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Centre de recherche sur la douleur Alan-Edwards - Ils sont plus d'une centaine à oeuvrer conjointement à l'Université McGill

Un questionnaire sur la douleur a été traduit en de multiples langues

Martine Letarte   28 août 2010  Santé
Le Dr Fernando Cereno, directeur du Centre Alan-Edwards de l'Université McGill
Photo : Source McGill
Le Dr Fernando Cereno, directeur du Centre Alan-Edwards de l'Université McGill
C'est la première fois que l'International Association for the Study of Pain (IASP) se donne rendez-vous une deuxième fois dans une même ville en près de 40 ans d'histoire. La première visite à Montréal remonte à 1978. Ce n'est pas un hasard si la métropole jouit d'un statut particulier lorsqu'il est question de la recherche sur la douleur. L'importance du Centre Alan-Edwards, de l'Université McGill, et l'engagement de son directeur, le Dr Fernando Cervero, y sont pour beaucoup.

«Le Centre de recherche sur la douleur Alan-Edwards est le plus grand du monde avec ses 150 chercheurs, mais il est aussi très ancien. Beaucoup de recherches sur la douleur se font à McGill depuis le milieu des années 70. C'est d'ailleurs à cette époque qu'on a créé le Questionnaire sur la douleur de McGill, qui est traduit dans plusieurs langues maintenant et utilisé partout dans le monde pour mesurer la douleur et la caractériser», indique le Dr Cervero.

Bien sûr, d'autres établissements font de la recherche sur la douleur au Québec. On a d'ailleurs créé en 2001 le Réseau québécois de recherche sur la douleur. Parmi les membres, on retrouve aussi l'Université de Montréal, l'Université Laval et l'Université de Sherbrooke.

«Le Centre de recherche sur la douleur Alan-Edwards de l'Université McGill représente toutefois à lui seul 60 % du Réseau», précise le Dr Cervero, qui a récemment été élu président de l'IASP. Auparavant, il a été membre du conseil d'administration pendant cinq ans et trésorier pendant six ans.

On attend près de 7000 personnes à Montréal pour le congrès qui commencera demain. «C'est très bon pour Montréal, pour McGill et pour les autres établissements où on fait de la recherche sur la douleur, parce que cela amène beaucoup de gens qui profitent de leur passage dans la ville pour visiter nos installations, pour discuter, et cela peut aboutir à des collaborations», croit Fernando Cervero.

Un grand éventail de recherches

Le Dr Cervero est fier de voir que le centre de recherche qu'il dirige réalise des travaux de recherche aussi diversifiés. «Généralement, les centres sont beaucoup plus petits et ils travaillent sur un ou deux aspects de la douleur. Nous, nous travaillons autant sur des aspects très fondamentaux de la douleur, au niveau de la molécule et de la cellule, que sur des aspects très appliqués, dans le domaine social ou de la psychologie, par exemple.»

Pour y arriver, le Centre de recherche sur la douleur Alan-Edwards doit pouvoir compter sur une équipe multidisciplinaire.

«Nous réunissons en fait tous les chercheurs de l'Université McGill et des gens d'autres établissements de Montréal et d'ailleurs, que ce soient des médecins, des psychologues, des chercheurs ou autres, qui ont un intérêt pour la douleur, qui veulent en comprendre les mécanismes et développer des traitements», précise le directeur.

Le bassin de patients est aussi capital. Pour ses recherches sur le traitement de la douleur, le centre peut compter sur l'Unité de traitement de la douleur du Centre universitaire de santé McGill, à l'Hôpital général de Montréal, où on reçoit en moyenne plus de 3000 patients par année.

«Nos patients sont généralement des cas très complexes qui ont des douleurs chroniques. Bien souvent, ils ont vu différents médecins et personne ne sait quoi faire pour les aider», explique le Dr Cervero.

Pour ce qui est de ses propres travaux de recherche, le directeur du centre se spécialise dans la douleur d'origine interne, gastro-intestinale entre autres. Il s'intéresse aussi, avec son équipe, à la relation entre les hormones et la perception de la douleur.

«Beaucoup de maladies de la douleur sont plus fréquentes chez les femmes, comme la fibromyalgie ou le côlon irritable. Nous travaillons donc sur les mécanismes cellulaires et moléculaires qui pourraient être responsables de la douleur lorsqu'on assiste à des changements hormonaux», explique le chercheur, qui collabore pour ses travaux avec d'autres chercheurs du centre et aussi avec des collègues à l'étranger, notamment à Zurich, en Suisse.

Des avancées et des défis

Depuis quelques années, on entend davantage parler de la douleur, particulièrement des douleurs chroniques. Peut-on parler de grandes avancées?

«Une chose qui a changé, c'est qu'auparavant on parlait de la douleur seulement comme un symptôme d'une maladie, d'une lésion. Maintenant, on regarde la douleur comme une maladie en soi», remarque le Dr Cervero.

De grands défis pour les chercheurs restent toutefois à relever. «Les douleurs neuropathiques en sont un bon exemple. Elles sont causées par une altération du système nerveux plutôt que par une lésion. Les mécanismes de ces douleurs sont très difficiles à comprendre et, en fait, on en connaît encore très peu là-dessus. Une équipe de chercheurs du centre travaille d'ailleurs sur cette question à partir de modèles animaux», ajoute-t-il.

Bien que ces douleurs soient peu fréquentes dans la population, le Dr Cervero précise qu'elles sont comme une forme de torture pour les gens qui en souffrent.

«Il n'y a rien à faire pour les guérir, ces patients n'ont pas de lésion et on comprend peu ce qu'il leur arrive. Certaines douleurs neuropathiques sont peut-être des conséquences du diabète ou de l'herpès, ou encore elles font suite à une douleur postopératoire, mais tout ça demeure un mystère. Les douleurs neuropathiques sont donc un domaine de recherche qui sera particulièrement important dans les années à venir», affirme-t-il.

Ce qui allait devenir le Centre de recherche sur la douleur Alan-Edwards de l'Université McGill a été formellement constitué en 2002, mais ses origines remontent aux années 1970. En 2007, il a pris le nom de l'homme d'affaires et philanthrope Alan Edwards, en guise de reconnaissance pour son importante contribution. Plus d'une centaine de chercheurs de l'Université McGill y travaillent, en plus d'une cinquantaine d'autres provenant d'établissements affiliés.

***

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