Guerre de territoire entre infirmières et pharmaciens

Si la proposition a été accueillie avec un enthousiasme certain par les pharmaciens — qui songent même à réclamer le droit d'administrer eux-mêmes les vaccins —, elle a aussi suscité un mélange de prudence et de colère dans la communauté médicale.
Photo: Agence Reuters Karoly Arvai Si la proposition a été accueillie avec un enthousiasme certain par les pharmaciens — qui songent même à réclamer le droit d'administrer eux-mêmes les vaccins —, elle a aussi suscité un mélange de prudence et de colère dans la communauté médicale.

La santé publique a jeté un pavé dans la mare en suggérant d'encourager la vaccination dans les pharmacies pour améliorer la couverture vaccinale insatisfaisante des Québécois. Et pour cause. Si la proposition a été accueillie avec un enthousiasme certain par les pharmaciens — qui songent même à réclamer le droit d'administrer eux-mêmes les vaccins —, elle a aussi suscité un mélange de prudence et de colère dans la communauté médicale.

À l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), le document publié par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a été reçu comme une évidence par ses membres. Tout comme l'idée de prendre eux-mêmes le contrôle de la seringue. «C'est juste le gros bon sens. Les pharmaciens vaccinent déjà partout aux États-Unis. Au Canada, trois provinces le font et trois autres y songent. Force est d'admettre que le Québec commence à être drôlement isolé», fait valoir la directrice générale et secrétaire de l'Ordre, Manon Lambert.

En ces temps de pénurie, le Québec n'a pas les moyens de faire l'économie d'une ressource supplémentaire, croit Mme Lambert. D'autant que la demande pour les vaccins va croissant, relève de son côté l'INSPQ. «L'Ordre a fait sa propre analyse et ce qu'on a pu voir, c'est que l'offre n'est pas du tout comblée. Il y a des clientèles qu'on n'arrive pas à rejoindre. Des malades chroniques, par exemple. Or, on sait que ces gens-là fréquentent nos pharmacies.»

Il arrive souvent en effet que le pharmacien fasse un travail de promotion et de counselling auprès de ces gens. Mais il a les mains liées quand il s'agit de passer à l'étape suivante, déplore Mme Lambert. «On en perd beaucoup comme ça.» À l'heure actuelle, les pharmaciens peuvent vendre des vaccins (principalement contre les hépatites A et B, le VPH et l'influenza) et offrir des services de vaccination, mais seulement par l'intermédiaire d'infirmières. Un service d'administration de vaccins était d'ailleurs offert dans 27 % des établissements qui ont pris part à l'étude de l'INSPQ.

Mais ce nombre est appelé à croître puisque 44 % des répondants ont dit jongler avec l'idée d'offrir un tel service d'ici cinq ans. Lundi, l'OPQ a rencontré le Collège des médecins du Québec pour discuter du partage des compétences. L'OPQ a alors déposé une demande pour autoriser les pharmaciens à vacciner à leur tour. Le Collège a pris acte de cette demande. Mais comme elle est toute récente, il n'a pas souhaité la commenter.

La requête a jeté la consternation à l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). «Tout le monde est préoccupé par l'accès à la vaccination, a commenté sa présidente, Gyslaine Desrosiers. Or, nous avons obtenu, nous, les infirmières, le droit de vacciner sans prescription. Nous formons depuis des infirmières à tout le programme d'immunisation du Québec, ce qui inclut les vaccins de voyage, le counselling et les interventions d'urgence.»

Mais voilà, les infirmières ne vaccinent pas autant qu'elles le pourraient. Mme Desrosiers accuse les pharmaciens de mauvaise foi dans ce dossier, qui a déjà généré beaucoup de frictions entre les deux ordres. L'OIIQ affirme que les pharmaciens refusent aux infirmières le droit de s'approvisionner en vaccins directement auprès des fournisseurs, les obligeant plutôt à se les procurer auprès d'eux, au prix de détail, soit jusqu'à 30 % plus cher.

