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Financement du Dr Julien - Les normes

Josée Boileau   29 juillet 2010  Santé
Les angoisses financières du Dr Gilles Julien prendront peut-être fin si l'émoi suscité par la nouvelle du Devoir fait en sorte que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, arrive à vaincre la machinerie gouvernementale. Mais rien n'est garanti tant le système a la peau dure.

Le Dr Gilles Julien a vécu un véritable drame en étant tenu de congédier la moitié de son personnel et en envisageant de fermer boutique en dépit de la remarquable réussite de son travail auprès des enfants. Mais son histoire n'est que la dernière illustration de tous ces cas où les malheurs ou les besoins des gens ne cadrent pas avec les programmes de l'État, même s'il y a eu promesse de politicien.

L'exemple le plus spectaculaire reste celui des victimes du tremblement de terre d'Haïti que nos gouvernements se disaient prêts à accueillir de toute urgence en janvier dernier. Des mois plus tard, bien peu a bougé, surtout pas les normes, écrasantes à respecter.

De même, les organismes communautaires ou culturels savent depuis des années que l'argent promis par les gouvernements n'est pas toujours versé, même si on le leur a fait miroiter, même s'ils ont scrupuleusement rempli les rapports exigés. Nul ne s'en étonne plus: on fait avec.

Dans ce contexte, la force du Dr Julien, c'est ce qu'il prenait hier pour sa plus grande faiblesse: sa naïveté. Il ne savait pas, lui, qu'un appui de ministre, aussi sincère soit-il — et rien ne permet de douter de cette sincérité —, avait moins d'importance que l'aval de la machine gouvernementale. Et il s'en est, avec raison, indigné. Mais le problème, c'est que les grosses machines, qu'elles soient gouvernementales ou privées, ne savent bien digérer que la simplicité, celle qui rentre dans les cases appropriées.

On a beaucoup mis en opposition hier les modestes demandes du Dr Julien et le nouveau programme de 63 millions pour la fécondation in vitro. C'est une comparaison qui emporte facilement l'indignation. Mais dans ce cas-ci, là n'est pas l'enjeu. Il faut plutôt comprendre que la machine ne voit pas ces oppositions: ce qu'elle retient du programme de fécondation, c'est qu'il s'agit d'un dossier facile à caser car ne relevant que d'un ministère, celui de la Santé.

Tandis qu'avec le Dr Julien, on entre dans du transversal, de l'horizontal, du multiministériel, du compliqué. Qu'on parle d'un, de dix ou de cinquante millions de dollars, c'est l'enfer à gérer et la machine bloque.

D'autres secteurs sont en butte aux mêmes difficultés: ainsi du logement social offert aux sans-abri qui doit pouvoir compter et sur le ministère des Affaires municipales (responsable de l'habitation) et sur celui de la Santé et des Services sociaux. Deux ministères tenus de marcher main dans la main, c'est l'immobilisme assuré!

On notera bien sûr que ce sont les problèmes complexes qui exigent des interventions à plusieurs niveaux, et quel problème social est plus complexe que la pauvreté? Pire, les défavorisés n'ont pas les lobbys requis pour faire le siège de l'appareil gouvernemental et l'amener à bouger. Comme le soulignait le Dr Julien, il a autre chose à faire: son travail, reconnu, ne peut-il pas suffire? Hélas, non... Sa notoriété peut seulement l'aider à mobiliser l'attention publique qui poussera sur les ministres. C'est déjà énorme, mais cela reste limité.

Car revoir les normes, les assouplir (et non les démanteler, comme la droite le conclut trop souvent!), demanderait des efforts que le poids de nos bureaucraties modernes rendent illusoires. Seule une volonté politique de fer pourrait finir par obliger l'appareil à lever les yeux des formulaires et à regarder la réalité en face. Et encore...
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    29 juillet 2010 07 h 46
    Magnifique éditorial!
    J'ai beaucoup apprécié cet éditorial. Non seulement l'injustice de la situation du Dr Julien y est rapportée mais vous démontrez qu'elle illustre après bien d'autres cas le disfonctionnement de certains rouages de la machine gouvernementale pour laquelle les malheurs et les besoins réels des gens ne peuvent généralement pas cadrer. On apprend que le principal problème de la grosse machine, c'est qu'elle ne carbure qu'à la simplicité (étonnant!)... Vous ne suggérer pas de démanteler les normes mais de les assouplir. Vous confirmez que sans lobby des pauvres, les défavorisés ne risquent pas d'être pesamment entendus. Heureusement qu'il y a le pouvoir des médias!
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  • T.-A. Gagnon - Inscrit
    29 juillet 2010 07 h 52
    Bon. On fermes-tu ce gouvernement pis on part ça sur un autre nom ?
    La coordination des assemblées souveraines du peuple, par exemple... Afin d’être réellement souverain et libre, nous devons à la fois réfléchir ensemble sur l'orientation normative de notre société mais également « faire ensemble » les choses. Autrement dit, les administrations devraient être beaucoup plus ouvertes et redevables, tant dans leurs formes que dans leur modalités. Le peuple devrait créer les structures et les gérer.

