Des promesses d'aide pour le Dr Julien
Québec allongera cette année sa contribution à un million et étudiera la possibilité de rendre sa subvention récurrente
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Emu par l'ampleur du soutien à sa cause, le Dr Gilles Julien n'a pourtant pas complètement retrouvé le sourire, constatant qu'il devra encore une fois surfer sur une promesse d'argent du gouvernement. «En espérant que ce soit la vraie, cette fois. Je veux bien donner le bénéfice du doute [au ministre de la Santé], c'est un gars honnête. Il a géré une crise aujourd'hui, mais que va-t-il arriver demain? Je ne le sais pas», a confié le Dr Julien.
Le Devoir révélait hier que, en raison d'un déficit anticipé de 900 000 $, le célèbre pédiatre allait devoir vendre le bâtiment abritant le siège social de sa Fondation. Déjà en juin, il avait coupé de moitié son personnel qui s'occupait des enfants en difficulté dans ses centres d'Hochelaga-Maisonneuve et de Côte-des-Neiges ainsi que les activités de ses camps de jour.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, est aussitôt intervenu pour juguler la crise, promettant sur toutes les tribunes une aide financière d'urgence et la possibilité d'une subvention récurrente. «On va compléter le financement jusqu'à un million pour que le Dr Julien puisse continuer son oeuvre, a affirmé le ministre Bolduc. On va s'attendre à ce que les autres ministères [Éducation, et Emploi et Solidarité sociale] allongent leur budget et c'est moi qui vais coordonner tout ça.» Il s'est défendu d'avoir tardé à agir, expliquant qu'il n'a été mis au parfum des difficultés du Dr Julien qu'au début du mois et qu'il n'en a saisi l'urgence qu'en lisant Le Devoir ce matin (hier).
Ces trois ministères devaient verser une somme totale de 475 000 $, mais en vertu de programmes spéciaux qui concernaient quelques projets du Dr Julien. «Mais l'enjeu n'est pas là. L'aide gouvernementale qu'on demande, c'est un million pour soutenir notre fonctionnement de base. Pas pour des projets spéciaux», a-t-il lancé.
Le pédiatre de 65 ans voit toutefois d'un bon oeil que le ministre Bolduc propose une entente sur une action concertée pour que plusieurs ministères, y compris ceux de la Justice et de la Famille, fournissent une contribution récurrente. «[Le ministre] m'a dit qu'il fallait que j'arrête d'être dans la précarité et voulait s'engager à long terme. J'étais bien d'accord», a-t-il indiqué, désireux de s'attaquer au plan de match pour 2011.
Le ministre de la Santé n'a pas voulu s'avancer sur un échéancier, mais a promis d'agir, ayant à coeur les oeuvres du Dr Julien. «On est très conscient que ce que le Dr Julien fait, ça diminue les coûts dans le réseau de la santé et de la délinquance, a soutenu Yves Bolduc. C'est une cause en laquelle on croit beaucoup.»
Promesses vaines et espoirs déçus
Pendant les vingt années où il a porté à bout de bras son entreprise d'économie sociale, le Dr Julien en a vu passer, des promesses. Il y a deux ans, convoqué à la lecture du budget par Monique Jérôme-Forget, alors ministre des Finances, il avait sincèrement cru qu'il allait recevoir une aide financière. «Pendant qu'elle lisait le budget [la ministre] s'est arrêtée pour me rendre hommage. Elle m'a dit que c'était extraordinaire ce que je faisais. Je me suis dit qu'il y avait sûrement des fonds qui allaient venir avec ça!» a-t-il raconté dans un sourire. À la fin de l'événement, le Dr Julien est allé la voir pour confirmer qu'il y avait bel et bien des fonds d'engagés pour lui, ce qu'elle lui avait assuré. «Sauf que je n'ai rien eu et après, ils ont changé de ministre», déplore le pédiatre.
L'an dernier, l'espoir s'est ravivé lorsque le Dr Julien a eu le privilège d'être convié à une rencontre de deux heures avec cinq ministres (Santé et Services sociaux, Famille, Justice, Éducation ainsi qu'Emploi et Solidarité sociale). «Ils m'ont dit qu'ils voulaient tous m'aider pas un à la fois, mais tous ensemble. J'ai eu cinq ministres à moi seul pour expliquer mon affaire. Ça ne se fait jamais! Ils sont sortis emballés», a raconté le Dr Julien.
