Santé effondrée
«Quand on se regarde, on se désole. Quand on se compare, on se console.» -- Daniel Johnson
Notre système de santé va-t-il s'effondrer? Probablement. On peut bien faire semblant de ne rien voir, mais il faut faire preuve d'un réel optimisme pour penser que les choses vont vraiment s'améliorer dans nos hôpitaux dans un avenir prévisible. C'est plutôt le contraire qui nous pend au bout du nez. Malgré les sommes d'argent fabuleuses investies durant les dernières années pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être, la «santé» est devenue un gouffre sans fond. Dur constat pour un problème qui ne semble pas avoir de solution évidente.
La consolation, si c'en est une, vient du fait que nous ne sommes pas les seuls touchés par cette prédiction. La France connaît aussi des problèmes énormes dans le domaine de la santé. J'ai pu visionner récemment une émission de Canal+ qui avait pour titre La Santé sous tension et qui aurait pu être tournée au Québec tellement on s'y retrouvait. En l'an 2000, l'Organisation mondiale de la santé avait choisi le système de santé français comme étant le meilleur au monde.
Dix ans plus tard, que reste-t-il de tout cela? Une immense déception. Le système français coûte de plus en plus cher et soigne de plus en plus mal. Les raisons qu'on donne pour expliquer le phénomène sont les mêmes qu'ici: le vieillissement de la population et le manque d'argent. Des régions de France sont sans médecins, comme ici. Partout, il y a des listes d'attente, les soignants sont gourmands et les médecins n'hésitent pas à demander à être payés sous la table, en comptant et en secret. Tout le monde a compris que si on est riche, ça va plus vite. La médecine à deux vitesses est bien installée et rien ne permet de dire que ça va changer.
Il y a, comme par hasard, beaucoup plus de médecins sur la Côte d'Azur qu'ailleurs en France: un médecin pour 250 habitants. Il n'y a rien là de surprenant.
Les autorités françaises regardent ailleurs pour voir comment d'autres pays s'en sortent. Ils envient le système suédois et même le système anglais où, dit-on, les médecins n'ont plus l'entière liberté de s'installer où bon leur semble, mais doivent répondre aux besoins de la population. J'imagine le débat que ça ferait ici. Quand on sait, en plus, que dans ces deux cas, le paiement à l'acte a été aboli et que les médecins sont salariés. Ceux qui lisent cette chronique se sont déjà étouffés, c'est sûr...
Ce qui m'a fait plaisir en voyant cette émission, c'est de constater que la télé peut encore dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. La santé va peut-être s'effondrer en France, mais la liberté de presse n'est pas trop menacée. Il est vrai que ce ne sont pas les émissions qui attirent les plus gros auditoires, mais elles existent et sur un sujet comme la santé qui finit par toucher tout le monde, l'émission a fait un bon succès.
Je me sentirais rassurée si je savais qu'ici aussi on regarde la vérité en face et qu'on cesse de nous servir de la bouillie pour les chats au lieu de la vraie information. Comment voulez-vous qu'on trouve les solutions si personne ne nous dit où est vraiment le problème?
Mobilisation des femmes
Elles s'appellent Marie-Laure, Françoise ou Mathilde. Elles n'ont pas 30 ans. Je les ai rencontrées dans des villes où on a encore le temps de discuter. Elles se remobilisent, car comme ici elles sentent — pour la première fois depuis 1975 et la loi Veil sur l'interruption de grossesse — que leurs gains sont menacés. Elles font partie de ces jeunes femmes qui ont cru, comme nous, que ce qui était gagné ne serait jamais remis en question. Grave erreur.
Par exemple, en France, beaucoup de femmes ont le sentiment de rencontrer de vraies difficultés quand il s'agit d'avortement. Le nombre de centres offrant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'a cessé de diminuer. L'Internet, où n'importe qui peut dire n'importe quoi, devient la ligne d'attaque privilégiée des opposants qui ont repris du service et qui s'en donnent à coeur joie dans les menaces aux candidates à l'IVG. Les promesses faites par les autorités de l'époque d'assurer une bonne information au sujet de la contraception n'ont pas été tenues, si bien que le nombre d'avortements, s'il n'a pas augmenté, n'a pas diminué non plus.
