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    Dossier médical électronique - Le Québec, cancre de la classe

    «Il y a un an, on se demandait s'il y avait un pilote dans l'avion. Aujourd'hui, l'avion n'apparaît même plus sur les écrans radars.»

    8 octobre 2010 |Louise-Maude Rioux Soucy | Santé
    La piètre gestion du Dossier de santé du Québec (DSQ) était sur toutes les lèvres hier au colloque Informatique-Santé organisé par l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS)
    Photo: Agence France-Presse (photo) La piètre gestion du Dossier de santé du Québec (DSQ) était sur toutes les lèvres hier au colloque Informatique-Santé organisé par l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS)
    Retards, manque de vision et de cohésion, bogues informatiques, grave déficit au plan de la gouvernance. La piètre gestion du Dossier de santé du Québec (DSQ) était sur toutes les lèvres hier au colloque Informatique-Santé organisé par l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Un irritant qui, pour plusieurs, a des allures de fiasco annoncé.

    «Il y a un an, on se demandait s'il y avait un pilote dans l'avion. Aujourd'hui, l'avion n'apparaît même plus sur les écrans radars», a résumé hier la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis. Il y a bien eu des initiatives locales ou régionales comme à Montréal, Sherbrooke ou Québec, où on a développé des projets de dossiers cliniques informatisés (DCI) viables qui pourront un jour s'arrimer au DSQ. Mais ailleurs, la situation est «inquiétante».

    «Dans plusieurs régions, on n'est même pas encore à l'étape de la planification, note Mme Denis. Aucun projet n'est sur la table et les acteurs n'ont pas été mobilisés. Bref, on est complètement débranché.» Il faut dire que l'équipe qui coordonne l'implantation du dossier médical électronique dans le réseau de la santé a été passablement bousculée depuis sa création. La semaine dernière, Marc Vézina devenait le quatrième patron à quitter le navire.

    Ceci explique-t-il cela? «Il y a cinq ans, le Québec était à égalité avec l'Ontario. Mais nous avons pris un énorme retard alors que seules 20 % des cliniques québécoises sont informatisées», déplore le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, qui y voit un enjeu de santé publique. Nous sommes en effet passés de la tête à la queue du peloton, confirme la présidente-directrice générale du CEFRIO, Jacqueline Dubé.

    Résultat? «Pendant que le CHUM ou le CUSM travaillent encore à la première génération de leur dossier patient numérisé, ailleurs au Canada, on travaille à la 2e ou même à la 3e génération.» Le Québec est pourtant fin prêt pour le grand virage technologique, croit Mme Dubé. «Il n'y a pas de frein numérique ni d'enjeu sur le plan de l'accès. Ce qui manque, c'est l'action. Et pour ça, ça prend du leadership.»

    Dans les corridors hier, l'absence d'interlocuteur au ministère vampirisait les conversations. Tout comme les finances serrées des établissements alors que le gouvernement a décidé de cesser temporairement les investissements dans les DCI. Tous ces signaux n'ont rien pour rassurer le vérificateur général adjoint, Michel Samson, qui s'est dit hier «grandement préoccupé par la gestion du DSQ».

    Le Bureau du vérificateur général connaît bien les déboires du DSQ, à qui il a déjà consacré trois rapports. Le dernier, paru en mai 2010, était dévastateur. Il avait souligné l'absence de gouvernance et contesté l'estimation des coûts du ministère, de même que ses échéanciers. Prévu pour 2010, au coût de 563 millions, le DSQ a été reporté à 2011, 2013 et finalement, 2015.

    Au mieux. Il lui faudra en effet surmonter bien des écueils pour arriver dans les temps, au premier chef, résoudre le casse-tête que pose le déploiement du DSQ partout au Québec. Déjà en 2009, le vérificateur général avait souligné «un risque majeur quant à l'absence d'arrimage» avec les dossiers électroniques des établissements, les DCI. «En mai 2010, il avait été très déçu de voir qu'aucune stratégie n'avait encore été retenue», a raconté M. Samson hier.

    Or, sans stratégie d'arrimage, le Québec risque de se retrouver avec plein de petits programmes maison impossibles à rassembler, a-t-on entendu hier. Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), la question de l'arrimage reste irrésolue. «Il y a Inforoute Santé Canada qui veut favoriser l'appropriation des dossiers médicaux électroniques dans les cliniques», a expliqué le directeur de l'arrimage des projets et des déploiements, Pierre-Martin Tardif. Mais comme le projet vient à peine d'être annoncé, «il est un peu trop tôt pour en parler».

    Quant au seul projet pilote encore en cours entre une clinique et une poignée de pharmacies de la région de Québec — le ministère avait dû mettre un terme à une première série de projets pilotes en raison d'importants bogues informatiques —, il est toujours en cours. Impossible de savoir jusqu'à quand il le sera. «Le projet pilote va se terminer aussitôt que les bénéfices qu'on recherche seront atteints», a répondu M. Tardif.

    Selon le plan initial, ce projet pilote devrait être suivi d'une seconde série de projets pilotes, plus ambitieuse celle-là puisqu'elle sera déployée dans quatre régions: Capitale-Nationale, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Montréal et Lanaudière. Mais encore là, aucun échéancier n'a été avancé. Les choses vont plus rondement du côté de l'imagerie et des laboratoires, a fait valoir M. Tardif, qui a levé le voile hier sur une version fonctionnelle et plus aboutie du DSQ.

    L'outil devra toutefois être encore retravaillé pour qu'il intègre mieux les processus cliniques. Pour l'instant, il faut une clé USB pour accéder à l'interface, mais l'équipe souhaite aussi en assouplir l'accès. «On veut que ce soit fonctionnel, plus près des besoins des cliniciens, mais il faut que ça reste parfaitement sécuritaire», a expliqué Pierre Dombrowski, chef du projet médicament au DSQ.

    L'équipe du DSQ a par ailleurs rappelé que son bureau a aussi connu des succès. En imagerie diagnostique, le système est désormais branché à 100 %. Les expériences de télémédecine ont aussi ouvert des avenues très intéressantes. Et il est faux de dire que les difficultés du Québec sont uniques, a tenu à préciser Louise Beauchesne, directrice exécutive régionale pour le Québec à Inforoute Santé du Canada. «Les problèmes de gouvernance, on les voit aussi dans les autres provinces.»












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