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    Sommeil trompeur - Le manque de sommeil, mal de la vie moderne

    15 juin 2002 | Isabelle Paré | Santé
    Photo : Jacques Nadeau
    L'humain passe normalement le tiers de sa vie à dormir. Mais le rythme de vie fait que travailleurs, parents et écoliers limitent de plus en plus le temps passé dans les bras de Morphée. Mal en croissance, le déficit de sommeil a des conséquences insoupçonnées sur nos vies, sur notre santé, sur notre sécurité, que mettent en lumière de plus en plus de recherches. Dans une série de trois articles, Le Devoir fait un survol de ce nouveau mal de la vie moderne.

    Il y a 100 ans, l'homme dormait en moyenne neuf heures par jour. Aujourd'hui, l'Américain moyen ne passe plus que 7,5 heures la tête sur l'oreiller. Des millions d'autres, notamment des écoliers, se précipitent vers leur besogne après moins de sept heures de sommeil. En cette ère de performance, le sommeil est souvent relégué au dernier rang des priorités de la vie, et ce n'est pas un hasard si les troubles du sommeil, insomnie en tête, montent en flèche.

    Selon un sondage réalisé en avril dernier par la National Sleep Foundation des États-Unis, le manque de sommeil prend des proportions épidémiques chez nos voisins du Sud et rien ne permet de croire que ce soit différent ici. Qui n'a pas vu un collègue de travail arrivé au bureau l'oeil bouffi, les cheveux en bataille, se plaignant de ne pas avoir assez dormi et rêvant du week-end pour dormir tout son saoul.

    Alors que tout être humain normalement constitué devrait dormir en moyenne huit heures quinze minutes par nuit, pas moins de 40 % des Américains dorment moins de sept heures par nuit la semaine, et pas plus de 7,5 heures le week-end. Cette disette de sommeil ne cause pas que des désagréments mineurs. Les autorités de contrôle du transport routier estiment que la somnolence due à la privation de sommeil est à la source de 100 000 accidents de la circulation par année, dont 1500 mortels. Pas étonnant puisque près de 20 % des Américains avouent s'être déjà endormis au volant de leur voiture. À en croire ces résultats de sondage, sur nos routes, un conducteur sur cinq est un zombie au volant.

    Un débat national aux États-Unis

    Curieusement, l'économie forcée de sommeil entraîne une flambée de problèmes d'insomnie. Dans le même sondage, 58 % des gens rapportent vivre de l'insomnie plusieurs nuits par semaine et 6 % vont jusqu'à prendre des médicaments pour rester éveillés le jour.

    Les problèmes sociaux et de sécurité engendrés par le manque généralisé de sommeil sont à ce point croissants que le Congrès américain a convoqué, en 1998, une commission nationale sur les troubles du sommeil, d'où sont issues des recommandations concrètes adressées au gouvernement. Chaque année, on tient même chez nos voisins du Sud une semaine statutaire de sensibilisation sur le sommeil, surnommée la «National Sleep Awareness Week», dont les campagnes sont en passe de devenir aussi importantes que celles menées contre l'alcool au volant.

    Selon les chiffres avancés par cette commission du Congrès sur les troubles du sommeil, près de 40 millions d'Américains souffrent de troubles du sommeil, dont l'insomnie en tête. Au pays de l'oncle Sam, les coûts directs liés aux troubles du sommeil sont évalués à 15,9 milliards, alors que les coûts indirects et directs liés au manque de sommeil, en comptant les accidents routiers, oscilleraient quant à eux entre 50 et 100 milliards.

    En plus des accidents de la route, on estime que le manque de sommeil a aussi un rôle majeur à jouer dans de nombreux accidents de travail et sur la santé des travailleurs, comme nous le verrons dans le troisième texte de cette série. Plus encore, des études à grande échelle réalisées dans les milieux scolaires démontrent de façon limpide que le nombre d'heures de sommeil influence grandement les résultats des étudiants du secondaire. (À lire demain.)

    «C'est sûr qu'on est une société en dette de sommeil. Quel est l'effet à long terme de manquer une à deux heures de sommeil par jour? Il y a des indices de plus en plus nombreux qui nous montrent que cela peut être très important», soutient le Dr Diane Boivin, psychiatre et directrice du centre d'études sur le sommeil de l'hôpital Douglas.

    Bon sommeil, bonne santé

    En effet, les plus récentes recherches prouvent que les impacts physiologiques de la carence de sommeil vont bien au-delà des simples cernes sous les yeux. Des tests en laboratoire réalisés sur de jeunes hommes de 20 ans à l'université de Chicago ont permis de constater qu'après six nuits de quatre heures de sommeil, ces derniers présentaient des bilans sanguins similaires à ceux de personnes diabétiques.

    Dans cette étude, le Dr Eve Van Cauter a observé que le déficit de sommeil limitait de 30 % la capacité de ces jeunes à métaboliser le sucre dans leur sang, entraînant une baisse importante de leur sécrétion d'insuline. La production d'hormones de stress, appelées cortisol, grimpait en revanche à des niveaux élevés, favorisant l'hypertension et les pertes de mémoire.

    «Les résultats obtenus ressemblaient davantage à ceux d'individus de 60 ans qu'à ceux de sujets de 20 ans. L'idée que le sommeil ne sert qu'à reposer l'esprit prévaut depuis si longtemps que personne ne s'était vraiment penché sur les impacts du manque de sommeil sur la santé», a fait valoir le Dr Van Cauter, lors d'une entrevue accordée à ABC.

    Un facteur précipitant le diabète?

    La difficulté à maintenir des taux de sucre stables augmenterait aussi le risque de souffrir d'obésité et de diabète, deux maladies qui connaissent un essor fulgurant en Amérique. On soupçonne d'ailleurs le manque grandissant de sommeil d'être une des nombreuses causes de l'épidémie galopante d'obésité et de diabète, devenus des fléaux nationaux aux États-Unis.

    «Le sommeil n'est pas reconnu comme quelque chose d'important. Pourtant, c'est crucial. Les gens qui se préoccupent trop de leur sommeil passent pour des paresseux, et c'est souvent la première chose qui est sacrifiée quand les gens manquent de temps dans leur journée», affirme le Dr Boivin.

    Doit-on trouver normal que des parents réveillent leurs bambins pour les emmener aux services de garde dès 7h15 afin d'être à temps au bureau? Pour permettre une production continue et rentabiliser leurs équipements, le nombre d'entreprises qui adoptent des horaires de nuit et rotatifs va croissant. Pour desservir cette nouvelle population de travailleurs nocturnes, on voit en conséquence se multiplier le nombre de dépanneurs, de supermarchés, voire même de garderies ouverts 24 heures, qui doivent eux aussi embaucher du personnel de nuit. L'effet domino, quoi. Faut-il s'en inquiéter? «Je pense qu'il faut limiter au maximum la flambée du travail de nuit. Des tonnes de gens souffrent d'insomnie chronique et nous savons que le travail de nuit affecte de façon permanente la qualité du sommeil», estime le Dr Diane Boivin.

    Demain: le manque chronique de sommeil des écoliers: un facteur d'échec?
     
     
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