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Une pilule pour endormir les mauvais souvenirs

Louise-Maude Rioux Soucy   27 mai 2011  Santé
Jim Carrey et Kate Winslet dans Eternal Sunshine of a Spotless Mind.<br />
Photo : Agence Reuters
Jim Carrey et Kate Winslet dans Eternal Sunshine of a Spotless Mind.
Une pilule pour faire taire les mauvais souvenirs. On se croirait dans une scène du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind dans lequel deux anciens amoureux recourent à la science pour effacer le souvenir de leur relation passionnée. Nous sommes pourtant dans un laboratoire montréalais tout ce qu'il y a de plus sérieux qui a réussi, au moyen d'un simple médicament, à altérer durablement la mémoire de souvenirs négatifs.

La découverte publiée dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism remet en doute la théorie voulant que les souvenirs ne puissent être modifiés une fois qu'ils ont été gravés dans le cerveau et consolidés en mémoire. Ce dogme, qui a perduré pendant un siècle, avait déjà été solidement ébranlé au début des années 2000 par un chercheur de l'Université McGill, Karim Nader, qui, justement, cosigne ce passionnant article.

À l'époque, le chercheur avait démontré, par le biais d'un modèle animal, que lorsqu'un souvenir surgit, la mémoire devient instable et peut être changée. Sa découverte a inspiré une équipe de chercheurs de l'Université de Montréal oeuvrant au Centre d'études sur le stress humain de l'hôpital Louis-H. Lafontaine. «Nous sommes partis du modèle animal de Karim et on a essayé de voir comment on pouvait appliquer cela chez l'humain», raconte son auteure principale, la doctorante Marie-France Marin.

Pour ce faire, l'équipe dirigée par la professeure Sonia Lupien s'est intéressée au cortisol, une hormone du stress capable d'affecter la mémoire. «On avait toujours pensé que l'effet du cortisol fonctionnait seulement lorsque l'hormone était modulée», raconte Mme Marin. Pour vérifier cette hypothèse, l'équipe a donc sélectionné 33 hommes sur lesquels elle a testé l'effet d'un médicament empêchant la synthèse du cortisol dans le corps, le métyrapone.

Ceux-ci ont d'abord été invités à apprendre une histoire composée d'événements neutres et négatifs. Trois jours plus tard, le groupe a été divisé en trois. Un tiers a reçu un placebo, un autre tiers une dose de métyrapone, le dernier tiers, deux doses. Ils ont ensuite été priés de rassembler leurs souvenirs pour raconter l'histoire. Tous ont été revus quatre jours plus tard, une fois les effets du médicament disparus, pour se prêter au même exercice.

Les chercheurs ont pu constater que le médicament avait non seulement atténué, voire occulté les informations négatives dans l'immédiat, mais que cet effet avait perduré dans le temps, et ce, sans la béquille du médicament. Un effet qui, par ailleurs, n'est apparu que chez ceux qui avaient reçu une double dose.

Ce groupe se rappelait beaucoup moins d'informations ayant trait aux scènes négatives, raconte Marie-France Marin. «Ce qui est intéressant, c'est qu'on n'a noté aucune différence avec les scènes neutres. D'autres études avaient déjà testé des médicaments ayant des effets semblables, mais chaque fois, on s'était aperçu que les molécules affectaient aussi les scènes neutres. Et là, ça devient problématique parce qu'éthiquement parlant, on se dit qu'on n'est pas très spécifique dans l'effet. Sans compter qu'on a besoin des informations neutres pour contextualiser et mettre les choses en perspective.»

À terme, l'idée serait d'utiliser cette molécule pour aider les personnes atteintes d'un choc post-traumatique comme des soldats, des victimes de viol ou d'attentats à mieux composer avec ces événements, même si le trauma est passé depuis longtemps. Attention, cela ne devrait pas remplacer la thérapie, mais la faciliter, met en garde Mme Marin. «On sait déjà que la thérapie est très efficace. Par contre, il y a des gens qui y sont résistants, et pour ceux-là, jumeler la pharmacologie pourrait rendre le souvenir moins vif et donc plus gérable.»

