Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Médicaments - Qui finance les essais cliniques?

    Les liens entre les chercheurs et l'industrie pharmaceutique sont rarement relevés dans les publications médicales

    9 mars 2011 | Pauline Gravel | Santé
    Les méta-analyses, ces études qui passent en revue les résultats de plusieurs essais cliniques portant sur un même médicament, sont devenues la référence que consultent les médecins pour connaître les nouveaux médicaments qu'ils devraient prescrire à leurs patients. Des chercheurs de l'Université McGill ont observé que la plupart des publications qui relatent les résultats de ces méta-analyses omettent de spécifier si elles ont été financées par l'industrie pharmaceutique ou si les chercheurs qui les ont effectuées entretenaient un lien avec le fabricant du médicament qu'ils étudiaient.

    Le psychologue Brett Thombs, professeur au Département de psychiatrie de l'Université McGill, et son étudiante Michelle Roseman ont passé au crible 29 méta-analyses, «parmi les meilleures qui avaient été publiées dans les revues médicales les plus lues». Ces 29 méta-analyses passaient en revue un total de 509 essais cliniques visant à éprouver l'efficacité de divers médicaments ayant été brevetés aux États-Unis.

    Les chercheurs, qui travaillent à l'Institut Lady-Davis de recherches médicales rattaché à l'Hôpital général juif, ont relevé que seulement deux des 29 méta-analyses mentionnaient la source du financement des essais cliniques ayant été examinés dans la méta-analyse. Et cette mention ne figurait ni dans le texte, ni dans la table des matières principale. «Dans aucune des deux méta-analyses, la mention apparaissait dans un endroit que le lecteur moyen regarde habituellement», précise Brett Thombs, tout en spécifiant qu'aucune des 29 méta-analyses qu'il a étudiées n'a été financée par l'industrie. Toutefois, dans la moitié de ces méta-analyses, au moins un des auteurs avait un lien avec l'industrie pharmaceutique.

    «Même si une société pharmaceutique ne finance pas l'ensemble de l'étude, les chercheurs qui l'effectuent peuvent avoir reçu personnellement de l'argent de sa part pour d'autres services rendus, ce qui peut biaiser les résultats de l'étude», explique le chercheur. «Or environ les deux tiers des chercheurs qui ont mené les essais cliniques figurant dans les méta-analyses étaient liés financièrement à l'entreprise fabriquant le médicament qu'ils étudiaient, mais aucun de ces liens n'a été rapporté dans les 29 méta-analyses.»

    Seuls les auteurs de sept méta-analyses ont affirmé détenir des précisions au sujet du financement des essais cliniques qu'ils avaient passés en revue, qu'ils n'ont pour la plupart pas publiées. Ceux qui ne les avaient pas recherchées se sont dédouanés en affirmant que «le protocole standard des méta-analyses ne requiert pas ce genre d'informations». «Pour la plupart, il ne s'agissait pas d'une omission intentionnelle», croit M. Thombs.

    Dans l'article qu'ils publient aujourd'hui dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), Brett Thombs et Michelle Roseman recommandent fortement de revoir la manière de rendre compte des méta-analyses pour le bénéfice des lecteurs. Ils jugent nécessaire que les auteurs d'une méta-analyse soient tenus de préciser dans leur publication la source de financement des études qu'ils ont passées en revue, de même que toutes les relations que les chercheurs ont entretenues avec l'industrie. Car «nous savons combien le fait de connaître certaines informations peut influencer les résultats d'une étude, souligne M. Thombs. Or les méta-analyses représentent, pour les médecins, les directives à suivre dans leur pratique. Il faut donc s'assurer qu'elles décrivent avec justesse le médicament étudié.»

    «Pour n'importe quel produit que nous achetons, nous nous attendons à ce que son efficacité et son innocuité aient fait l'objet d'une évaluation indépendante. Peu de gens achèteraient un véhicule dont le rendement et la sécurité n'auraient été évalués que par le fabricant!», lance-t-il en conclusion.
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel