Un luxe, les soins dentaires?

L’écart dans la santé buccale entre les riches et les pauvres se manifeste dès le plus jeune âge.<br />
Photo: Agence Reuters Jacky Naegelen L’écart dans la santé buccale entre les riches et les pauvres se manifeste dès le plus jeune âge.

Plus ils sont pauvres, plus leurs dents sont en mauvais état. Et plus ils sont pauvres, moins ils ont d'argent pour se payer des soins dentaires.

C'est le cercle vicieux dont faisait état hier le Dr Paul Allison, doyen de la Faculté de médecine dentaire de l'Université McGill, à la veille de l'ouverture d'une clinique dentaire gratuite s'adressant aux personnes défavorisées fréquentant la mission Bon Accueil, dans Saint-Henri.

Selon le Dr Allison, qui avoue être en faveur d'un système public québécois de soins dentaires, environ 30 % des citoyens d'une ville comme Montréal n'arrivent pas à s'inscrire dans le système de soins dentaires privé tel qu'il existe au Québec actuellement. Les raisons de cette exclusion sont multiples: il y a les raisons financières, mais il y a aussi des raisons d'accessibilité physique, pour les personnes à mobilité réduite. Il y a aussi des barrières linguistiques et culturelles vécues par les nouveaux immigrants, qui ne comprennent pas le système dentaire québécois.

La clinique dentaire de la mission Bon Accueil mettra à la disposition des usagers trois fauteuils de dentiste, disponibles trois jours par semaine. L'Université McGill dirige aussi depuis douze ans une clinique mobile de soins dentaires, également financée à l'aide de dons.

Au-delà des personnes qui reçoivent une aide financière d'urgence, et qui ont droit, comme les enfants de moins de 10 ans, à un financement de la Régie de l'assurance maladie du Québec pour leurs soins dentaires, il y a tous les petits salariés, recevant le salaire minimum par exemple, qui ne bénéficient ni de subventions ni d'assurance, souligne le Dr Allison.

«Ce n'est pas que ces personnes ne peuvent pas prendre soin de leurs dents, mais qu'elles ont tellement d'autres problèmes dans la vie. Les soins dentaires figurent assez bas dans leur liste de priorités», dit le Dr Allison.

Selon lui, on devrait trouver plus de dentistes dans les CLSC, les hôpitaux et les résidences pour personnes âgées. Car une mauvaise hygiène dentaire peut avoir des conséquences importantes sur la santé générale. Elle peut par exemple entraîner des pneumonies, explique-t-il.

Selon une étude de Christophe Bedos et Christine Loignon, intitulée Pauvreté et accès aux soins bucco-dentaires, 24 % des Québécois de 35 à 44 ans seraient complètement édentés chez les personnes dont le revenu annuel est de 15 000 $ ou moins, alors que cette proportion baisse à 6 % chez les personnes gagnant 75 000 $ ou plus.

Dès le plus jeune âge

Cet écart dans la santé buccale entre les riches et les pauvres se manifeste dès le plus jeune âge. On trouve en effet plus de deux fois plus de caries dentaires dans la bouche des enfants de cinq à six ans dont les parents gagnent moins de 30 000 $ par année que dans celle des enfants dont les parents ont un revenu annuel de 50 000 $ ou plus.

En fait, les personnes défavorisées, lorsqu'elles ont des problèmes dentaires, vont plutôt avoir recours à différents calmants, souligne le Dr Allison, jusqu'à ce qu'elles se décident tout simplement à se faire arracher leur dent malade.

Si elles ne peuvent pas, légalement, offrir leurs services aux prestataires d'aide de dernier recours ou aux enfants, les facultés de médecine dentaire de l'Université de Montréal et de l'Université Laval tiennent également des cliniques dentaires destinées aux démunis.
34 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 11 février 2011 03 h 18

    Pas un luxe. Un très grand luxe.

    En fait, je suis surprise par ce chiffre de 30 %. Au prix où sont les soins, je l'aurais cru beaucoup plus élevé.

    Tous les salariés qui n'ont pas de régime d'assurance dentaire au travail et les travailleurs autonomes sont complètement exclus d'une aide quelconque. Idem pour les personnes âgées à faible revenu.

    Les prestataires de l'aide sociale peuvent recevoir les soins gratuitement, mais on ne remplacera pas, par exemple, des couronnes arrivées en fin de vie par de nouvelles couronnes à un minimum de 1 100 $ la dent. Ce sera donc l'extraction et le remplacement par une prothèse.

    Pour ce qui est des enfants, rien de nouveau sous le soleil. On a toujours reconnu les gosses de riches par leurs appareils de correction dentaire.

  • Caroline Moreno - Inscrit 11 février 2011 06 h 34

    Sainte-Justine : soins à prix modestes




    Des soins d’hygiène dentaire à petit prix

    Urgent appel au public

    La clinique d’hygiène dentaire du CHU Sainte-Justine fait un urgent appel au public afin de combler ses listes de rendez-vous pour des soins d’hygiène dentaire de qualité à petit prix. En effet, la clinique a un urgent besoin de nouveaux patients pour les étudiants en hygiène dentaire du Collège Maisonneuve en cours de formation et qui pratiquent sous la supervision de dentistes et d’hygiénistes.
    Pour la somme de 25 dollars, la visite inclue les radiographies, le nettoyage, l’examen buccal, l’application de fluor et les conseils d’usage au sujet de l’hygiène des dents. Ensuite, certaines restaurations mineures peuvent être effectuées. Les étudiants reçoivent des patients de tous les âges à partir de 7 ans.

    La clinique est ouverte du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30. Elle est située à l’étage B, bloc 5, du CHU Sainte-Justine, 3175 Côte Sainte-Catherine. On peut prendre rendez-vous ou obtenir des informations supplémentaires en composant le numéro suivant : 345-7757.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 11 février 2011 07 h 06

    les dents pas partie de la santé?

    Bravo à l'initiative de la mission Bon Accueil.

    Je me suis toujours demandé pourquoi on ne considérait que les soins dentaires de base ne sont pas inclus avec la carte soleil ; le dents ne font-t-elles pas partie de la santé?

    Aux partisans d'un système de santé de plus en plus privé, voila un bel exemple de que ça serait.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Maco - Abonné 11 février 2011 07 h 25

    Bravo

    Au prive.

  • Nasboum - Abonné 11 février 2011 07 h 34

    caries

    Les caries sont aussi dues à la quantité de sucreries que les enfants (riches ou pauvres) mangent dans une journée. Ceci dit, Le système dentaire au Québec, c'est ce à quoi la santé va ressembler s'il devient à deux niveaux.