Échange et application de connaissances - «On veut que les patients se sentent moins isolés»
Le programme ACCORD vise à améliorer le traitement de la douleur chronique au Québec
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Environ une personne sur cinq souffrirait de douleur chronique.
Dans le but d'améliorer l'évaluation et le traitement de la douleur chronique au Québec, une équipe formée de chercheurs, et aussi de patients, de cliniciens et de gestionnaires, a mis sur pied le programme ACCORD (Application concertée des connaissances et ressources en douleur).
L'équipe du programme ACCORD souhaite docu-menter les écarts entre les meilleurs soins possibles et ceux qui sont actuellement prodigués au Québec pour soulager les patients souffrant de douleur chronique. «On veut aussi évidemment combler ces écarts en utilisant des stratégies novatrices et efficaces d'échange et d'application des connaissances», explique l'investigatrice principale administrative du programme, Manon Choinière, chercheure au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).
Lancé en 2008, le programme ACCORD se poursuivra jusqu'en 2013. En 2006, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont annoncé leur intention d'accorder un financement pour soutenir la création de partenariats entre des équipes de recherche et des organismes communautaires, qui favoriseraient des «recherches de haute qualité» ainsi que l'échange et l'application des connaissances (EAC) sur la douleur. Ils ont alors précisé que l'EAC impliquait des échanges entre chercheurs et utilisateurs et visait à «accélérer la concrétisation des avantages de la recherche pour les Canadiens». Ils ont accordé un financement de 2,5 millions de dollars au programme ACCORD.
Divers partenaires
Ce programme réunit divers partenaires, y compris l'Association québécoise de la douleur chronique, la Fédération de l'âge d'or du Québec, des cliniciens, des experts en douleur, des directeurs de programmes universitaires de développement professionnel continu, des ordres professionnels, des dirigeants dans le domaine de la santé et 14 chercheurs issus de différentes disciplines.
La chercheure Manon Choinière, détentrice d'un doctorat en psychologie et professeure titulaire au Département d'anesthésiologie de l'Université de Montréal, précise que les partenaires prennent part aux différentes étapes du programme, dont sa conception, la définition des priorités et la diffusion des résultats.
Outre la subvention des IRSC, le programme ACCORD a reçu un financement de deux réseaux soutenus par le Fonds de la recherche en santé du Québec ainsi que de la société Pfizer Canada. L'entreprise pharmaceutique AstraZeneca Canada a pour sa part versé de l'argent aux IRSC pour ce programme d'alliances communautaires.
La douleur persistante
Mme Choinière explique qu'une douleur chronique est une douleur qui est présente durant plus de trois mois ou «qui persiste au-delà du délai normal de guérison d'une blessure, d'une fracture ou d'une maladie». Parfois, une maladie, comme l'arthrite ou la fibromyalgie, est à l'origine de la douleur.
«La douleur chronique, ce n'est pas juste un symptôme, c'est une maladie. Ça devient comme une maladie du système nerveux», indique la chercheure. Environ une personne sur cinq souffrirait de douleur chronique. La prévalence augmente avec l'âge.
La chercheure Manon Choinière souligne que la douleur est une sensation subjective, au même titre que la faim ou la soif. Elle mentionne qu'il existe des échelles mesurant son intensité, en fonction de ce que rapporte le patient, ainsi que son impact, par exemple sur le travail, le sommeil, les activités sociales ainsi que l'humeur et le bien-être de la personne.
La cartographie et l'amélioration des soins
Dans le cadre du premier volet du programme ACCORD, un atlas québécois sur la douleur chronique et les ressources de soins est en préparation, sous la direction du Dr Alain Vanasse, de l'Université de Sherbrooke. «Les syndromes qu'on regarde, ce sont la migraine, la fibromyalgie, les douleurs articulaires et les maux de dos. Et on veut faire un atlas géographique montrant comment ils sont distribués dans les différentes régions du Québec et quelles ressources on a pour les soigner», mentionne Mme Choinière.
