on a écarté l'idée d'installer des compteurs d'eau dans les résidences précisément pour cette raison.

    Un débat plus européen et américain

    Mais le débat environnemental sur les ondes électromagnétiques est beaucoup plus avancé qu'ici en Europe et aux États-Unis.

    Dans le comté de North San Francisco Bay, les élus ont interdit l'installation de compteurs intelligents dans les 70 000 habitations de la région au nom du principe de précaution.

    De son côté, la commission permanente de l'Union européenne, une instance de l'Assemblée européenne, vient d'adopter la résolution 1815, qui propose l'adoption d'une norme sur les CEM qui serait 10 000 fois inférieure à celle du Canada. La commission propose aussi d'appliquer rigoureusement le principe de précaution aux enfants, en interdisant les cellulaires dans les écoles et les systèmes d'ordinateurs et de pads sans fil. Enfin, la résolution propose de mettre fin à l'installation d'antennes cellulaires près des résidences. En France, on débat d'une norme allant de 0,5 km à 1 km des résidences alors qu'au Québec, et notamment à Montréal, on en voit sur le sommet de certaines grandes tours d'habitation.












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