Priorité aux soins à domicile
Le réseau devra changer pour absorber le choc du vieillissement
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Il s'agit aussi de reconnaître que la population vieillissante change. «L'âge de la retraite est toujours de 65 ans, pas celui de la perte d'autonomie, qui a été repoussé à 75 ans, il faut que le réseau adapte ses approches», explique Lise Denis.
Si le Québec veut vieillir chez lui en santé, son réseau public devra apprendre à déléguer, à diversifier ses formules d'hébergement et de financement et à faire table rase des principes retenus jusqu'ici en matière de vieillissement. Faute de quoi, le choc sera terrible, prévient l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) dans un document placé sous le signe du pragmatisme et de l'action.
Les établissements peuvent plus et ils peuvent faire encore mieux, mais ils ne peuvent pas tout prendre sur eux, admet d'entrée de jeu la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis. C'est le cas par exemple de l'aide domestique, qui constitue encore un peu plus du quart des services offerts à domicile. «Nous sommes d'avis que l'effort majeur qui doit être consenti par le réseau doit l'être dans les services sociaux et les soins.» Aux entreprises d'économie sociale, donc, de prendre le relais pour de bon, tranche Mme Denis.
Le principe vaut aussi pour l'hébergement, qui devra tôt ou tard s'ouvrir à d'autres formules de financement, poursuit-elle. Présentement, 95 % des centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) sont gérés par le secteur public. Un seul l'est en partenariat public-privé (PPP). Ailleurs au Canada, beaucoup sont la propriété de coopératives, d'organismes à but non lucratif ou même d'entreprises privées, raconte Mme Denis. «On va avoir besoin des deux [le public et le privé]. Je ne pense pas qu'il faille avoir peur des partenariats à développer, dans la mesure où c'est bien encadré.»
Faut-il voir dans ces constats l'expression de la volonté des établissements de se désengager? Pas du tout, réplique Mme Denis. «Je le prendrais plutôt dans l'autre sens. Je pense que ce dont on parle, c'est d'un engagement de tout le monde à la bonne place.» Il s'agit aussi de reconnaître que la population vieillissante change. «L'âge de la retraite est toujours de 65 ans, pas celui de la perte d'autonomie, qui a été repoussé à 75 ans, il faut que le réseau adapte ses approches.»
Au-delà du financement, il lui faudra aussi se résoudre à sortir une fois pour toutes du carcan des grandes installations institutionnelles, croit Lise Denis. «Il est temps d'arrêter de penser que nos installations doivent être développées selon un seul modèle, celui du multiple de 64 places. Il faut aller vers des unités plus petites, plus souples [...], qui permettent de resserrer le tissu social.»
Ce genre de modèles adaptés à la réalité des communautés a permis au CSSS de Montmagny-L'Islet de revoir complètement son offre aux aînés en perte d'autonomie. Ce faisant, le CSSS a mis un terme aux centres d'hébergement institutionnels pour miser plutôt sur des pavillons de 16 chambres au maximum, enracinés au coeur des communautés. La démarche rappelle celle qu'a adoptée la ville de Copenhague, au Danemark, pays par ailleurs champion mondial des soins à domicile.
En la matière, force est d'admettre que le Québec accuse un retard quasi abyssal, y compris lorsqu'on le compare aux autres provinces canadiennes. En 2009-2010, 176 000 personnes ont reçu des soins à domicile, pour un total de 59 interventions et une moyenne rachitique de six heures de soins professionnels par usager et par année. Résultat: les établissements estiment qu'ils ne peuvent prendre en charge que 55 % des aînés en attente d'hébergement et 77,5 % de ceux qui reviennent à leur domicile après un séjour à l'hôpital.
Et pour cause. On calcule que seulement 2 % des dépenses totales en santé sont consacrées aux soins à domicile. Québec a bien annoncé 50 millions de dollars supplémentaires la semaine dernière, mais il en faudrait le double pour ne serait-ce qu'intensifier les services à la hauteur des besoins actuels, calcule l'AQESSS. Ça, c'est sans compter les nouvelles clientèles qui viendront s'ajouter en grand nombre à mesure que les baby-boomers prendront de l'âge.
Selon l'AQESSS, il est clair que les soins à domicile sont donc LA priorité. Loin devant les ressources en hébergement, qui mobilisent plus de 80 % des budgets en perte d'autonomie. C'est le pari audacieux qu'a fait le CSSS de La Matépédia en fermant des lits de longue durée pour réinvestir dans le soutien à domicile, ce qui a permis à 120 personnes de plus de demeurer chez elles, malgré des besoins complexes qui, autrement, les auraient conduites illico en CHSLD.
Le réseau a aussi tout à gagner à opter «pour le bon professionnel au bon endroit», argue l'AQESSS. Au CSSS du Sud-Ouest-Verdun, par exemple, on a réorganisé le travail infirmier en intégrant des infirmières auxiliaires à l'équipe de maintien à domicile. «Le recours aux agences [privées] est passé de 34 % à 16 % et le taux de roulement du personnel, de 8 % à 4 %, ce qui a eu un impact direct sur la qualité et la continuité des soins», se félicite sa directrice générale, Danielle McCann. Mieux, les listes d'attente sont devenues choses du passé et le nombre de visites a grimpé de 20 %.