L'armée américaine explore cette avenue depuis un certain temps déjà. Elle travaille toutefois avec une autre molécule, le propranolol, un bêtabloquant qui agit lui aussi sur les hormones du stress. À la différence près que ce médicament agit sur les réactions physiologiques de la personne (réactions cardiaques, sudation) qui baissent alors d'intensité. Cela facilite la thérapie, mais n'affecte pas les souvenirs en tant que tels.

Avec le métyrapone, on agit directement sur l'émotion. Est-ce à dire que la science pourrait bientôt rattraper la fiction? Ce serait plutôt l'inverse, répond Mme Marin. «Le film [de Michel Gondry, sorti en 2004] est en fait basé sur les recherches de Karim. Mais on s'entend, c'est plus grand que nature dans le sens où les protagonistes ne se souviennent plus de rien. Ce qui pose par ailleurs de sérieuses questions éthiques.»

L'équipe montréalaise prône plutôt une utilisation prudente de cette molécule, qui n'est pas produite commercialement en ce moment. Pour cela, elle entend continuer ses études sur l'humain en santé afin de bien en comprendre tous les mécanismes, insiste la chercheuse. «Le danger avec ça, on l'a vu avec le film, c'est qu'on aille trop vite et qu'on brûle des étapes. En voulant aider, on ne voudrait pas en venir à créer plus de mal que de bien.»
 
 
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  • Jeannot Duchesne - Abonné
    27 mai 2011 09 h 46
    Un côté de la médaile est plus pesant que l'autre et il semble que ce ne soit pas le bon.
    Si l'humain a besoin des souvenirs neutres pour mettre en perspective les événements, n'a-t-il pas aussi besoin des souvenirs négatifs?

    Un personne qui subit un traumatisme, plus ou moins sévère à la suite d'un accident ou un crime, n'a-t-elle pas besoin de ces mauvais souvenirs pour une meilleur gestion des événements futurs? Certes que nous n'apprenons pas tout de ces traumatismes. Mais la parole de prévention ne risque-t-elle pas de devenir une suite de mots vides parce que la mémoire ne pourra plus jauger correctement le événements par comparaison, par abstraction dans les raisonnements?

    Pour ce qui est de la légalité, un criminel ne pourra-t-il pas user de ce médicament pour rendre vague et même effacer tout souvenir pouvant l'inculper? N'y aurait-il pas eu un usage de ce médicament à la commission Gomery?

    En psychothérapie on y voit un médicament pour soigner les problèmes post-traumatique en accompagnement; la thérapie sera-t-elle aussi efficace avec des souvenirs flous ou absents d'événements? La phrase clé en psychothérapie est: "il faut en parler", pourra-t-on vraiment en parler si le souvenir est vague ou peut-être même absent?

    Quels en seront les effets et les conséquences à long terme?
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  • France Marcotte - Abonnée
    27 mai 2011 13 h 48
    Et pourquoi il me manque ce doigt?
    L'histoire ne dit pas si, avec le médicament, les mauvais souvenirs disparaissent en permanence ou s'ils finissent par revenir.
    Et je suppose que l'événement traumatisant ne doit pas avoir laissé de stigmate. En effet, imagine-t-on quelqu'un qui a perdu une jambe qui ne se souvienne plus comment cela est arrivé? Et puis, le plus difficile pour lui, est-ce l'événement traumatisant ou de voir jour après jour qu'il lui manque une jambe dans une société qui adule les corps parfaits?
    On parle donc surtout d'événements traumatisants qui n'ont pas laissés de trace physique?
    Comme dans le film quoi...
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  • BetaRetheur - Inscrit
    27 mai 2011 14 h 10
    Ces découvertes qui font peur.
    Deux trucs, l'économie et l'éthique.

    - l'économie :
    Ont-ils pensé à faire toutes les demandes de brevets liés à leurs recherches, pour que les américains ne récoltent pas tous les futurs bénéfices qui en découleront ?

    - l'éthique :
    Dans un monde comme le nôtre, qui a perdu ses repères éthiques, ce genre de recherche est appelé à avoir des résultat catastrophique.
    Ce n'est pas tant qu'il n'y a aucun champs légitime d'application, mais que pousser aussi loin les avancées technologiques avec si peu de repères moraux, c'est comme mettre un fusil chargé dans les mains d'un enfant : à terme, on est assuré d'une catastrophe.

