dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 13h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Université de Montréal - Le soulagement vient en dormant

«Une mauvaise nuit de sommeil engendre une sensibilité accrue à la douleur»

Etienne Plamondon-Emond   28 août 2010  Santé
Gilles Lavigne, doyen de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal
Photo : Source Université de Montréal
Gilles Lavigne, doyen de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal
La douleur empêche de bien dormir. Une mauvaise nuit de sommeil accentue la sensibilité à la douleur, qui empêche à nouveau de bien dormir. La Chaire de recherche du Canada sur la douleur, le sommeil et les traumatismes crâniens s'efforce de trouver des moyens de briser ce cercle vicieux, qui devient un fardeau pour de nombreux patients souffrant de douleurs chroniques.

L'effet placebo persiste à soulager nos douleurs lorsqu'on dort. Cette récente découverte de la Chaire de recherche sur la douleur, le sommeil et les traumatismes crâniens de l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, affiliée à l'Université de Montréal, vient de donner une nouvelle clé pour briser le cercle vicieux créé par la douleur chronique et la mauvaise qualité du sommeil.

À la suite d'expériences où l'on appliquait sur des patients des crèmes qu'on prétendait être «analgésiantes», les derniers travaux de Danièle Laverdure-Dupont sont arrivés à la conclusion que «le conditionnement à l'effet analgésique est actif pendant le sommeil», déclare Gilles Lavigne, doyen de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal et détenteur de la Chaire de recherche.

À son avis, il s'agit d'une bonne nouvelle pour les gens souffrant de douleurs chroniques, souvent coincés dans la «roue infernale» des troubles du sommeil. Cette découverte va possiblement renouveler les démarches concernant les thérapies cognitivo-comportementales qui ont pour objectif de modifier la perception de la douleur et son intensité.

«La raison pour laquelle on s'est mis à s'intéresser à la douleur et au sommeil, se rappelle Gilles Lavigne, c'est qu'en gros il y a près de deux patients sur trois souffrant de douleurs chroniques qui nous rapportent que la qualité de leur sommeil n'est pas satisfaisante.» Une proportion qui atteint 75 % chez les patients souffrant de douleurs chroniques musculaires, mieux connues sous le nom de fibromyalgie. Pour ces derniers, Gilles Lavigne estime qu'ils «ont une perte de 40 % de leur sommeil à ondes lentes, soit le sommeil qui favorise la récupération».

Une «sentinelle» trop active

Chez plusieurs d'entre eux, le tronc cérébral est «suractivé». Aussi nommé cerveau primitif, le tronc cérébral agit comme une «sentinelle» durant le sommeil et peut activer le réveil si une menace se présente. Il peut aller jusqu'à préparer les muscles pour une réaction de lutte ou de fuite. Gérant des douleurs chroniques, le corps demeure dans un état de «semi-vigilance» qui l'empêche d'atteindre un sommeil profond et réparateur.

Ces activations cérébrales sont aussi fréquentes que chez les personnes souffrant d'insomnie. Par contre, elles aggravent le problème qui gênait déjà le sommeil. «Non seulement la douleur chronique empêche de dormir, mais la mauvaise nuit de sommeil engendre une sensibilité accrue à la douleur dans la journée suivante, résume Gilles Lavigne. Les études scientifiques ont plutôt tendance à montrer que la douleur n'est pas nécessairement plus forte, mais qu'elle est plus variable», précise-t-il.

«Il y aussi l'aspect désagréable de la douleur, tient-il à rappeler. Tous les aspects émotifs. Plusieurs études ont suggéré que quelqu'un qui ne dort pas bien va se réveiller le matin [et] son humeur va être un peu moins bonne. On a moins de tolérance [...] à la pression sociale, aux bruits, aux situations qui peuvent créer de l'anxiété. On a plus de difficulté à y faire face.»

Et une situation qui perdure est lourde de conséquences: «Si quelqu'un ne dort pas bien deux ou trois nuits , il va commencer à avoir plus de problèmes à faire face aux aléas de la vie, à la pression de la vie. Et, dans ce sens-là, les études ont montré que, s'il y a de la douleur par-dessus ça, la personne va avoir beaucoup de variabilité dans ses rapports avec la douleur.»

L'oeuf ou la poule?

Lorsque des troubles du sommeil liés à la douleur doivent être soulagés, les dentistes deviennent parfois des intervenants de première ligne, tout comme ils jouent un rôle important dans l'atténuation des douleurs buccofaciales. De là l'importance accordée à ce domaine de recherche par le doyen de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal.

Gilles Lavigne évoque des exemples de situations dont il se dit souvent témoin: un sportif qui reçoit un coup de coude sur le menton ou un automobiliste qui accuse un coup au visage à la suite d'un accident. Le patient se retrouve à l'urgence, «il n'est plus capable d'ouvrir la bouche et il se met à développer de grosses douleurs au niveau des tempes, au niveau de l'articulation près des oreilles. En trois à cinq jours, il se met à rapporter des troubles de sommeil.»

«Comme on se rend compte que la douleur a un effet délétère sur le sommeil, est-ce qu'on peut empêcher la création du cercle vicieux?», se demande Gilles Lavigne. «C'est ce qu'on est en train d'étudier présentement. Soit par des médicaments [...] ou [par] des démarches en hygiène de sommeil.» Cette deuxième démarche suggère, dès les premiers jours suivant un traumatisme, de conseiller les patients sur l'environnement où ils dorment, sur la régularité des heures de sommeil ainsi que sur les habitudes de vie.

«On est très actif pour comprendre ce que sont les mécanismes initiaux. Est-ce qu'on peut renverser ces mécanismes-là? Est-ce qu'il faut — dans les premières 24 heures [après un] traumatisme — commencer tout de suite à travailler sur le sommeil, pour prévenir l'apparition de la douleur? Ou faut-il prévenir la douleur pour empêcher que les troubles de sommeil n'apparaissent? [Ça] revient au cercle vicieux», souligne Gilles Lavigne, à propos des recherches qui visent à résoudre un problème digne du questionnement sur l'origine de l'oeuf et de la poule.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012