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Priorité aux soins à domicile

Le réseau devra changer pour absorber le choc du vieillissement

Louise-Maude Rioux Soucy   9 mars 2011  Santé
Il s'agit aussi de reconnaître que la population vieillissante change. «L'âge de la retraite est toujours de 65 ans, pas celui de la perte d'autonomie, qui a été repoussé à 75 ans, il faut que le réseau adapte ses approches», explique Lise Denis.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Il s'agit aussi de reconnaître que la population vieillissante change. «L'âge de la retraite est toujours de 65 ans, pas celui de la perte d'autonomie, qui a été repoussé à 75 ans, il faut que le réseau adapte ses approches», explique Lise Denis.
Si le Québec veut vieillir chez lui en santé, son réseau public devra apprendre à déléguer, à diversifier ses formules d'hébergement et de financement et à faire table rase des principes retenus jusqu'ici en matière de vieillissement. Faute de quoi, le choc sera terrible, prévient l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) dans un document placé sous le signe du pragmatisme et de l'action.

Les établissements peuvent plus et ils peuvent faire encore mieux, mais ils ne peuvent pas tout prendre sur eux, admet d'entrée de jeu la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis. C'est le cas par exemple de l'aide domestique, qui constitue encore un peu plus du quart des services offerts à domicile. «Nous sommes d'avis que l'effort majeur qui doit être consenti par le réseau doit l'être dans les services sociaux et les soins.» Aux entreprises d'économie sociale, donc, de prendre le relais pour de bon, tranche Mme Denis.

Le principe vaut aussi pour l'hébergement, qui devra tôt ou tard s'ouvrir à d'autres formules de financement, poursuit-elle. Présentement, 95 % des centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) sont gérés par le secteur public. Un seul l'est en partenariat public-privé (PPP). Ailleurs au Canada, beaucoup sont la propriété de coopératives, d'organismes à but non lucratif ou même d'entreprises privées, raconte Mme Denis. «On va avoir besoin des deux [le public et le privé]. Je ne pense pas qu'il faille avoir peur des partenariats à développer, dans la mesure où c'est bien encadré.»

Faut-il voir dans ces constats l'expression de la volonté des établissements de se désengager? Pas du tout, réplique Mme Denis. «Je le prendrais plutôt dans l'autre sens. Je pense que ce dont on parle, c'est d'un engagement de tout le monde à la bonne place.» Il s'agit aussi de reconnaître que la population vieillissante change. «L'âge de la retraite est toujours de 65 ans, pas celui de la perte d'autonomie, qui a été repoussé à 75 ans, il faut que le réseau adapte ses approches.»

Au-delà du financement, il lui faudra aussi se résoudre à sortir une fois pour toutes du carcan des grandes installations institutionnelles, croit Lise Denis. «Il est temps d'arrêter de penser que nos installations doivent être développées selon un seul modèle, celui du multiple de 64 places. Il faut aller vers des unités plus petites, plus souples [...], qui permettent de resserrer le tissu social.»

Ce genre de modèles adaptés à la réalité des communautés a permis au CSSS de Montmagny-L'Islet de revoir complètement son offre aux aînés en perte d'autonomie. Ce faisant, le CSSS a mis un terme aux centres d'hébergement institutionnels pour miser plutôt sur des pavillons de 16 chambres au maximum, enracinés au coeur des communautés. La démarche rappelle celle qu'a adoptée la ville de Copenhague, au Danemark, pays par ailleurs champion mondial des soins à domicile.

En la matière, force est d'admettre que le Québec accuse un retard quasi abyssal, y compris lorsqu'on le compare aux autres provinces canadiennes. En 2009-2010, 176 000 personnes ont reçu des soins à domicile, pour un total de 59 interventions et une moyenne rachitique de six heures de soins professionnels par usager et par année. Résultat: les établissements estiment qu'ils ne peuvent prendre en charge que 55 % des aînés en attente d'hébergement et 77,5 % de ceux qui reviennent à leur domicile après un séjour à l'hôpital.

Et pour cause. On calcule que seulement 2 % des dépenses totales en santé sont consacrées aux soins à domicile. Québec a bien annoncé 50 millions de dollars supplémentaires la semaine dernière, mais il en faudrait le double pour ne serait-ce qu'intensifier les services à la hauteur des besoins actuels, calcule l'AQESSS. Ça, c'est sans compter les nouvelles clientèles qui viendront s'ajouter en grand nombre à mesure que les baby-boomers prendront de l'âge.

Selon l'AQESSS, il est clair que les soins à domicile sont donc LA priorité. Loin devant les ressources en hébergement, qui mobilisent plus de 80 % des budgets en perte d'autonomie. C'est le pari audacieux qu'a fait le CSSS de La Matépédia en fermant des lits de longue durée pour réinvestir dans le soutien à domicile, ce qui a permis à 120 personnes de plus de demeurer chez elles, malgré des besoins complexes qui, autrement, les auraient conduites illico en CHSLD.