Des projets comme ceux-là, il y a en a de plus en plus au Québec. Mais ils restent bien marginaux, déplore Lise Denis, qui souhaite qu'ils se généralisent. Le document présenté hier propose six cibles pour y parvenir. Toutes sont «non négociables». Autrement, le Québec devra se préparer au pire: des urgences plus débordées que jamais et l'ouverture forcée de 7000 lits de longue durée d'ici 2017. Le tout à fort prix (60 000 $ annuellement, contre 3000 $ pour des services à domicile) et contre la volonté des Québécois, qui rêvent plutôt de vieillir à la maison, en bonne santé.
Les établissements peuvent plus et ils peuvent faire encore mieux, mais ils ne peuvent pas tout prendre sur eux, admet d'entrée de jeu la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis. C'est le cas par exemple de l'aide domestique, qui constitue encore un peu plus du quart des services offerts à domicile. «Nous sommes d'avis que l'effort majeur qui doit être consenti par le réseau doit l'être dans les services sociaux et les soins.» Aux entreprises d'économie sociale, donc, de prendre le relais pour de bon, tranche Mme Denis.
Le principe vaut aussi pour l'hébergement, qui devra tôt ou tard s'ouvrir à d'autres formules de financement, poursuit-elle. Présentement, 95 % des centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) sont gérés par le secteur public. Un seul l'est en partenariat public-privé (PPP). Ailleurs au Canada, beaucoup sont la propriété de coopératives, d'organismes à but non lucratif ou même d'entreprises privées, raconte Mme Denis. «On va avoir besoin des deux [le public et le privé]. Je ne pense pas qu'il faille avoir peur des partenariats à développer, dans la mesure où c'est bien encadré.»
Faut-il voir dans ces constats l'expression de la volonté des établissements de se désengager? Pas du tout, réplique Mme Denis. «Je le prendrais plutôt dans l'autre sens. Je pense que ce dont on parle, c'est d'un engagement de tout le monde à la bonne place.» Il s'agit aussi de reconnaître que la population vieillissante change. «L'âge de la retraite est toujours de 65 ans, pas celui de la perte d'autonomie, qui a été repoussé à 75 ans, il faut que le réseau adapte ses approches.»
Au-delà du financement, il lui faudra aussi se résoudre à sortir une fois pour toutes du carcan des grandes installations institutionnelles, croit Lise Denis. «Il est temps d'arrêter de penser que nos installations doivent être développées selon un seul modèle, celui du multiple de 64 places. Il faut aller vers des unités plus petites, plus souples [...], qui permettent de resserrer le tissu social.»
Ce genre de modèles adaptés à la réalité des communautés a permis au CSSS de Montmagny-L'Islet de revoir complètement son offre aux aînés en perte d'autonomie. Ce faisant, le CSSS a mis un terme aux centres d'hébergement institutionnels pour miser plutôt sur des pavillons de 16 chambres au maximum, enracinés au coeur des communautés. La démarche rappelle celle qu'a adoptée la ville de Copenhague, au Danemark, pays par ailleurs champion mondial des soins à domicile.
En la matière, force est d'admettre que le Québec accuse un retard quasi abyssal, y compris lorsqu'on le compare aux autres provinces canadiennes. En 2009-2010, 176 000 personnes ont reçu des soins à domicile, pour un total de 59 interventions et une moyenne rachitique de six heures de soins professionnels par usager et par année. Résultat: les établissements estiment qu'ils ne peuvent prendre en charge que 55 % des aînés en attente d'hébergement et 77,5 % de ceux qui reviennent à leur domicile après un séjour à l'hôpital.
Et pour cause. On calcule que seulement 2 % des dépenses totales en santé sont consacrées aux soins à domicile. Québec a bien annoncé 50 millions de dollars supplémentaires la semaine dernière, mais il en faudrait le double pour ne serait-ce qu'intensifier les services à la hauteur des besoins actuels, calcule l'AQESSS. Ça, c'est sans compter les nouvelles clientèles qui viendront s'ajouter en grand nombre à mesure que les baby-boomers prendront de l'âge.
Selon l'AQESSS, il est clair que les soins à domicile sont donc LA priorité. Loin devant les ressources en hébergement, qui mobilisent plus de 80 % des budgets en perte d'autonomie. C'est le pari audacieux qu'a fait le CSSS de La Matépédia en fermant des lits de longue durée pour réinvestir dans le soutien à domicile, ce qui a permis à 120 personnes de plus de demeurer chez elles, malgré des besoins complexes qui, autrement, les auraient conduites illico en CHSLD.
Le réseau a aussi tout à gagner à opter «pour le bon professionnel au bon endroit», argue l'AQESSS. Au CSSS du Sud-Ouest-Verdun, par exemple, on a réorganisé le travail infirmier en intégrant des infirmières auxiliaires à l'équipe de maintien à domicile. «Le recours aux agences [privées] est passé de 34 % à 16 % et le taux de roulement du personnel, de 8 % à 4 %, ce qui a eu un impact direct sur la qualité et la continuité des soins», se félicite sa directrice générale, Danielle McCann. Mieux, les listes d'attente sont devenues choses du passé et le nombre de visites a grimpé de 20 %.
Des projets comme ceux-là, il y a en a de plus en plus au Québec. Mais ils restent bien marginaux, déplore Lise Denis, qui souhaite qu'ils se généralisent. Le document présenté hier propose six cibles pour y parvenir. Toutes sont «non négociables». Autrement, le Québec devra se préparer au pire: des urgences plus débordées que jamais et l'ouverture forcée de 7000 lits de longue durée d'ici 2017. Le tout à fort prix (60 000 $ annuellement, contre 3000 $ pour des services à domicile) et contre la volonté des Québécois, qui rêvent plutôt de vieillir à la maison, en bonne santé.
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