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L'utilisation abusive de l'imagerie médicale menace la santé des patients

Pauline Gravel   26 juin 2010  Santé
Les médecins ont trop souvent recours à la scanographie. Or cette utilisation abusive du scanner met en péril la santé des patients ainsi exposés à des radiations ionisantes qui accroissent le risque de cancer, souligne-t-on dans un article publié cette semaine dans The New England Journal of Medicine.

Pour souligner les risques associés aux doses de rayonnement administrées lors d'un examen par tomodensitométrie, appelés communément scanographie (computed tomographic ou CT scanning), l'auteure de l'article, la Dre Rebecca Smith-Bindman de l'Université de Californie à San Francisco, décrit le cas d'une enseignante de 59 ans, Mlle C., qui a subi, en septembre 2009, une tomodensitométrie et un examen par imagerie par résonance magnétique au moment où elle s'est présentée à l'urgence à la suite de l'apparition soudaine d'une paralysie faciale. Les scanographies se sont révélées normales et ses symptômes se sont graduellement dissipés au cours des semaines qui ont suivi. Toutefois, deux semaines après l'examen, la patiente a perdu une bande de cheveux sur le crâne, et la semaine suivante, elle s'est réveillée confuse et a eu des vertiges. De retour à l'urgence, de nouvelles scanographies n'ont révélé aucune anomalie, mais elle a par la suite souffert de fatigue, de pertes de mémoire, de malaises et était par moments confuse, symptômes qui ont persisté et l'ont empêchée de continuer à travailler.

Les médecins se sont alors rendu compte que lors de la première scanographie, la patiente avait reçu au cerveau une dose de rayonnement 100 fois supérieure à la dose d'une scanographie classique du cerveau, ou trois fois plus importante que la dose quotidienne de rayonnement administrée pour traiter un cancer du cerveau. Victime d'une overdose, la patiente figure parmi les plaignants qui ont intenté un recours collectif en justice contre le fabricant du scanner et une poursuite pour mauvaise pratique médicale.

Les doses de rayonnement administrées lors d'une tomodensitométrie sont, selon la partie du corps qui est examinée, de 100 à 500 fois plus élevées que celles utilisées en radiographie conventionnelle, rappelle aussi la radiologue dans son article. De plus, chaque fabricant de scanners fait valoir la qualité supérieure des images produites par l'appareil qu'il commercialise. Or, cette qualité est étroitement liée à la dose de rayonnement. Le perfectionnement technique des scanners, qui se traduit par une rapidité accrue dans la production des images, a été rendue possible par une augmentation des doses administrées. Par exemple, une scintigraphie de perfusion du cerveau, qui vise à évaluer le flux sanguin d'une région cérébrale, bombarde une dose de rayonnement dix fois supérieure à celle d'une scanographie du cerveau de routine. «Bien que de telles techniques d'imagerie appuient le diagnostic, il existe peu ou pas de directives — fondées sur des données — concernant leur utilisation, et, par conséquent, celle-ci varie grandement, reflétant les préférences des médecins et la promotion effectuée par les fabricants de ces appareils, plutôt que les données scientifiques montrant qu'elle a un impact positif sur l'issue clinique», écrit la Dre Smith-Bindman.

Or, d'abondantes données épidémiologiques et biologiques ont mis en évidence des liens entre l'exposition aux radiations ionisantes et le cancer. La Dre Smith-Bindman et ses collègues ont calculé que la dose de rayonnement émise lors d'une seule scanographie peut accroître le risque de cancer à un cas parmi 80 individus, «un risque inacceptable, étant donné la possibilité d'arriver à un diagnostic avec des doses moindres».

La spécialiste impute en partie cette utilisation abusive (découlant de la precription à outrance de scanographies ainsi que de l'administration de doses excessives) à la méconnaissance des médecins des risques inhérents aux radiations ionisantes. Elle fait remarquer que l'overdose qu'a reçue Mlle C. s'affichait sur la console du tomodensitomètre durant l'examen, mais que le technologue n'a pas réalisé qu'il s'agissait d'une dose excessive. Elle recommande donc qu'on enseigne aux «technologues et aux médecins l'importance de minimiser les doses de rayonnement». Elle indique qu'une des premières mesures à prendre pour assurer la sécurité des patients serait de réduire les doses utilisées, compte tenu que des études ont montré qu'une réduction de 50 %, voire plus, de la dose de rayonnement ne diminue en rien la précision du diagnostic.

Variations dans les doses

Elle souligne aussi que les doses employées en clinique sont non seulement trop élevées, mais qu'elles varient aussi substantiellement d'un établissement à l'autre. «Nous devons établir des niveaux de référence pour le diagnostic en nous basant sur l'issue de la maladie et la sécurité du patient, et non sur la meilleure qualité des images, si cette qualité accrue n'améliore pas l'issue de la maladie.» La dose de rayonnement que reçoit un patient lors d'un examen par imagerie médicale devrait être inscrite à son dossier afin de permettre un suivi au cours de la vie du patient. «Le nombre de scanographies pratiquées en clinique devrait aussi être réduit, car dans maints cas, il est peu probable que ces examens amélioreront la santé des patients ou appuieront la décision clinique», ajoute la spécialiste.
 
 
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