Libre opinion - La médecine familiale, spécialité, heurte les égo
11 février 2011
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Pierre-François Gladu - Président de l'Association des jeunes médecins du Québec
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Santé
Hier matin, on a eu droit dans ces pages à la poursuite de l'offensive de dénigrement qui a lieu depuis six mois contre la médecine familiale. Il faut comprendre que les médecins de famille ont été historiquement peu actifs dans les négociations avec le gouvernement, et que leur nouveau militantisme heurte de plein fouet des ego bien établis. D'où les sorties médiatiques du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, et les rumeurs de malaise diffus quant au nouveau statut de spécialité de la médecine familiale.
Ce malaise est conséquence d'un complexe de supériorité construit pendant la résidence en spécialité puis conforté par l'ignorance des données probantes. La FMSQ l'utilise pour propulser une stratégie syndicale visant à ne pas permettre de réduire l'écart de rémunération nette à un maximum de 20 %, soit l'écart qui prévalait à la fin des années 1970, en postulant que tout gain de ce côté sera fait à leurs dépens. Si les médecins de famille s'étaient comportés ainsi en 2008, la FMSQ n'aurait jamais pu combler l'écart de rémunération avec les autres provinces.
La médecine familiale serait moins complexe que la médecine pratiquée par les autres spécialistes, car son champ de pratique n'engloberait que les problèmes de santé de base? C'est tout le contraire.
Rappelons que le cardiologue n'a qu'à s'occuper des problèmes de coeur, que le physiatre ne traite que des affections musculo-squelettiques, que le psychiatre ne s'occupe que des pathologies mentales et que le radiologiste ne s'occupe que de l'imagerie, et que les patients qu'ils voient ont été soigneusement sélectionnés au préalable. Pour sa part, le médecin de famille doit diagnostiquer et traiter tous les problèmes de santé de son patient, dont l'addition et leurs interactions ont fait de la médecine familiale une spécialité d'égale complexité aux autres. Il ne consulte les autres spécialistes que pour de 5 à 10 % des pathologies, plus rares ou qui nécessitent des services de 2e ou 3e ligne (qui sont équipés en conséquence). C'est la définition du rôle de médecin de famille en Occident.
En effet, les évidences scientifiques (comparaisons intranationales et internationales) montrent que les patients suivis par un médecin de famille développent meurent moins du cancer et de crises cardiaques, sont moins hospitalisés et consomment moins de médicaments. Ils coûtent moins cher en soins de santé.
C'est pourquoi plusieurs pays, dont les États-Unis, ont reconnu la médecine familiale comme une spécialité dans les années 1950 et 1960. Le Canada a suivi en ce qui touche les études universitaires dans les années 1970 (diplôme postdoctoral comme dans les autres spécialités), puis les ordres professionnels au cours de la dernière décennie. Le Québec fut la dernière province à emboîter le pas. Notre province n'est donc pas un phare d'avant-gardisme pour le reste du monde en ce domaine.
Cette reconnaissance tant attendue doit se traduire ici aussi par une amélioration des conditions de pratique des médecins de famille par rapport aux autres médecins. En effet, un ratio de rémunération entre les médecins de famille et les autres spécialistes qui dépasse 80 % est associé à des indicateurs de santé de la population supérieurs (Royaume-Uni et Europe du Nord). Le nécessaire rééquilibrage des ressources entre la première et la deuxième ligne de services de santé doit être compris comme un investissement qui permettra de juguler l'augmentation des coûts du réseau.
Certains de nos collègues spécialistes croient utile de répéter l'évidence que tous les besoins ne sont pas comblés en première ligne. Ne s'agit-il pas d'un aveu d'échec de ces spécialistes? Il faut savoir que les médecins de famille doivent passer 45 % de leur temps dans les hôpitaux au Québec pour suppléer à ce que les spécialistes ne peuvent faire, comparativement à moins de 25 % ailleurs au Canada. Et nous avons près de 20 % plus de spécialistes par habitant ici qu'ailleurs au Canada. Libérons les médecins de famille pour les concentrer sur le cabinet médical et donnons-leur les moyens d'offrir les services auxquels la population a droit. La pénurie de médecins de famille ne serait alors pas si criante.
