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    Santé - Un pavé dans la mare des antioxydants

    Les radicaux libres n'accélèrent pas le vieillissement, ils le combattent, ont découvert des chercheurs de McGill

    13 décembre 2010 |Pauline Gravel | Santé
    Un pavé dans la mare des antioxydants
    Photo: Agence Reuters Un pavé dans la mare des antioxydants
    Depuis des dizaines d'années, on vante les vertus des antioxydants qui nous protégeraient de la toxicité des radicaux libres, ces molécules censées accélérer le vieillissement. Une véritable industrie des antioxydants s'est développée à partir de ce dogme bien ancré dans l'esprit du public. Une équipe de chercheurs de l'Université McGill jette toutefois un pavé dans la mare en démontrant que les radicaux libres ne favoriseraient pas le vieillissement, mais contribueraient plutôt à le combattre.

    Voilà déjà quelques années que le professeur Siegfried Hekimi, du département de biologie de McGill, obtient des résultats qui indiquent que les radicaux libres ne causent pas le vieillissement, tel que le laisse entendre la théorie actuelle. Mais, cette fois, le chercheur et son étudiant Wen Yang sont parvenus à le démontrer si élégamment qu'il sera certainement possible de convaincre les sceptiques.

    Les deux chercheurs ont modifié génétiquement des vers pour qu'ils produisent davantage de radicaux libres que les vers normaux. Contrairement à ce à quoi l'on s'attendait, ces mutants ont vécu plus vieux que les normaux. De plus, l'administration d'antioxydants, tels que la vitamine C, dans le but d'éliminer les radicaux libres, a raccourci leur durée de vie.

    Qui plus est, quand les deux scientifiques ont donné à des vers normaux un pro-oxydant, un herbicide toxique (le Paraquat) qui génère des radicaux libres, dans le but de reproduire chez ces animaux la même concentration en radicaux libres que chez les mutants, ils ont observé que ce traitement accroissait significativement la durée de vie des vers.

    Ces résultats étonnants qui font l'objet d'une publication dans PLoS Biology montrent que les radicaux libres stimulent les défenses de l'organisme, précise le professeur Hekimi. «Notre découverte est incompatible avec la théorie actuelle du vieillissement par les radicaux libres, mais elle nous montre que les observations qui ont été à la base de cette théorie [le fait que le taux de production des radicaux libres augmente à mesure que l'on vieillit] sont vraies. Seule la théorie est fausse. C'est plutôt l'inverse qui se passe, c'est le vieillissement qui entraîne un accroissement des radicaux libres pour essayer de lutter contre les effets du vieillissement. Ça fait longtemps que l'on sait que les radicaux libres sont des messagers intracellulaires qui affectent notamment les mécanismes de défense. On ne sait toutefois pas encore quels aspects des défenses qui sont cruciaux pour la durée de vie les radicaux libres stimulent.»

    «Par ailleurs, il est très possible que tard dans le vieillissement, au moment où l'organisme est vieux physiologiquement, la concentration des radicaux libres devienne tellement élevée que ceux-ci contribuent alors au vieillissement qu'ils combattaient jusqu'alors», poursuit le chercheur.

    Même si le professeur Hekimi a obtenu ses résultats sur un organisme très rudimentaire, le nématode Caenorhabditis elegans, ces derniers «peuvent parfaitement être extrapolés chez l'humain, d'autant que nous touchons à des mécanismes très fondamentaux. Et en plus, nous avons obtenu des résultats similaires chez la souris», affirme-t-il.

    Siegfried Hekimi se garde bien de donner des conseils nutritionnels au public, mais il fait remarquer que comme le vieillissement est à l'origine de maintes maladies, les gens qui ont pour la plupart intériorisé la théorie du vieillissement par les radicaux libres croient que les antioxydants sont bons pour tout. C'est pourquoi les antioxydants représentent un marché astronomique — maints produits alimentaires portent désormais sur leur emballage une mention quant à leur contenu en antioxydants. Or, «il n'a jamais été démontré que les antioxydants préviennent toutes les maladies. Il y a probablement certaines pathologies particulières se caractérisant par des taux de radicaux libres très élevés, pour lesquelles les antioxydants peuvent être bénéfiques. Mais les antioxydants comme panacée, qu'on prend toute sa vie, ça ne tient plus», précise-t-il avant d'ajouter qu'on a pu montrer que les gens qui mangent des fruits et des légumes sont en meilleure santé que ceux qui n'en consomment pas, «mais ce n'est pas parce que ces aliments contiennent beaucoup d'antioxydants. Ces aliments renferment plein d'autres choses saines, comme des fibres, des vitamines, etc.», explique le généticien moléculaire.

    Maintes études menées chez l'animal et l'humain ont montré que les antioxydants sous forme de comprimés (de vitamine E, par exemple) étaient sans effet. «Notre nouvelle théorie laisse même supposer que de grosses doses d'antioxydants chez des organismes relativement jeunes seraient toxiques. Probablement que la plupart des antioxydants que les gens prennent ne font ni du bien ni du mal parce que les concentrations qu'ils absorbent ne sont pas très élevées», fait-il remarquer.












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