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Le Québec à l'heure de la douleur chronique – Les quatre facultés de médecine sont mises à contribution

Thierry Haroun   28 août 2010  Santé
Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal, dont on voit ici une projection des futurs édifices sur le site de l'hôpital Saint-Luc, est une des quatre facultés de médecine faisant partie du Réseau universitaire intégré de santé.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal, dont on voit ici une projection des futurs édifices sur le site de l'hôpital Saint-Luc, est une des quatre facultés de médecine faisant partie du Réseau universitaire intégré de santé.
«L'homme est un apprenti, la douleur est son maître». Cette citation d'Alfred de Musset pourrait-elle coiffer le 13e congrès mondial sur la douleur, qui se tiendra à Montréal à la fin d'août? Chose certaine, en matière de douleur chronique, le réseau québécois de la santé a, depuis 2006, pris ce dossier à bras-le-corps. Entrevue avec le Dr Louis R. Dufresne, directeur des affaires universitaires à la Direction générale du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le 13e congrès mondial sur la douleur est considéré comme un événement majeur par le Dr Louis R. Dufresne. «C'est un événement très important qui accueillera des gens de partout dans le monde. Ce sera d'ailleurs une occasion d'échanges — ou, si vous voulez, de "fertilisation croisée" — entre les différents groupes d'intérêts à l'échelle internationale, nationale et même locale. Cela ne fait aucun doute. Il y aura une ébullition d'idées, ce qui sera important pour la suite des choses.»

Québec intervient en 2006

Va pour la suite des choses, mais qu'en est-il concrètement au Québec sur le plan de la recherche, des soins et de la connaissance? Quels sont les champs d'intérêt sur la ou les douleurs chroniques? Que fait-on au Québec et qu'a-t-on accompli à ce jour? Sommes-nous en avance sur cette question par rapport à d'autres provinces canadiennes? Ce sont là quelques-unes des questions que Le Devoir a soumises à l'examen du Dr Dufresne.

«En fait, je vous dirais que c'est en 2006 que le ministère de la Santé a — disons, de manière organisée — mené des activités dans le domaine de la douleur chronique. Devant l'importance du problème et de la question de la douleur chronique auxquels le ministère a été sensibilisé par les cliniciens et les représentants de patients souffrant de douleur chronique, le ministère a demandé cette année-là à l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS) de nous soumettre des recommandations en vue d'une meilleure organisation des services pour ce secteur.»

Le rapport de l'AETMIS, datant de 2006, est intitulé Prise en charge de la douleur chronique (non cancéreuse): organisation des services de santé. Le communiqué qui accompagnait ce rapport notait «que la douleur chronique impose un lourd fardeau financier au patient et à la société. Les coûts directs sont liés au traitement et à la prestation des soins, alors que les coûts indirects comprennent l'absentéisme au travail et la hausse des montants versés pour invalidité.»

L'AETMIS soulignait de plus qu'au Québec, «comme dans plusieurs autres régimes, les services offerts aux patients québécois souffrant de douleur chronique sont fragmentés et les délais d'attente sont longs à tous les niveaux du système de soins. Les quelques cliniques multidisciplinaires de la douleur du Québec n'ont pas suffisamment de ressources pour dispenser les soins appropriés. L'accès aux services varie selon les régions et dans la mesure où les patients y sont dirigés par un tiers payeur (notamment, la Commission de la santé et de la sécurité du travail et la Société de l'assurance automobile du Québec).»

«Ce que l'AETMIS avait principalement recommandé, note le Dr Dufresne, c'était de mettre sur pied un réseau québécois ou des réseaux devant se consacrer à la douleur par l'entremise de réseaux interdisciplinaires et hiérarchisés.» Ce qui a été fait depuis, rappelle-t-il. «Les premiers maillons de cette chaîne ont été créés; ce sont des centres d'expertise en douleur chronique. Il y en a en fait quatre, soit un par Réseau universitaire intégré de santé (RUIS).»

Le réseau

Lancés il y a quelques années afin de favoriser la concertation, la complémentarité et l'intégration des missions de soins, d'enseignement et de recherche des établissements de santé, les RUIS sont des territoires rattachés aux quatre facultés de médecine (Université McGill, Université de Montréal, Université de Sherbrooke et Université Laval). Un RUIS est composé, à la base, d'un centre hospitalier universitaire, de centres hospitaliers affiliés universitaires et d'instituts universitaires. Enfin, d'autres établissements peuvent y être ajoutés à la discrétion de chaque RUIS.

Ces nouveaux centres répondent-ils à un besoin criant présentement? «Ces centres sont actuellement très sollicités, que ce soit sur le plan du traitement, de l'évaluation, de l'enseignement et de la recherche. Ils ont principalement pour mission de s'occuper des cas complexes. Ils sont en lien avec le reste de la chaîne, qui est constituée de centres régionaux et locaux.»

En ce qui concerne la clientèle, «elle est de tous âges. J'ajouterais aussi que, au Québec, la prévalence de la douleur chronique chez les hommes adultes est de

20 % et de 24 % chez les femmes. De plus, le vieillissement de la population est un facteur important. Et les types de douleur chronique les plus souvent observés sont à caractère musculo-squelettique; pensons aux maux de dos ou encore à l'ostéoporose, particulièrement chez les femmes. Il y a aussi les douleurs neuropathiques, c'est-à-dire reliées au système nerveux périphérique: pensons aux polynévrites diabétiques, par exemple.»

En conclusion, le Dr Dufresne fait remarquer que, «d'après ce qu'on entend concernant le domaine de la douleur chronique, on serait en avance sur les autres provinces canadiennes et on ferait des envieux».

***

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