    Une refonte du droit s’imposerait, ainsi qu'une sérieuse remise en cause du salariat, sorte d’acte de soumission contre rémunération qui n'a fait jusqu'ici que beaucoup trop de ravages... car à force de baisser la tête on ne voit plus le haut de la pyramide que l'on se contente collectivement de servir. À bas les multinationales, bien sûr et à jamais, véritable honte pour l'humanité.
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  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    29 juillet 2010 09 h 32
    Trotsky avait-il raispn ?
    Le pire ennemi du peuple c'est la bureaucratie qui paralyse tout, avait crié Trotsky : son remède : la Révolution permanente. Il est mort d'un coup de piolet asséné par les disciples mexicains de Staline.

    Le bon docteur Julien n'est pas Trots. et le ministre Bolduc n'est pas Staline, mais il ressort tout de même de cet éditorial que les rouages de l'État sont ensablés, qu'ils tournent mal, ou pas du tout pour les oeuvres du docteur Julien. Faudrait lui donner quelque chose d'autres qu'un coup de piolet dans le dos
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  • Yvon Bureau - Abonné
    29 juillet 2010 09 h 35
    Émerveillement et incompréhension
    Merci pour ce lumineux texte.

    Je m'émerveille devant Gilles Julien, cette grande personne et cet immense personnage.

    Votre texte m'aide à comprendre davantage ce qui se passe dans le service aux enfants et aux parents défavorisés.

    Il me reste encore à mieux comprendre ce qui se passe, et comment et pourquoi ça se passe ainsi.

    Merci d'écrire. Vive Le Devoir lumineux !
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  • Clément Loubert - Inscrit
    29 juillet 2010 12 h 01
    Des corps sans âme
    L'article de J. Boileau est brillante de lucidité. On pourrait ajouter que les gouvenements et les institutions sont tels des corps sans âme. Leur soucis primordial est l'obectivité des chiffres, ce qui est mesurable. La compassion comme élément thérapeutique est difficile à quantifier; voilà pourquoi il rare qu'on en tienne compte dans les opérations budgétaires. À moins d'adhérer à une approche validée scientifiquement, il est quasi irréaliste d'espérer l'octroi de fonds importants pour faire rouler la boutique. Il y a bien l'élan de générosité ponctuel des mécènes humanistes, mais c'est trop peu pour alimenter le plus long terme. Clément Loubert
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  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée
    29 juillet 2010 12 h 13
    Une coordination inopérante
    La raison que vous mentionnez pour le problème vécu par le Dr Gilles Julien ne devrait pas exister dans les faits puisque le gouvernement a mis en place des structures de coordination depuis les années 1980 pour discuter et régler les dossiers horizontaux qui touchent plusieurs ministères. Voici ce qui est mentionné sur le site du ministère du Conseil exécutif à ce sujet:

    « Au Québec, la coordination se fait au centre de l'appareil de l'État par des comités formés de ministres. Ces comités doivent harmoniser et arbitrer les décisions de sorte que les stratégies gouvernementales soient mises en œuvre et se retrouvent dans les plans d'action des ministères ».