À la suite de cette rencontre, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a négocié à un million la contribution qui allait lui être octroyée. «Mais quand j'ai lu le budget, j'ai vu qu'on n'était pas là. Il n'y avait rien. Zéro», a-t-il ajouté.
L'attachée de presse au cabinet du ministre des Finances, Catherine Poulin, souligne que l'ex-ministre Jérôme-Forget avait bel et bien prévu des sommes dans le budget 2008-2009 à travers la création d'un fonds de 400 millions échelonnés sur dix ans. Sauf que le projet du Dr Julien ne semble pas y être admissible puisqu'il faut répondre à certains critères. «Je n'y ai pas accès parce qu'il faut que ça passe par les tables de concertation locales. Je ne dois pas être assez "groundé" dans la communauté. N'importe quoi», a ironisé le pédiatre, en se reprochant d'avoir été naïf.
Au cabinet du ministre de la Santé, on a expliqué qu'il était impossible de contourner les normes des programmes en place. «Par contre, il y a peut-être lieu de travailler avec le Dr Julien pour rapprocher sa proposition avec ce qui se fait déjà dans les programmes», a laissé entendre Marie-Ève Bédard, attachée de presse au cabinet.
Pour le Dr Julien, le «faire rentrer dans une case» est la meilleure façon de dénaturer son approche. «Je veux qu'on prenne tout le bloc. [...] Ce n'est pas de la rigidité, c'est une autre vision des choses. Les enfants ont des besoins globaux et c'est ça qu'il faut que le gouvernement comprenne», a-t-il insisté.
Un raz-de-marée d'appuis
Même s'il navigue de promesse en promesse, le Dr Julien le sait bien: il n'est pas seul sur son île. Au siège social rue Sainte-Catherine, le téléphone ne dérougissait pas hier. Que ce soit pour manifester du soutien à son entreprise sociale, faire un don ou hurler d'indignation, les gens ont répondu à son cri du coeur. «C'est un vrai raz-de-marée. Ça n'a aucun sens, j'ai dû recevoir cent appels de médias, s'est-il étonné. Mes enfants veulent m'aider. Il y a plein de gens qui se mobilisent, me donnent leur appui. Je suis fier de ça. Mais c'est pas encore gagné pour s'emballer», a-t-il conclu, prudent.
Le Devoir révélait hier que, en raison d'un déficit anticipé de 900 000 $, le célèbre pédiatre allait devoir vendre le bâtiment abritant le siège social de sa Fondation. Déjà en juin, il avait coupé de moitié son personnel qui s'occupait des enfants en difficulté dans ses centres d'Hochelaga-Maisonneuve et de Côte-des-Neiges ainsi que les activités de ses camps de jour.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, est aussitôt intervenu pour juguler la crise, promettant sur toutes les tribunes une aide financière d'urgence et la possibilité d'une subvention récurrente. «On va compléter le financement jusqu'à un million pour que le Dr Julien puisse continuer son oeuvre, a affirmé le ministre Bolduc. On va s'attendre à ce que les autres ministères [Éducation, et Emploi et Solidarité sociale] allongent leur budget et c'est moi qui vais coordonner tout ça.» Il s'est défendu d'avoir tardé à agir, expliquant qu'il n'a été mis au parfum des difficultés du Dr Julien qu'au début du mois et qu'il n'en a saisi l'urgence qu'en lisant Le Devoir ce matin (hier).
Ces trois ministères devaient verser une somme totale de 475 000 $, mais en vertu de programmes spéciaux qui concernaient quelques projets du Dr Julien. «Mais l'enjeu n'est pas là. L'aide gouvernementale qu'on demande, c'est un million pour soutenir notre fonctionnement de base. Pas pour des projets spéciaux», a-t-il lancé.
Le pédiatre de 65 ans voit toutefois d'un bon oeil que le ministre Bolduc propose une entente sur une action concertée pour que plusieurs ministères, y compris ceux de la Justice et de la Famille, fournissent une contribution récurrente. «[Le ministre] m'a dit qu'il fallait que j'arrête d'être dans la précarité et voulait s'engager à long terme. J'étais bien d'accord», a-t-il indiqué, désireux de s'attaquer au plan de match pour 2011.