    Si vous croyez que j'exagère quand je dis que notre monde a perdu ses repères moraux, dites moi, selon vous, quel consensus social y a t'il aujourd'hui autour des questions : "quelle est la nature profonde de l'être humain, quelle est sa destinée ultime, en quoi consiste le plein accomplissement de sa personne, quel est son véritable bien ?"

    Beaucoup de personne auront des réponses à cela, même que beaucoup auront une conception globale élaborée sur ce sujet, mais je pose la question du vrai consensus social.
    Nous sommes passablement épuisé de ce débat, mais il n'y a pas de véritable consensus.

    Dans la pratique, ce n'est pas la prudence qui prévaut, mais le pragmatisme.

    Économiquement, il est plus intéressant d'avoir une innovation qui suscite des problème pour lesquels on déploiera des solutions, même partielles, que de choisir de progresser avec réserve.
    En général, on fini par dire que le bien qu'on pourra réaliser grâce à ces découvertes dépasse les risques liés à la mauvaise utilisation qui "pourrait" en être fait. Je doute de cela parce que je doute de notre capacité à faire des choix prudents.

    Cela dit, je ne suis pas contre le progrès, il fait partie de notre nature. Mais je dois avouer que dans le contexte de notre époque, j'aurais préféré qu'on ait pas fait ce genre de déc
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    27 mai 2011 14 h 38
    Sagesse.
    La chercheuse termine sur une note de sagesse. Sinon, ça pourrait s'avérer une boîte de Pandore.
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  • Archange Gabriel - Inscrit
    27 mai 2011 15 h 18
    Les politiciens
    Les politiciens n'ont pas besoin de pilule pour oublier leurs mauvais coups ni leurs promesses. Et le peuple a aussi la mémoire courte quand on lui dit qu'il y a quelqu'un qui a les deux mains sur le volant.

    Des pilules pour endormir les mauvais souvenirs. Pourquoi pas une pilule pour oublier qu'on est atteint de la maladie d'alzeimer.

    L'humain a besoin de se rappeler de son passé. C'est comme ça qu'il peut faire des choix éclairés. Le cerveau est un ordinateur que l'on peut programmer pour envoyer à la poubelle les souvenirs indésirables. Le monde des pilules....

    AR
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  • Samuel Lauzon - Inscrit
    27 mai 2011 15 h 28
    Le meilleur des 2 mondes!
    Ce qui est génial là-dedans, c'est qu'on va pouvoir envoyer nos bons soldats prêts à tuer pour nous rapporter ce pétrole indispensable à notre économie et une fois qu'ils sont de retour à la maison: Hop! Une petite pilule et le tueur est à nouveau un bon père de famille!

    Des souvenirs édulcorés, ça veut dire moins de frais de santé, de psychothérapie, de drames familiaux ici en terre canadienne, donc une meilleure image médiatique et une augmentation de l’enrôlement. Plus de soldats à l’étranger et plus de bon père de familles chez nous! Le meilleur des 2 mondes!

    Vous aurez deviné qu’il s’agit d’un commentaire sarcastique et caricatural, mais je crois que les risques de dérapages sont bien réels.
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  •  
  • Roland Berger - Abonné
    27 mai 2011 15 h 37
    Les têtes heureuses
    Le cortisol est « une hormone stéroïde (corticostéroïde) secrétée par le cortex (la partie externe) de la glande surrénale » (Wikipédia). La recherche citée dans l'article met en lumière l'existence de ceux et celles que j'appelle les têtes heureuses. Souvenirs négatifs ? Connais pas. Le cortex de ces gens doit travailler temps double.
    Roland Berger
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  •  
  • AMARRIGE - Inscrit
    27 mai 2011 16 h 06
    blessures mentales,et mémoires ancestrales
    perte de temps,d'énergie et d'encre.
    la spiritualité dépasse la science .
    Par son taux vibratoire élevé,et son pouvoir magnétique sur ces blessures mentales,on obtient la guérison.
    je détiens ce don et ce pouvoir,de libérer les blessures mentales et ancestrales.
    Il faut d'abord les reconnaitre et les nommer.,et donner ordre de...
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