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Santé - Le bec sucré

7 juin 2003  Santé
Il y a 250 millions d'obèses dans le monde, c'est pas mal, hein? Et combien de diabétiques? Il faudra attendre au prochain congrès mondial, cet été. Le congrès d'Helsinki, qui s'est terminé avec le début du mois de juin, a sonné les cloches: les adultes obèses n'étaient pas des ados obèses, contrairement à ce qu'on voit maintenant. Surveillez le désastre annoncé.

Ce diabétique au pancréas paresseux cache pourtant un hypoglycémique au pancréas hyperactif. Quand je pense que c'est seulement en mangeant qu'on fait tous ces dommages! Si on parle beaucoup des premiers, les seconds sont laissés pour compte par les chercheurs et dans les débats publics. L'association qui les regroupe dit que c'est à cause du test d'hyperglycémie provoquée. Selon elle, cette technique diagnostique ne cadre pas avec la réalité complexe de l'hypoglycémie, cette maladie sournoise déguisée en 36 symptômes qui vont des yeux qui se ferment en regardant la télé le soir à l'hypersensibilité au bruit en passant par la petite crise que l'on pique avant les repas. Difficile de mettre le doigt sur l'insuline qui joue des parties gratuites dans votre petite personne quand on a la libido éteinte et qu'on a cessé de compter le nombre de cafés qu'on prend dans une journée...

L'hypoglycémie n'est pas une maladie qui fait mourir, elle empêche seulement de vivre, avait écrit Danielle Starenkyj dans un ouvrage publié en 1981 (Le Mal du sucre, Orion). En effet, le sucre est une drogue, un poison, une habitude, un anesthésiant du goût. Vous avez le bec sucré? Vous mangez mal.

Mais il y a sucre et sucre. Ce serait trop simple si ce n'était pas compliqué! C'est comme pour le gras: les nutritionnistes et les chercheurs nous ont appris, après moult débats, qu'on a pourtant besoin de gras, mais il faut manger les bons gras, les gras mono-insaturés qu'on trouve par exemple dans un avocat ou dans l'huile d'olive. Feu le Dr Atkins, un Américain, a contesté la bataille contre le gras en disant: «Voyez, on mange tout faible en gras et les gens continuent de grossir.» Il a donc déclaré la guerre au sucre. On fera ainsi la guerre aux mauvais gras, la guerre aux mauvais sucres, et, un jour, on nous trouvera bien les mauvaises protéines. Que dis-je, elles sont toutes trouvées: ce sont les protéines animales!! Quoique... S'il y a près de 20 000 personnes dans le monde qui deviennent végétariennes chaque jour et presque 4 % des Canadiens qui se disent végétariens, on est très très loin d'un discours qui proclamera la viande mauvaise pour la santé! On peut manger notre bacon tranquille...

Il y a donc de bons sucres et de mauvais sucres... Parlons clairement: il est ici question des glucides et du glucose, plus précisément du taux de glucose dans le sang. Comme vous le savez, le glucose — qui est le produit de la transformation des glucides — est essentiel à notre cerveau. Si nous ne consommons pas suffisamment de glucides, notre taux de glucose diminuera trop et nous aurons une rage de sucre, prélude au cercle vicieux qui mène à l'hypoglycémie. Il faut donc manger des glucides. La différence entre un bonbon et une salade, c'est le temps, celui mis par le sucre pour se transformer en glucose et pour passer dans le sang. L'idéal est de garder un taux de sucre dans le sang qui soit constant. Ainsi, nous ne produisons pas trop d'insuline. En prime, nous restons minces.

Les meilleurs sucres sont les plus lents, ceux qui se désintègrent lentement pendant la digestion. Les céréales entières, les légumineuses, les noix, le tofu... bon, vous voyez le genre, tout ça s'assimile plus lentement. Et les fibres ralentissent l'absorption des sucres. On ne sait pas à quel point ce qu'on mange influence toute notre santé, nos hormones, notre système immunitaire, les glandes, etc., qui sont gérés par ce que notre corps transforme à partir des aliments. On a toutes sortes de problèmes, des savants se cassent la tête à trouver le médicament qui, le gène que, et vous regardez votre assiette, la tête vide!

Certains médecins américains pensent que les trois quarts d'entre nous font de l'hypoglycémie de temps à autre. Dans un livre qui vient de paraître, Vaincre l'hypoglycémie, les auteurs affirment que le taux de glucose dans le sang influence la vitalité, l'état émotionnel et le fonctionnement cérébral. Surtout, pas de chausson avec ça! Les sucres sont absorbés plus lentement en présence de fibres, de protéines et de gras, merci. Les ennemis sont les sucres raffinés, ce pain blanc, ces grains de sucre blanc, brun, naturel, ces céréales privées de leur enveloppe!

Avant d'enlever sa bouteille à un alcoolique, il faudrait regarder dans son assiette. Les asthmatiques seraient aussi des hypoglycémiques qui s'ignorent. Les ulcères d'estomac, en partie du moins, seraient provoqués par le mauvais sucre à répétition. Notre civilisation, qui a créé des maladies propres à notre siècle, pourrait réagir un peu plus vigoureusement. On pourrait déclarer les boissons gazeuses sucrées «aberration totale», tiens. On se gardera une petite bière au froid pour l'été.

En effet, aussi longtemps qu'on ne souffre pas, on prépare la souffrance. Et comme on n'aime pas être dérangé, on ignore la souffrance qui ne se nomme pas. C'est ainsi que l'hypoglycémie réactionnelle n'existe pas. Pratique, non?

- À lire: Odette Bouchard, Murielle Thériault et collaborateurs, Vaincre l'hypoglycémie, aux Éditions de l'Homme.

***

Précision: dans la chronique du 31 mai dernier sur la vache folle, il était question de l'OCIA et non de l'ACIA. L'ACIA est l'Agence canadienne d'inspection des aliments et l'OCIA est un organisme de certification internationale des aliments biologiques. C'est l'OCIA qui certifie et permet l'utilisation du terme biologique; c'est l'un des organismes autorisés par le Conseil d'accréditation. C'est l'OCIA qui a visité un abattoir, qui sera le premier à obtenir une certification biologique, ce qui implique l'acceptation et le respect d'un cahier de charges exigeant.

vallieca@hotmail.com
 
 
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