Le réseau a aussi tout à gagner à opter «pour le bon professionnel au bon endroit», argue l'AQESSS. Au CSSS du Sud-Ouest-Verdun, par exemple, on a réorganisé le travail infirmier en intégrant des infirmières auxiliaires à l'équipe de maintien à domicile. «Le recours aux agences [privées] est passé de 34 % à 16 % et le taux de roulement du personnel, de 8 % à 4 %, ce qui a eu un impact direct sur la qualité et la continuité des soins», se félicite sa directrice générale, Danielle McCann. Mieux, les listes d'attente sont devenues choses du passé et le nombre de visites a grimpé de 20 %.

Des projets comme ceux-là, il y a en a de plus en plus au Québec. Mais ils restent bien marginaux, déplore Lise Denis, qui souhaite qu'ils se généralisent. Le document présenté hier propose six cibles pour y parvenir. Toutes sont «non négociables». Autrement, le Québec devra se préparer au pire: des urgences plus débordées que jamais et l'ouverture forcée de 7000 lits de longue durée d'ici 2017. Le tout à fort prix (60 000 $ annuellement, contre 3000 $ pour des services à domicile) et contre la volonté des Québécois, qui rêvent plutôt de vieillir à la maison, en bonne santé.
 
 
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  • Nicole Lamarre - Inscrit
    9 mars 2011 09 h 30
    l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux
    Le choc sera terrible,Québec devra se préparer au pire.
    Des paroles pour faire peur mais ça ne marche plus.

    Votre article ressemble plutôt à : vu que Québec soupoudre à coup de millions le réseau, vite il faut en profiter pour limiter l'accès aux personnes âgées dans les établissements de santé.
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  • Richard Ferland - Abonné
    9 mars 2011 10 h 14
    CHSLD...
    J'y vais régulièrement dans ce genre d'établissement et je vais faire ce que je peux pour éviter d'y aller. Ça ressemble plus à un mourroir qu'à un endroit où il fait bon vivre ses dernières années!
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  • Charles F. Labrecque - Abonné
    9 mars 2011 16 h 54
    Ti-vieux
    Pourquoi ne pas en profiter, pour repenser notre façon de faire puisque nous sommes rendus en 2011 si vous ne laviez pas. Aujourd'hui nous pourrions dire que de plus en plus nos ti-vieux dont je suis savent se servir des nouvelles communications par internet. Pourquoi ne pas penser en fonction de ces nouvelles techniques pour s'assurer que la majorités des aînés soient raccordés à un centre de communications local afin de s'assurer d'une présence presque continue si désirée. A l'aide d'une caméra il serait facile pour une personne entrer en contacte avec les personnes nécessitant une surveillance selon les besoins. Ce réseau pourrait même être aidé par des bénévoles formés à ce travail.
    Les possibilités sont disponibles il ne suffit de les appliquer. Ceci pourrait entraîner d'importantes économies toute en donnant satisfaction chez beaucoup d'aînés capable d'utiliser ces nouvelles techniques, et il y en aura de plus en plus.
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  • Gaetane DeRome - Inscrit
    9 mars 2011 18 h 46
    Soins et nouvelles technologies.
    Quand on parle de perte d'autonomie il est quelque peu frustrant pour les aines qu'on associe toujours cela a l'age...Je suis une professionelle de la sante,je peux vous dire qu'il y a des aines en bonne forme et des gens de 50 ans en perte d'autonomie!Et je suis plutot d'accord avec M.Labrecque qu'utiliser les nouvelles technologies seraient un moyen moins couteux et a ne pas negliger quand on pense "aide a domicile".Malheureusement,au Quebec,on a meme pas encore informatiser le dossier patient...On est en retard ,dans le systeme de sante,pour ce qui est de l'informatisation et de l'utilisation des HTC.Il faudrait y voir!
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  • Yvon Bureau - Abonné
    10 mars 2011 09 h 15
    Terminer sa vie chez soi
    Aussi, la grande majorité des finissants de la vie veulent terminer leur vie à domicile.

    Lorsqu'arrive le processus du mourir, c'est le respect de ce droit de dire «C'est assez» et de recevoir l'aide médicale et organisationnelle appropriée pour une fin personnalisée de vie, chez soi. S’il y a nécessité d'un transfert en CH, que cette personne soit accueillie directement dans un lit de fin de vie, ÉVITANT à tout prix les Urgences.

    Plusieurs veulent éviter le mourir chronique; certains l’appellent le «mourissement».

    Place au libre-choix face à notre fin de vie !

    L’important, c'est que notre mourir honore toute notre vie.

    BRAVO à l'AQUESSS pour ce rapport fort bien fait, lucide et approprié.

    www.yvonbureau.com
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  • Yvon Bureau - Abonné
    16 mars 2011 11 h 58
    Et de fin de vie
    À raison, on parle de Milieu de vie.

    Ce qui serait mieux : parler de Milieu de vie et de fin de vie.

    Ce serait porteur de plus de réalité et de réel.
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