Rien pour améliorer la couverture vaccinale, croit Gyslaine Desrosiers. «Ce que je comprends aujourd'hui, c'est que les pharmaciens voulaient mettre les infirmières dans les pharmacies pour les empêcher de se partir des cliniques de vaccination et que là, ce ne serait même plus assez, ils voudraient donner le vaccin eux-mêmes.»

La directrice générale et secrétaire de l'OPQ balaie ces accusations. Si problème de facturation il y a, les infirmières n'ont qu'à déposer une plainte à l'Ordre. Quant au reste, l'heure n'est pas aux guerres de territoire. «Quand on a des taux d'atteinte de seulement 25 %, 30 %, on se dit que ce n'est pas le temps de défendre des chasses gardées. C'est le temps de travailler ensemble», plaide Manon Lambert. L'idée n'est pas «de transformer les pharmacies en cliniques de vaccination, mais de proposer une offre complémentaire», grâce à ses 1600 points de services ouverts souvent sept jours sur sept, jusqu'à tard en soirée.

Vacciner le plus de monde possible doit demeurer la priorité, convient le Dr François-Pierre Gladu, président de l'Association des jeunes médecins du Québec. Mais pas à n'importe quel prix. «Les médecins en cabinet ont un grand besoin d'infirmières. Les hôpitaux aussi. Et là, on se rend compte — ce qu'on ne savait pas — qu'il y a une bonne proportion de pharmaciens qui paient des infirmières pour, dans le fond, que leurs services soient payés par le privé.»

Pour le Dr Gladu, encourager la vaccination dans les pharmacies n'est pas une bonne solution au problème réel de couverture vaccinale. «Non seulement ça déstructure les services infirmiers des cabinets et des hôpitaux, mais en plus les gens se trouvent à payer pour un service offert gratuitement ailleurs.» Quant à permettre aux pharmaciens de vacciner, il s'y oppose fermement. «La vaccination, bien entendu c'est du domaine médical, c'est du "nursing", pas du domaine pharmaceutique. Eux, ils vendent des vaccins. Imaginez le conflit d'intérêts!»

Le ministère de la Santé et des Services sociaux et le cabinet du ministre Yves Bolduc n'ont pris connaissance de l'étude qu'hier après-midi. Ils ont émis le souhait de l'étudier en profondeur avant de la commenter.
12 commentaires
  • Louise Hurteau - Inscrite 21 janvier 2011 08 h 30

    Proposition d'affaire ou étude réelle (et vérifier par des tiers) ?

    "En ces temps de pénurie, le Québec n'a pas les moyens de faire l'économie d'une ressource supplémentaire ...."

    Parle-t-on en toute connaissance de cause ici ? Les données ??

    «C'est juste le gros bon sens. Les pharmaciens vaccinent déjà partout aux États-Unis. Au Canada, trois provinces le font et trois autres y songent. Force est d'admettre que le Québec commence à être drôlement isolé», fait valoir la directrice générale et secrétaire de l'Ordre, Manon Lambert."

    On peux-tu arrêter de copier le pire des systèmes SVP ? Pourquoi faut-il toujours se comparer et copier ce que les États-Unis font - Ils sont le pire des systèmes mais on voudrait les émuler ? Mme Lambert semble baser son opinion plus sur la "foi" que sur les faits. ... et sa proposition d'affaires (je suis sceptique face au terme "étude" utiliser ici) risque de générer plus de problèmes que de solutions.

  • Claude Archambault - Inscrit 21 janvier 2011 09 h 14

    Faux débat

    Le gouvernement doit avoir qu'une chose en t^te et c'est le bien de la population, pas celui des ordre et syndicats.... Si une infirmière peu administrer un vaccin, il; est certain qu'un pharmacien qui lui connait la pharmacologie et la médecine aussi bien sinon mieux qu'une infirmière peu aussi, peu être une formation de quelques heure s suffirait.
    Et l'argument bête du Dr Gladu..... de mais en plus les gens se trouvent à payer pour un service offert gratuitement ailleurs...... pourquoi pas? cet argument ne tiens pas, les gens sont libre et il faut leur laisser le choix, et si il vont dans les clinique d'infirmière est il gratuit le vaccin? Et si 10,000 décide d'aller en pharmacie pour leur vaccin et qu'il paie pour le service, c'est 10,000 fois le cout d'une vaccination d'épargné pour le système. Et puis c'est quoi le problème si les pharmacien font de l'argent?

