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    Amiante - Un devoir moral

    Bernard Descôteaux
    10 décembre 2010 |Bernard Descôteaux | Santé | Éditoriaux
    La pression s'accentue pour obtenir des gouvernements canadien et québécois une interdiction de l'exploitation de l'amiante au Canada. Hier, le député Amir Khadir déposait un projet de loi en ce sens à l'Assemblée nationale. De son côté, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, demandait au premier ministre Harper d'agir en ce sens. Le silence des deux gouvernements devant les enjeux moraux que pose la poursuite de l'exploitation de ce minerai est de plus en plus troublant.

    Le plus immédiatement concerné par ce dossier est le gouvernement Charest, qui a par-devers lui une demande de garantie de prêt de 58 millions de laquelle dépend la réouverture de la mine Jeffrey à Asbestos. Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, a posé des conditions qui semblent remplies, mais il tergiverse, reportant de mois en mois sa décision comme s'il était incapable de trancher le dilemme que pose ce dossier.

    Ce dilemme est somme toute simple. D'un côté, il y a l'économie. La réouverture de la mine Jeffrey, c'est 450 emplois pour les 25 prochaines années dans une ville mono-industrielle qui dépend uniquement de l'exploitation de l'amiante. Sans cette nouvelle mine, Asbestos deviendra une ville fantôme. On imagine facilement le drame qui en résulterait. Et à l'économie se mêlent des questions politiques. Il y aura un prix politique à payer à un refus d'octroyer cette garantie de prêt lors de la prochaine élection.

    De l'autre côté, il y a les enjeux de santé publique reliés à l'utilisation de l'amiante. La variante chrysotile exploitée à Asbestos est certes la moins dangereuse des variétés d'amiante, mais elle tue aussi. Si elle n'est pas dangereuse utilisée dans des conditions sécuritaires, on sait que, dans les pays de l'Asie où elle est exportée, il est impossible de garantir le respect des normes d'utilisation que le ministre Gignac voudrait imposer aux importateurs. Des syndicalistes indiens et sud-coréens présentement en tournée au Canada l'ont démontré clairement.

    Entre ces enjeux moraux et les enjeux économico-politiques, le gouvernement Charest préférerait ne pas avoir à trancher, comme le suggèrent ses hésitations à donner le feu vert demandé. On peut comprendre qu'il ne veuille pas laisser tomber la population d'Asbestos, mais tôt ou tard il devra trancher. La campagne mondiale pour le bannissement total de l'exploitation et de l'utilisation de l'amiante ne s'arrêtera pas. Elle s'appuie sur des questions morales que personne ne peut ignorer en se réfugiant derrière la fausse caution morale que sont des normes d'utilisation sécuritaires incontrôlables.

    Donner le feu vert au projet Jeffrey est le plus mauvais service à rendre aux citoyens d'Asbestos, car à court ou moyen terme il faudra en venir à interdire l'exploitation de l'amiante. Asbestos se retrouvera alors devant le scénario de la fermeture de la ville qu'elle cherche à éviter. La responsabilité du gouvernement Charest est de dire non à ce projet.

    Ce non ne peut et ne doit pas être un non tout court. Il faut l'accompagner d'une solution de remplacement. Les citoyens d'Asbestos ont droit à un avenir qui soit autre que l'assurance-emploi et l'aide sociale. Ils ont droit à de bons emplois chez eux. Ils se sont mobilisés autour de ce projet de la mine Jeffrey parce que l'amiante est leur seule ressource. Il appartient aux gouvernements de leur apporter un autre projet. Ils ont un devoir moral à assumer à la fois envers Asbestos et envers les travailleurs d'ailleurs, dont on sait qu'ils paieraient de leur santé la survie de cette ville.












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