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Alzheimer: tout est à revoir

L'échec d'un médicament vient bousculer la théorie principale adoptée jusqu'à présent par les chercheurs

Agence Science-Presse   2 septembre 2010  Santé
<br />
Photo : Agence Reuters

À retenir

    • Nom du médicament: Semagacestat.
    • Fait partie de la classe des «inhibiteurs de l'enzyme gamma-secrétase», une enzyme qui est derrière la production des fameuses «plaques». Autrement dit, c'est un médicament qui était censé bloquer («inhiber») la production de ces plaques.
    • Étaient testées: 2600 personnes souffrant d'Alzheimer à un stade précoce ou modéré. Les tests étaient en cours depuis 2008.
    • Résultats préliminaires: une aggravation des symptômes plus élevée chez ceux qui ont reçu le médicament que chez ceux qui ont reçu le placebo. La compagnie Eli Lilly a annoncé l'arrêt des tests le 17 août.
    • Ce n'est pas le premier «antibêta-amyloïde» à essuyer un échec à l'étape des essais sur des humains ou à en ressortir avec des résultats mitigés: les compagnies Myriad Genetics, Elan et Wyeth ont récemment subi le même sort. Selon l'agence Bloomberg, le nombre d'échecs s'élèverait à une douzaine depuis 2003.
L'interruption des tests d'un médicament, parce qu'il semble faire plus de mal que de bien, est chose fréquente. Mais le Semagacestat, un médicament contre l'Alzheimer dont les tests ont été interrompus le mois dernier, a donné des munitions à ceux pour qui c'est toute la théorie dominante sur les causes de l'Alzheimer qui fait plus de mal que de bien.

«[Le médicament] n'a pas ralenti la progression de la maladie et a été associé à une aggravation des indicateurs cliniques de la cognition et de la capacité à accomplir des tâches quotidiennes.» Des termes étonnamment durs, quand on sait qu'ils proviennent du communiqué de la compagnie pharmaceutique Ely Lilly qui fabrique ce médicament!

La décision n'est pas anodine. Elle vient bousculer une théorie qui, si elle se révélait fausse, ouvrirait la porte à bien plus qu'un simple débat d'experts. Cette théorie veut que l'Alzheimer soit causé par l'accumulation de «plaques» qui rongent peu à peu les cellules du cerveau. Ces plaques sont faites d'une protéine appelée amyloïde et les médicaments testés depuis les années 1990 visent soit à détruire ces plaques, soit à freiner leur croissance.

Le problème, disent les sceptiques de cette théorie, c'est que cela va bien au-delà de la recherche d'un médicament: les chercheurs consacrent aussi beaucoup d'efforts, depuis deux décennies, au dépistage de l'Alzheimer à un stade de plus en plus précoce et pour cela, traquent des indices de l'apparition de ces plaques. Or, qu'arriverait-il si ces plaques n'étaient pas la cause de la maladie, mais juste une conséquence?

Eh bien, dans un des scénarios, les médicaments testés pourraient ne pas seulement avoir essuyé un échec, ils pourraient empirer la situation, écrivait l'an dernier le journaliste médical Robert Langreth, à propos de cette classe de médicaments: «Le neurologue Jie Shen, qui croit que l'amyloïde n'est qu'un complice, pointe comme cause de la maladie un dysfonctionnement de deux protéines appelées présénilines. Si sa théorie est exacte, une classe de médicaments anti-amyloïdes appelés inhibiteurs de gamma-secrétase pourraient empirer la maladie.»

Mais il y a aussi des hypothèses intermédiaires. Le médicament d'Ely Lilly pourrait aussi être fautif. C'est-à-dire que s'il n'a pas «frappé» la molécule qu'il était censé cibler, c'est peut-être parce qu'il a pu devenir un agent toxique. Mais cela, on ne le saura pas tant qu'Ely Lilly n'aura pas publié l'ensemble des données de ses essais cliniques, ce qui pourrait prendre plus de six mois.

Enfin, comme quoi notre méconnaissance de l'Alzheimer est encore plus profonde que les chercheurs ne veulent l'admettre, le neurologue Sam Gandy, du Centre de recherche sur l'Alzheimer à l'École de médecine Mont-Sinaï, introduit un niveau supplémentaire de complexité: «Le terme "amyloïde" est habituellement employé pour désigner les plaques [que l'on observe dans les autopsies de patients]. Mais des données récentes suggèrent qu'une autre forme de peptide amyloïde est plus toxique que les plaques. Il y a même des données qui suggèrent que les plaques peuvent agir comme protectrices. Donc, il y a encore beaucoup à apprendre.»