  • Claude Archambault - Inscrit 21 janvier 2011 09 h 27

    Louise Hurteau

    Vous dites: Pourquoi faut-il toujours se comparer et copier ce que les États-Unis font - Ils sont le pire des systèmes mais on voudrait les émuler ?

    Sur quoi vous basez vous pour faire une tel observation?
    La qualité des soins? L'expertise des intervenants? Les temps d'attente? Le taux de mortalité en attente? L'accessibilité des traitements de pointe?

    Le système américain donne accès à ce qu"il y a de mieux au monde et la plus grande disponibilité sur la planète. Ce qui ne fonctionne pas et ce que vous qualifiez de pire c'est qu'il offre une très grande place au privé. Mais justement c'est parce qu'il y a du privé que le système fonctionne il y a compétition et la meilleur offre de service gagne.
    Au Québec une des façon d’améliorer le système c'est de faire une plus grande place au privé, de un les conditions de tous les intervenants au publique seraient bonifié à cause de la compétition, l'offre de service en serait grandement amélioré, les listes d'attente réduites et tous se porterait mieux. Mais pour cela il faudrait que chaque hôpitaux publique devienne une sorte de profit center et il faudrait éliminée toutes les forme de bureaucratie régional qui de toute façon ne font que nuire au système. Chaque hôpital serait géré individuellement et fonctionnerait comme si elle était privé. Les contrat de travail serait par hôpital Il n'y aurait plus de condition de travail uniforme dans toute la province et l'employeur est l’hôpital ou la clinique et non le gouvernement.
    Il est temps de se mettre en mode service au client avant toute chose, si cela veu dire pas de vacance dans le temps des fête pour plusieurs, though luck, le client est numéro un l'employé est au service du client et pas le contraire.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 21 janvier 2011 09 h 53

    Avantage du côté des "bénéficiaires"?

    Je suis très heureux d'apprendre que nos "corporations" se battent entre elles pour se partager la clientèle; médecins généralistes contre spécialistes, infirmières contre pharmaciens, hôpital contre hôpital, public contre privé, ambulanciers contre urgentologues. C'est donc que l'offre des soins en santé est plus grande qu'il n'y paraît.

    Je dois également en déduire que nos problèmes associés aux listes d'attente ne sont pas dûs au manque de personnel (rengaine habituelle dans la fonction publique) mais à la mauvaise gestion ainsi qu'au manque d'ouverture de ces mêmes corporations. Pas surprenant d'ailleurs que nous ayons besoin d'un ministère de la Santé hypertrophié, monstrueusement contrôlant et tâtillon, pour tenter de mettre de l'ordre dans cette pagaille.

    À 69 ans, je me retrouve ainsi sans médecin de famille et incapable de commander une analyse sanguine qui me permettrait de suivre l'évolution de mon diabète.

    Bravo à toutes nos corporations!

  • Ti-coq - Inscrit 21 janvier 2011 10 h 36

    Les professionnels de la santé.....

    Terminé la "vocation" de ces professions envers le peuple. Ce sont maintenant des "business man", ils travail unique et pour le "cash" comme disent certains gens de la rue. On nivelle par le bas. Le peuple se fait exploiter par ces dits professionnels qui ont été instruits par un système payé par ce même peuple. Ces gâtés de notre société qui s'arrachent le pouvoir de remplir les poches. On se dirige vers une révolution. Les politiciens ne protègent plus le peuple, les professionnels de tous catégories sont guidés par l'appât du gain, le système est malade. Il reste les chômeurs, les malades, les enfants et les personnes âgées. Qu'on se disent, on est mal foutus... donc, nous avons une seule solution : la rue et le pire c'est le moment idéal pour un "leader" dictateur de la gauche risque de passé au commande de notre gouvernement style.... md ????