Le deuxième volet vise l'amélioration des soins, par un meilleur outillage des professionnels de la santé en première ligne. Piloté par la chercheure Lyne Lalonde, de l'Université de Montréal, le premier projet de ce volet a trait aux soins de première ligne. Une équipe a mené une étude dans ce cadre auprès de médecins de famille, de pharmaciens et de patients. De plus, divers acteurs ont pris part à un atelier d'une journée pour déterminer des priorités d'action. La deuxième phase du projet consistera à mettre au point un programme d'éducation et d'intervention auprès de professionnels de la santé qui travaillent au sein de groupes de médecine de famille pour améliorer le soulagement de la douleur chez les patients. Son efficacité sera évaluée sur les plans clinique, social et économique et le programme sera implanté à différents endroits.
Le deuxième projet de ce volet concerne la prise en charge de la douleur chronique chez les personnes âgées dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Une équipe a effectué une analyse des besoins. Un programme d'intervention pour mieux outiller le personnel sera ensuite implanté dans des CHSLD. Les chefs d'équipe de ce projet sont le chercheur Michel Tousignant, de l'Université de Sherbrooke, et le Dr David Lussier, de l'Université McGill.
L'éducation et la sensibilisation
Le troisième volet est orienté vers les patients et le grand public. Sous la direction des chercheurs Patricia Bourgault et Serge Marchand, de l'Université de Sherbrooke, un premier projet consiste à implanter et à évaluer des «écoles interactionnelles» pour des patients atteints de fibromyalgie et de maux de dos. «Les patients se réunissent par groupes, avec deux professionnels de la santé. Ça s'échelonne sur une période de neuf semaines. On prône beaucoup la notion de patient comme partenaire actif. Et puis on essaie de mieux outiller les patients en matière de techniques d'autogestion de la douleur, sur la façon de bien prendre ses médicaments, sur des techniques d'hygiène du sommeil, etc.», explique Mme Choinière.
Un autre projet consiste à effectuer une campagne de sensibilisation et d'éducation sur une période de cinq ans, qui cible le grand public, les patients et les proches. «C'est pour corriger certaines croyances, des attitudes erronées qu'on a au sujet de la douleur et de son traitement et pour promouvoir encore une fois la notion d'autonomie du patient», indique Manon Choinière. Cette dernière est l'une des responsables de ce projet, avec la Dre Dominique Dion et Jacques Laliberté, président de l'Association québécoise de la douleur chronique. «On veut vraiment rendre la douleur plus visible, que ce soit mieux connu du grand public et que les patients se sentent moins isolés», indique-t-elle.
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Collaboratrice du Devoir
L'équipe du programme ACCORD souhaite docu-menter les écarts entre les meilleurs soins possibles et ceux qui sont actuellement prodigués au Québec pour soulager les patients souffrant de douleur chronique. «On veut aussi évidemment combler ces écarts en utilisant des stratégies novatrices et efficaces d'échange et d'application des connaissances», explique l'investigatrice principale administrative du programme, Manon Choinière, chercheure au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).
Lancé en 2008, le programme ACCORD se poursuivra jusqu'en 2013. En 2006, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont annoncé leur intention d'accorder un financement pour soutenir la création de partenariats entre des équipes de recherche et des organismes communautaires, qui favoriseraient des «recherches de haute qualité» ainsi que l'échange et l'application des connaissances (EAC) sur la douleur. Ils ont alors précisé que l'EAC impliquait des échanges entre chercheurs et utilisateurs et visait à «accélérer la concrétisation des avantages de la recherche pour les Canadiens». Ils ont accordé un financement de 2,5 millions de dollars au programme ACCORD.
Divers partenaires
Ce programme réunit divers partenaires, y compris l'Association québécoise de la douleur chronique, la Fédération de l'âge d'or du Québec, des cliniciens, des experts en douleur, des directeurs de programmes universitaires de développement professionnel continu, des ordres professionnels, des dirigeants dans le domaine de la santé et 14 chercheurs issus de différentes disciplines.
La chercheure Manon Choinière, détentrice d'un doctorat en psychologie et professeure titulaire au Département d'anesthésiologie de l'Université de Montréal, précise que les partenaires prennent part aux différentes étapes du programme, dont sa conception, la définition des priorités et la diffusion des résultats.
Outre la subvention des IRSC, le programme ACCORD a reçu un financement de deux réseaux soutenus par le Fonds de la recherche en santé du Québec ainsi que de la société Pfizer Canada. L'entreprise pharmaceutique AstraZeneca Canada a pour sa part versé de l'argent aux IRSC pour ce programme d'alliances communautaires.
