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Sherbrooke et Abitibi-Témiscamingue - «Que faire lorsque l'investigation médicale ne révèle pas de pathologie?»

La recherche veut identifier le mécanisme qui régit la douleur

Pierre Vallée   28 août 2010  Santé
Des recherches démontrent que les femmes ont un seuil de la douleur moins élevé et une plus faible tolérance à la douleur.
Photo : Agence Reuters Lucas Jackson
Des recherches démontrent que les femmes ont un seuil de la douleur moins élevé et une plus faible tolérance à la douleur.
Depuis une quinzaine d'années, la recherche scientifique portant sur la douleur a beaucoup progressé. Serge Marchand, neurophysiologiste et titulaire de la Chaire de recherche conjointe sur la douleur de l'Université de Sherbrooke et de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, est l'un des chercheurs qui ont contribué à cette évolution de la compréhension médicale de la douleur.

«Longtemps, la douleur a été perçue comme le signal ou comme un signe secondaire d'une pathologie quelconque. Donc, en traitant la pathologie, on traitait aussi la douleur.» Cette démarche est toujours valide lorsqu'on connaît l'origine de la douleur, mais elle ne peut rien lorsque la cause de la douleur est introuvable. «Que faire lorsque l'investigation médicale ne révèle pas de pathologie? Ou que la pathologie a été complètement soignée mais que le patient ressent toujours de la douleur? Cette situation crée un malaise encore aujourd'hui. On évoque alors des composantes psychologiques, mais trop souvent la douleur retombe sur le dos du patient.»

Une situation inacceptable pour quiconque souffre sans cause pathologique apparente ou est atteint d'une douleur chronique, comme les personnes souffrant de fibromyalgie. «C'est pour répondre à ce problème qu'un nouveau concept est apparu dans la compréhension de la douleur. Il s'agit alors de voir la douleur comme une pathologie en soi et de la traiter comme telle. Par exemple, il existe dans le système nerveux des mécanismes de contrôle de la douleur, comme la production d'endorphines. Il existe aussi un système de freinage de la douleur qu'on peut observer chez des personnes blessées qui, malgré la blessure, ne ressentent aucune douleur. Il est donc possible que la production d'endorphines soit défectueuse ou que le système de freinage ne fonctionne pas et que le système s'emballe. Dans ces cas, il faut aborder la douleur d'un autre angle, comme si c'était un problème du système nerveux. On parle alors de douleurs neuropathiques. Il faut donc découvrir le mécanisme derrière la douleur pour ensuite le réduire, le freiner ou le renverser.»


Le traitement de la douleur

Les analgésiques, qui vont de l'aspirine aux opiacés, sont les remèdes les plus fréquemment utilisés contre la douleur. Bien qu'ils soient efficaces et permettent un soulagement, ils ne peuvent pas tout régler, en particulier dans le cas de douleurs chroniques. «Une pilule ne peut pas être l'unique réponse. Cette nouvelle conception de la douleur, qu'on peut qualifier d'holistique, exige un traitement à multiples facettes. Il faut tenir compte de la démarche mentale. Il y a l'exercice physique qui augmente la production d'endorphines. On pense aussi à la stimulation électrique des nerfs. Le massage et d'autres méthodes de relaxation ont aussi un effet bénéfique. C'est une médecine qui doit s'adapter au patient, et cela, même en pharmacologie, puisqu'il faut ajuster le médicament et la dose au patient et à son mal.»

Ce qui exige du médecin traitant un examen et un questionnaire différents de la démarche traditionnelle. «Par exemple, si vous avez devant vous une personne qui souffre d'un mal de dos chronique et que vous lui demandez de dire dans quelle situation la douleur est la moindre, s'il vous répond: "C'est quand je vais sur le lac faire de la pêche", il y a une bonne chance que des méthodes de relaxation auront un certain succès auprès de ce patient.»

Placebo et sexe

Parmi les nombreux sujets de recherche sur la douleur auxquels s'intéresse Serge Marchand, deux ont récemment retenu davantage son attention: l'effet analgésique des placebos et le rôle du sexe dans la douleur. Bien que courte, la définition la plus courante de l'effet placebo est celle de l'effet thérapeutique ressenti par un patient qui croit prendre un médicament mais qui en réalité avale à son insu une substance neutre, c'est-à-dire un placebo. Les études ont démontré que la prise d'un placebo peut produire un effet analgésique.

«Si on donne à un patient un placebo en lui disant que c'est de l'aspirine, l'effet placebo fera en sorte qu'il réagira comme s'il avait pris de l'aspirine.» Idem si on lui dit qu'il a pris un opiacé. Mais, dans ce cas, ça se complique. «Si le patient croit qu'il a pris un opiacé, de la même manière qu'avec l'aspirine, il réagira comme s'il avait pris un opiacé. Mais si on lui donne ensuite du naloxone, qui est un inhibiteur des récepteurs des opiacés, eh bien, l'effet de l'opiacé disparaît de la même manière que l'effet aurait disparu s'il s'était agi d'un véritable opiacé. On peut donc penser que le système nerveux, à cause de l'effet placebo, a réussi à mimer la vraie molécule de l'opiacé.»

Le mythe est tenace: les hommes sont douillets et les femmes, parce qu'elles accouchent, supportent mieux la douleur que les hommes. «En fait, toutes les études démontrent le contraire. Ce sont les femmes qui ont un seuil de la douleur moins élevé et une plus faible tolérance à la douleur. C'est peut-être la raison pour laquelle il y a plus de femmes que d'hommes qui souffrent de douleurs chroniques, comme dans le cas de la fibromyalgie, où on compte dix femmes pour un homme.»

Mais le seuil de la douleur féminin n'est pas invariable. «Plus une femme enceinte approche de l'accouchement, plus le seuil de la douleur s'élève. On en déduit que les hormones sexuelles ont un effet sur la douleur. De plus, on s'est aperçu que les femmes réagissent différemment que les hommes aux opiacés. On verra peut-être un jour des médicaments roses et bleus contre la douleur.»

Serge Marchand abordera ces deux sujets lors de conférences données dans le cadre du colloque mondial sur la douleur.

***

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