Simone Veil, maintenant à l'Académie française, pourrait choisir d'intervenir. Le fera-t-elle? Les jeunes femmes françaises, qui cherchent des appuis, seraient sans doute heureuses de la voir à leurs côtés..
La consolation, si c'en est une, vient du fait que nous ne sommes pas les seuls touchés par cette prédiction. La France connaît aussi des problèmes énormes dans le domaine de la santé. J'ai pu visionner récemment une émission de Canal+ qui avait pour titre La Santé sous tension et qui aurait pu être tournée au Québec tellement on s'y retrouvait. En l'an 2000, l'Organisation mondiale de la santé avait choisi le système de santé français comme étant le meilleur au monde.
Dix ans plus tard, que reste-t-il de tout cela? Une immense déception. Le système français coûte de plus en plus cher et soigne de plus en plus mal. Les raisons qu'on donne pour expliquer le phénomène sont les mêmes qu'ici: le vieillissement de la population et le manque d'argent. Des régions de France sont sans médecins, comme ici. Partout, il y a des listes d'attente, les soignants sont gourmands et les médecins n'hésitent pas à demander à être payés sous la table, en comptant et en secret. Tout le monde a compris que si on est riche, ça va plus vite. La médecine à deux vitesses est bien installée et rien ne permet de dire que ça va changer.
Il y a, comme par hasard, beaucoup plus de médecins sur la Côte d'Azur qu'ailleurs en France: un médecin pour 250 habitants. Il n'y a rien là de surprenant.
Les autorités françaises regardent ailleurs pour voir comment d'autres pays s'en sortent. Ils envient le système suédois et même le système anglais où, dit-on, les médecins n'ont plus l'entière liberté de s'installer où bon leur semble, mais doivent répondre aux besoins de la population. J'imagine le débat que ça ferait ici. Quand on sait, en plus, que dans ces deux cas, le paiement à l'acte a été aboli et que les médecins sont salariés. Ceux qui lisent cette chronique se sont déjà étouffés, c'est sûr...
Ce qui m'a fait plaisir en voyant cette émission, c'est de constater que la télé peut encore dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. La santé va peut-être s'effondrer en France, mais la liberté de presse n'est pas trop menacée. Il est vrai que ce ne sont pas les émissions qui attirent les plus gros auditoires, mais elles existent et sur un sujet comme la santé qui finit par toucher tout le monde, l'émission a fait un bon succès.
Je me sentirais rassurée si je savais qu'ici aussi on regarde la vérité en face et qu'on cesse de nous servir de la bouillie pour les chats au lieu de la vraie information. Comment voulez-vous qu'on trouve les solutions si personne ne nous dit où est vraiment le problème?
Mobilisation des femmes
Elles s'appellent Marie-Laure, Françoise ou Mathilde. Elles n'ont pas 30 ans. Je les ai rencontrées dans des villes où on a encore le temps de discuter. Elles se remobilisent, car comme ici elles sentent — pour la première fois depuis 1975 et la loi Veil sur l'interruption de grossesse — que leurs gains sont menacés. Elles font partie de ces jeunes femmes qui ont cru, comme nous, que ce qui était gagné ne serait jamais remis en question. Grave erreur.
Par exemple, en France, beaucoup de femmes ont le sentiment de rencontrer de vraies difficultés quand il s'agit d'avortement. Le nombre de centres offrant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'a cessé de diminuer. L'Internet, où n'importe qui peut dire n'importe quoi, devient la ligne d'attaque privilégiée des opposants qui ont repris du service et qui s'en donnent à coeur joie dans les menaces aux candidates à l'IVG. Les promesses faites par les autorités de l'époque d'assurer une bonne information au sujet de la contraception n'ont pas été tenues, si bien que le nombre d'avortements, s'il n'a pas augmenté, n'a pas diminué non plus.
Simone Veil, maintenant à l'Académie française, pourrait choisir d'intervenir. Le fera-t-elle? Les jeunes femmes françaises, qui cherchent des appuis, seraient sans doute heureuses de la voir à leurs côtés..
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