La douleur persistante
Mme Choinière explique qu'une douleur chronique est une douleur qui est présente durant plus de trois mois ou «qui persiste au-delà du délai normal de guérison d'une blessure, d'une fracture ou d'une maladie». Parfois, une maladie, comme l'arthrite ou la fibromyalgie, est à l'origine de la douleur.
«La douleur chronique, ce n'est pas juste un symptôme, c'est une maladie. Ça devient comme une maladie du système nerveux», indique la chercheure. Environ une personne sur cinq souffrirait de douleur chronique. La prévalence augmente avec l'âge.
La chercheure Manon Choinière souligne que la douleur est une sensation subjective, au même titre que la faim ou la soif. Elle mentionne qu'il existe des échelles mesurant son intensité, en fonction de ce que rapporte le patient, ainsi que son impact, par exemple sur le travail, le sommeil, les activités sociales ainsi que l'humeur et le bien-être de la personne.
La cartographie et l'amélioration des soins
Dans le cadre du premier volet du programme ACCORD, un atlas québécois sur la douleur chronique et les ressources de soins est en préparation, sous la direction du Dr Alain Vanasse, de l'Université de Sherbrooke. «Les syndromes qu'on regarde, ce sont la migraine, la fibromyalgie, les douleurs articulaires et les maux de dos. Et on veut faire un atlas géographique montrant comment ils sont distribués dans les différentes régions du Québec et quelles ressources on a pour les soigner», mentionne Mme Choinière.
Le deuxième volet vise l'amélioration des soins, par un meilleur outillage des professionnels de la santé en première ligne. Piloté par la chercheure Lyne Lalonde, de l'Université de Montréal, le premier projet de ce volet a trait aux soins de première ligne. Une équipe a mené une étude dans ce cadre auprès de médecins de famille, de pharmaciens et de patients. De plus, divers acteurs ont pris part à un atelier d'une journée pour déterminer des priorités d'action. La deuxième phase du projet consistera à mettre au point un programme d'éducation et d'intervention auprès de professionnels de la santé qui travaillent au sein de groupes de médecine de famille pour améliorer le soulagement de la douleur chez les patients. Son efficacité sera évaluée sur les plans clinique, social et économique et le programme sera implanté à différents endroits.
Le deuxième projet de ce volet concerne la prise en charge de la douleur chronique chez les personnes âgées dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Une équipe a effectué une analyse des besoins. Un programme d'intervention pour mieux outiller le personnel sera ensuite implanté dans des CHSLD. Les chefs d'équipe de ce projet sont le chercheur Michel Tousignant, de l'Université de Sherbrooke, et le Dr David Lussier, de l'Université McGill.
L'éducation et la sensibilisation
Le troisième volet est orienté vers les patients et le grand public. Sous la direction des chercheurs Patricia Bourgault et Serge Marchand, de l'Université de Sherbrooke, un premier projet consiste à implanter et à évaluer des «écoles interactionnelles» pour des patients atteints de fibromyalgie et de maux de dos. «Les patients se réunissent par groupes, avec deux professionnels de la santé. Ça s'échelonne sur une période de neuf semaines. On prône beaucoup la notion de patient comme partenaire actif. Et puis on essaie de mieux outiller les patients en matière de techniques d'autogestion de la douleur, sur la façon de bien prendre ses médicaments, sur des techniques d'hygiène du sommeil, etc.», explique Mme Choinière.
Un autre projet consiste à effectuer une campagne de sensibilisation et d'éducation sur une période de cinq ans, qui cible le grand public, les patients et les proches. «C'est pour corriger certaines croyances, des attitudes erronées qu'on a au sujet de la douleur et de son traitement et pour promouvoir encore une fois la notion d'autonomie du patient», indique Manon Choinière. Cette dernière est l'une des responsables de ce projet, avec la Dre Dominique Dion et Jacques Laliberté, président de l'Association québécoise de la douleur chronique. «On veut vraiment rendre la douleur plus visible, que ce soit mieux connu du grand public et que les patients se sentent moins isolés», indique-t-elle.
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