Cet échec «nous dit clairement que nos points de vue sont peut-être trop simplistes», a renchéri le Dr P. Murali Doraiswamy en entrevue au New York Times. Ce qui ne veut pas dire que les chercheurs ont tout faux, a prévenu du même souffle le chercheur de l'Université de Duke, qui n'est pas prêt à abandonner l'hypothèse des plaques. «Ce qui m'inquiète, c'est que nous ne savons pas si cette toxicité est unique au médicament de Lilly et à cette population», dont la maladie était à un stade avancé, ou si elle s'applique aussi «aux thérapies de ce genre données à un stade précoce de la maladie».

Dans tous les cas, il y a une autre raison pour laquelle l'échec de ce médicament crée plus d'émoi que bien d'autres échecs similaires. S'ils sont 35 millions dans le monde à être atteints de démence, une estimation de l'Alzheimer's Disease International (ADI) veut qu'on se dirige vers une armée de 115 millions de personnes souffrant de l'Alzheimer en 2050.


 
 
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  • Jacques Morissette
    Abonné
    jeudi 2 septembre 2010 05h02
    L'Alzheimer, une maladie sournoise et devant qui on se sent désarmer.
    Le samedi d'il y a 2 semaines, je suis à une soirée chez des amis. On me présente un monsieur qui me dit candidement qu'il vient juste d'être diagnostiqué Alzheimer. Je parle un peu avec lui. Il parle et sa conversation tourne autour du même sujet et en queue de poisson. Avec sa maladie, je sais ce qui l'attend, à plus ou moins long terme.

    Mais j'évite de lui en parler. Cette maladie est tellement sournoise. Jusqu'à maintenant, on se perd en conjecture. C'est d'ailleurs un peu ce que je lis dans cette chronique à son sujet. On connaît bien ses symptômes, mais on ne sait pas vraiment ses origines. D'ailleurs, le monsieur dont je parlais au début commence déjà à en avoir les symptômes.

    Lors de cette soirée, il pleuvait et il a passé du temps dehors. Il rentre avec ses souliers trempés. Pour remédier, il enlève et remet ses souliers plusieurs fois. Il ne sait plus trop quoi faire. Je l'aide du mieux que je peux, selon son désir. Mais le mieux, désarmé que je suis, c'est de composer gentiment avec lui et sa maladie qui déjà a commencé ses ravages.

    Le monde de la recherche a beaucoup de pain sur la planche avec cette maladie. Si on veut la soigner, ou mieux l'anticiper ou l'éviter, on devra trouver la clé qui ouvre les portes souhaitées de la guérison. Jusqu'à maintenant, on ne guérit pas de cette maladie, pour le peu que je sais, on la ralentie.

  • Stéphane Leclair
    Abonné
    jeudi 2 septembre 2010 06h55
    On peut au moins applaudir la rigueur...
    Ma famille ayant déjà été touchée par cette maladie, je ne peux que me désoler de ce revers dans la recherche d'un médicament efficace.

    Toutefois, il est rassurant de voir que les compagnies pharmaceutiques sont disposées à admettre leurs échecs. À lire les manchettes ces années-ci, on est porté à croire que les résultats négatifs sont toujours soit étouffés, soit maquillés en réussites...

  • Guy Lacoste
    Inscrit
    jeudi 2 septembre 2010 08h09
    alzheimer:tout est a revoir
    mon épouse fait parti de cette recherche, il faut continuer ces recherches pour trouver un remède pour enrayer cette maladie sournoise et donner une meilleure qualité de vie aux personnes atteintes.
    Sinon les prochaines générations seront affectées à plus de 35% de la population.

  • Armand Lamontagne
    Abonné
    jeudi 2 septembre 2010 10h54
    Alzheimer:tout est à revoir
    Ma mère de 92 ans est atteinte de cette maladie depuis 4 à 5 ans; c'est difficile à déterminer. C'est aussi très difficile pour les enfants d'intervenir quand la personne nie toute maladie. Suite à un malaise grave, nous avons pu l'amener à l'hôpital où elle a été diagnostiquée «alzheimer». Elle vie depuis ce temps dans une unité prothétique. À son alzheimer s'ajoute une vision très réduite à cause de la dégénérescence maculaire. Elle est semi-autonome; c'est-à-dire qu'elle marche pour se rendre à la salle à dîner, au salon, à sa chambre et un peu dans les corridors. Suite à l'article, je comprends qu'elle ne guérira pas. Les médicaments prescrits n'ont aucun pouvoir de guérison; ils lui permettent de continuer à vivre sans trop de mal, sans douleur. Le plaisir de vivre se résume à quoi à ce stade ?

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