    Il existe 5 comités ministériels en plus du Secrétariat des comités: Comité des priorités, Législation, Développement social, éducatif et culturel, Décentralisation et aux régions, De la prospérité économique et du développement durable. J'en conclus que ces comités ministériels sont inopérants puisqu'un dossier comme celui du Dr Julien aurait dû trouver une solution rapide pour son financement afin d'assurer sa pérennité. Alors, où se situe le problème? Est-ce dans ces structures qui n'ont pas de véritable pouvoir ou bien dans la volonté politique du gouvernement qui réagit surtout aux pressions avant de prendre des décisions ?
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    29 juillet 2010 17 h 19
    Bureaucratie paralysante ou mauvaise foi et mauvaise volonté de nos politiciens.
    Ce qu'il y a de paralysant, oui, c'est la bureaucratie paralysante. Mais, c'est surtout la bonne volonté et la bonne foi de tous ceux qui pourraient faire quelque chose dans ce dossier. Tenez, il est tellement bon dans ce genre de chose qu'on appelle le baillon. Que Charest s'inspire de sa méthode pour parvenir à débloquer (non pas une loi qu'il veut faire passer) l'aide que le ministre de la santé lui a promis.
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    29 juillet 2010 20 h 19
    Le problème, c'est qu'il faut des normes
    On ne peut pas laisser les fonctionnaire dépenser des milliards selon leur appréciation...
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  • Marc Tremblay - Inscrit
    30 juillet 2010 01 h 12
    Un gouvernement paralysé
    Malgré les volontés de coordination interministérielle, chaque ministère fonctionne en "silo" et ce n'est pas prês de changer. Pourquoi ? Parce que le fait de mettre des structures en place pour mettre en oeuvre la coordination est insuffisant; ce qu'il faut c'est changer les mentalités. Un travail colossal à effectuer. Ça va prendre tout un courage politique pour y parvenir.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    30 juillet 2010 08 h 20
    Un problème du même type que celui des enveloppes budgétaires.
    C'est un problème qui ressemble à celui des enveloppes budgétaires dans une organisation. Effectivement, qui ne connaît pas ce problème associé aux restrictions des enveloppes budgétaires? Imaginons le scénario suivant: On attribue de l'argent dans chaque enveloppe. Nous sommes quasi à la fin d'une année budgétaire. Il y a encore des enveloppes encore bien grasses d'argent tandis que d'autres sont tout à fait démunies. Le problème budgétaire, c,est qu'on ne peut pas faire passer de l'argent d'une enveloppe à l'autre. Ça fait peut-être parti des mentalités que monsieur Tremblay souhaiterait voir changer?
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  • glanglais - Inscrit
    30 juillet 2010 10 h 06
    L'abdication
    Bonjour,

    Nos politiciens ont accepté depuis plusieurs décennies la séparation de la législation et de l'administration. De ce fait, le champs administratif est devenu le royaume des fonctionnaires. Dans ce domaine, nos élus ne peuvent qu'exécuter une tâche "perroquet": Ils doivent répéter fidèlement le message de leurs fonctionnaires sous peine d'être sanctionné. Mais cela ne vaut que pour le petit peuple seulement. En ce qui concerne les intérêts des "Grands" qui se mesurent en millions et en milliards de $, la procédure est différente et très expéditive. Cela passe directement par le Conseil des amis, c'est à dire par le Conseil des ministres. Le petit peuple applaudi lorsqu'il réussi à obtenir quelque chose. Il se contente de sa petitesse au lieu de se présenter comme le plus "Grand", son vrai statut.

    Gaston Langlais - Gaspé.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    30 juillet 2010 13 h 53
    Si j,ai bien compris monsieur Langlais?
    C'est donc dire que les fonctionnaires gèrent pour le petit peuple (votre expression) et que les politiciens gèrent quand c'est affaire de gros sous. Je ne suis pas sûr que nous faisons une bonne affaire, en tant que contribuables? C'est dire aussi que les politiciens gèrent, quand il y a de gros intérêts en jeu. Mais, la question qui tue: Les politiciens gèrent-ils ces gros intérêts en jeu dans l'intérêt de toute la société, et cela autant à court et à long terme?

    Puisque les politiciens sont choisis par la machine des partis politiques, Je ne suis pas sûr que la chacun des partis politiques les choisit dans l'intérêt de tous. Encore là, puisque c'est une histoire de gros sous, il faut se dire aussi que l'argent des contribuables est vraiment une affaire de gros sous. Alors quoi, comme du poissons à pêcher et la machine des partis politiques est certainement tout à fait consciente que cette mer très poissonneuse fait l'intérêt des pêcheurs professionnels.

    Ce sont des suppositions et je me demande jusqu'à quel point je suis très loin de la réalité. Si c'était le cas, on pourrait changer le " Je me souviens " pour: "Les amis de mes amis sont mes amis". N'est-ce pas qu'on pourrait faire une belle intrigue avec ça?
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  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit
    30 juillet 2010 21 h 00
    La solution
    Ne plus jamais voter pour le Parti Libéral du Québec
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