Financement du Dr Julien - Les normes
Les angoisses financières du Dr Gilles Julien prendront peut-être fin si l'émoi suscité par la nouvelle du Devoir fait en sorte que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, arrive à vaincre la machinerie gouvernementale. Mais rien n'est garanti tant le système a la peau dure.
Le Dr Gilles Julien a vécu un véritable drame en étant tenu de congédier la moitié de son personnel et en envisageant de fermer boutique en dépit de la remarquable réussite de son travail auprès des enfants. Mais son histoire n'est que la dernière illustration de tous ces cas où les malheurs ou les besoins des gens ne cadrent pas avec les programmes de l'État, même s'il y a eu promesse de politicien.
L'exemple le plus spectaculaire reste celui des victimes du tremblement de terre d'Haïti que nos gouvernements se disaient prêts à accueillir de toute urgence en janvier dernier. Des mois plus tard, bien peu a bougé, surtout pas les normes, écrasantes à respecter.
De même, les organismes communautaires ou culturels savent depuis des années que l'argent promis par les gouvernements n'est pas toujours versé, même si on le leur a fait miroiter, même s'ils ont scrupuleusement rempli les rapports exigés. Nul ne s'en étonne plus: on fait avec.
Dans ce contexte, la force du Dr Julien, c'est ce qu'il prenait hier pour sa plus grande faiblesse: sa naïveté. Il ne savait pas, lui, qu'un appui de ministre, aussi sincère soit-il — et rien ne permet de douter de cette sincérité —, avait moins d'importance que l'aval de la machine gouvernementale. Et il s'en est, avec raison, indigné. Mais le problème, c'est que les grosses machines, qu'elles soient gouvernementales ou privées, ne savent bien digérer que la simplicité, celle qui rentre dans les cases appropriées.
On a beaucoup mis en opposition hier les modestes demandes du Dr Julien et le nouveau programme de 63 millions pour la fécondation in vitro. C'est une comparaison qui emporte facilement l'indignation. Mais dans ce cas-ci, là n'est pas l'enjeu. Il faut plutôt comprendre que la machine ne voit pas ces oppositions: ce qu'elle retient du programme de fécondation, c'est qu'il s'agit d'un dossier facile à caser car ne relevant que d'un ministère, celui de la Santé.
Tandis qu'avec le Dr Julien, on entre dans du transversal, de l'horizontal, du multiministériel, du compliqué. Qu'on parle d'un, de dix ou de cinquante millions de dollars, c'est l'enfer à gérer et la machine bloque.
D'autres secteurs sont en butte aux mêmes difficultés: ainsi du logement social offert aux sans-abri qui doit pouvoir compter et sur le ministère des Affaires municipales (responsable de l'habitation) et sur celui de la Santé et des Services sociaux. Deux ministères tenus de marcher main dans la main, c'est l'immobilisme assuré!
On notera bien sûr que ce sont les problèmes complexes qui exigent des interventions à plusieurs niveaux, et quel problème social est plus complexe que la pauvreté? Pire, les défavorisés n'ont pas les lobbys requis pour faire le siège de l'appareil gouvernemental et l'amener à bouger. Comme le soulignait le Dr Julien, il a autre chose à faire: son travail, reconnu, ne peut-il pas suffire? Hélas, non... Sa notoriété peut seulement l'aider à mobiliser l'attention publique qui poussera sur les ministres. C'est déjà énorme, mais cela reste limité.
Car revoir les normes, les assouplir (et non les démanteler, comme la droite le conclut trop souvent!), demanderait des efforts que le poids de nos bureaucraties modernes rendent illusoires. Seule une volonté politique de fer pourrait finir par obliger l'appareil à lever les yeux des formulaires et à regarder la réalité en face. Et encore...
Le Dr Gilles Julien a vécu un véritable drame en étant tenu de congédier la moitié de son personnel et en envisageant de fermer boutique en dépit de la remarquable réussite de son travail auprès des enfants. Mais son histoire n'est que la dernière illustration de tous ces cas où les malheurs ou les besoins des gens ne cadrent pas avec les programmes de l'État, même s'il y a eu promesse de politicien.
L'exemple le plus spectaculaire reste celui des victimes du tremblement de terre d'Haïti que nos gouvernements se disaient prêts à accueillir de toute urgence en janvier dernier. Des mois plus tard, bien peu a bougé, surtout pas les normes, écrasantes à respecter.
De même, les organismes communautaires ou culturels savent depuis des années que l'argent promis par les gouvernements n'est pas toujours versé, même si on le leur a fait miroiter, même s'ils ont scrupuleusement rempli les rapports exigés. Nul ne s'en étonne plus: on fait avec.
Dans ce contexte, la force du Dr Julien, c'est ce qu'il prenait hier pour sa plus grande faiblesse: sa naïveté. Il ne savait pas, lui, qu'un appui de ministre, aussi sincère soit-il — et rien ne permet de douter de cette sincérité —, avait moins d'importance que l'aval de la machine gouvernementale. Et il s'en est, avec raison, indigné. Mais le problème, c'est que les grosses machines, qu'elles soient gouvernementales ou privées, ne savent bien digérer que la simplicité, celle qui rentre dans les cases appropriées.
On a beaucoup mis en opposition hier les modestes demandes du Dr Julien et le nouveau programme de 63 millions pour la fécondation in vitro. C'est une comparaison qui emporte facilement l'indignation. Mais dans ce cas-ci, là n'est pas l'enjeu. Il faut plutôt comprendre que la machine ne voit pas ces oppositions: ce qu'elle retient du programme de fécondation, c'est qu'il s'agit d'un dossier facile à caser car ne relevant que d'un ministère, celui de la Santé.
Tandis qu'avec le Dr Julien, on entre dans du transversal, de l'horizontal, du multiministériel, du compliqué. Qu'on parle d'un, de dix ou de cinquante millions de dollars, c'est l'enfer à gérer et la machine bloque.
D'autres secteurs sont en butte aux mêmes difficultés: ainsi du logement social offert aux sans-abri qui doit pouvoir compter et sur le ministère des Affaires municipales (responsable de l'habitation) et sur celui de la Santé et des Services sociaux. Deux ministères tenus de marcher main dans la main, c'est l'immobilisme assuré!
On notera bien sûr que ce sont les problèmes complexes qui exigent des interventions à plusieurs niveaux, et quel problème social est plus complexe que la pauvreté? Pire, les défavorisés n'ont pas les lobbys requis pour faire le siège de l'appareil gouvernemental et l'amener à bouger. Comme le soulignait le Dr Julien, il a autre chose à faire: son travail, reconnu, ne peut-il pas suffire? Hélas, non... Sa notoriété peut seulement l'aider à mobiliser l'attention publique qui poussera sur les ministres. C'est déjà énorme, mais cela reste limité.
Car revoir les normes, les assouplir (et non les démanteler, comme la droite le conclut trop souvent!), demanderait des efforts que le poids de nos bureaucraties modernes rendent illusoires. Seule une volonté politique de fer pourrait finir par obliger l'appareil à lever les yeux des formulaires et à regarder la réalité en face. Et encore...
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