Le ministre de la Santé n'a pas voulu s'avancer sur un échéancier, mais a promis d'agir, ayant à coeur les oeuvres du Dr Julien. «On est très conscient que ce que le Dr Julien fait, ça diminue les coûts dans le réseau de la santé et de la délinquance, a soutenu Yves Bolduc. C'est une cause en laquelle on croit beaucoup.»
Promesses vaines et espoirs déçus
Pendant les vingt années où il a porté à bout de bras son entreprise d'économie sociale, le Dr Julien en a vu passer, des promesses. Il y a deux ans, convoqué à la lecture du budget par Monique Jérôme-Forget, alors ministre des Finances, il avait sincèrement cru qu'il allait recevoir une aide financière. «Pendant qu'elle lisait le budget [la ministre] s'est arrêtée pour me rendre hommage. Elle m'a dit que c'était extraordinaire ce que je faisais. Je me suis dit qu'il y avait sûrement des fonds qui allaient venir avec ça!» a-t-il raconté dans un sourire. À la fin de l'événement, le Dr Julien est allé la voir pour confirmer qu'il y avait bel et bien des fonds d'engagés pour lui, ce qu'elle lui avait assuré. «Sauf que je n'ai rien eu et après, ils ont changé de ministre», déplore le pédiatre.
L'an dernier, l'espoir s'est ravivé lorsque le Dr Julien a eu le privilège d'être convié à une rencontre de deux heures avec cinq ministres (Santé et Services sociaux, Famille, Justice, Éducation ainsi qu'Emploi et Solidarité sociale). «Ils m'ont dit qu'ils voulaient tous m'aider pas un à la fois, mais tous ensemble. J'ai eu cinq ministres à moi seul pour expliquer mon affaire. Ça ne se fait jamais! Ils sont sortis emballés», a raconté le Dr Julien.
À la suite de cette rencontre, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a négocié à un million la contribution qui allait lui être octroyée. «Mais quand j'ai lu le budget, j'ai vu qu'on n'était pas là. Il n'y avait rien. Zéro», a-t-il ajouté.
L'attachée de presse au cabinet du ministre des Finances, Catherine Poulin, souligne que l'ex-ministre Jérôme-Forget avait bel et bien prévu des sommes dans le budget 2008-2009 à travers la création d'un fonds de 400 millions échelonnés sur dix ans. Sauf que le projet du Dr Julien ne semble pas y être admissible puisqu'il faut répondre à certains critères. «Je n'y ai pas accès parce qu'il faut que ça passe par les tables de concertation locales. Je ne dois pas être assez "groundé" dans la communauté. N'importe quoi», a ironisé le pédiatre, en se reprochant d'avoir été naïf.
Au cabinet du ministre de la Santé, on a expliqué qu'il était impossible de contourner les normes des programmes en place. «Par contre, il y a peut-être lieu de travailler avec le Dr Julien pour rapprocher sa proposition avec ce qui se fait déjà dans les programmes», a laissé entendre Marie-Ève Bédard, attachée de presse au cabinet.
Pour le Dr Julien, le «faire rentrer dans une case» est la meilleure façon de dénaturer son approche. «Je veux qu'on prenne tout le bloc. [...] Ce n'est pas de la rigidité, c'est une autre vision des choses. Les enfants ont des besoins globaux et c'est ça qu'il faut que le gouvernement comprenne», a-t-il insisté.
Un raz-de-marée d'appuis
Même s'il navigue de promesse en promesse, le Dr Julien le sait bien: il n'est pas seul sur son île. Au siège social rue Sainte-Catherine, le téléphone ne dérougissait pas hier. Que ce soit pour manifester du soutien à son entreprise sociale, faire un don ou hurler d'indignation, les gens ont répondu à son cri du coeur. «C'est un vrai raz-de-marée. Ça n'a aucun sens, j'ai dû recevoir cent appels de médias, s'est-il étonné. Mes enfants veulent m'aider. Il y a plein de gens qui se mobilisent, me donnent leur appui. Je suis fier de ça. Mais c'est pas encore gagné pour s'emballer», a-t-il conclu, prudent.
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