Ce malaise est conséquence d'un complexe de supériorité construit pendant la résidence en spécialité puis conforté par l'ignorance des données probantes. La FMSQ l'utilise pour propulser une stratégie syndicale visant à ne pas permettre de réduire l'écart de rémunération nette à un maximum de 20 %, soit l'écart qui prévalait à la fin des années 1970, en postulant que tout gain de ce côté sera fait à leurs dépens. Si les médecins de famille s'étaient comportés ainsi en 2008, la FMSQ n'aurait jamais pu combler l'écart de rémunération avec les autres provinces.
La médecine familiale serait moins complexe que la médecine pratiquée par les autres spécialistes, car son champ de pratique n'engloberait que les problèmes de santé de base? C'est tout le contraire.
Rappelons que le cardiologue n'a qu'à s'occuper des problèmes de coeur, que le physiatre ne traite que des affections musculo-squelettiques, que le psychiatre ne s'occupe que des pathologies mentales et que le radiologiste ne s'occupe que de l'imagerie, et que les patients qu'ils voient ont été soigneusement sélectionnés au préalable. Pour sa part, le médecin de famille doit diagnostiquer et traiter tous les problèmes de santé de son patient, dont l'addition et leurs interactions ont fait de la médecine familiale une spécialité d'égale complexité aux autres. Il ne consulte les autres spécialistes que pour de 5 à 10 % des pathologies, plus rares ou qui nécessitent des services de 2e ou 3e ligne (qui sont équipés en conséquence). C'est la définition du rôle de médecin de famille en Occident.
En effet, les évidences scientifiques (comparaisons intranationales et internationales) montrent que les patients suivis par un médecin de famille développent meurent moins du cancer et de crises cardiaques, sont moins hospitalisés et consomment moins de médicaments. Ils coûtent moins cher en soins de santé.
C'est pourquoi plusieurs pays, dont les États-Unis, ont reconnu la médecine familiale comme une spécialité dans les années 1950 et 1960. Le Canada a suivi en ce qui touche les études universitaires dans les années 1970 (diplôme postdoctoral comme dans les autres spécialités), puis les ordres professionnels au cours de la dernière décennie. Le Québec fut la dernière province à emboîter le pas. Notre province n'est donc pas un phare d'avant-gardisme pour le reste du monde en ce domaine.
Cette reconnaissance tant attendue doit se traduire ici aussi par une amélioration des conditions de pratique des médecins de famille par rapport aux autres médecins. En effet, un ratio de rémunération entre les médecins de famille et les autres spécialistes qui dépasse 80 % est associé à des indicateurs de santé de la population supérieurs (Royaume-Uni et Europe du Nord). Le nécessaire rééquilibrage des ressources entre la première et la deuxième ligne de services de santé doit être compris comme un investissement qui permettra de juguler l'augmentation des coûts du réseau.
Certains de nos collègues spécialistes croient utile de répéter l'évidence que tous les besoins ne sont pas comblés en première ligne. Ne s'agit-il pas d'un aveu d'échec de ces spécialistes? Il faut savoir que les médecins de famille doivent passer 45 % de leur temps dans les hôpitaux au Québec pour suppléer à ce que les spécialistes ne peuvent faire, comparativement à moins de 25 % ailleurs au Canada. Et nous avons près de 20 % plus de spécialistes par habitant ici qu'ailleurs au Canada. Libérons les médecins de famille pour les concentrer sur le cabinet médical et donnons-leur les moyens d'offrir les services auxquels la population a droit. La pénurie de médecins de famille ne serait alors pas si criante.








