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    Sclérose en plaques: l'espoir prudent d'une solution

    16 avril 2010 |Pauline Gravel | Santé
    Ils sont de plus en plus nombreux à se rendre en Pologne, en Bulgarie ou en Inde pour subir le traitement proposé l'automne dernier par le chirurgien vasculaire italien Paolo Zamboni, dont les études préliminaires qui escamotaient certaines règles scientifiques de base ont provoqué énormément d'espoir chez les personnes atteintes de sclérose en plaques.

    Y voyant leur dernière chance d'échapper aux griffes de la maladie, les patients piaffent d'impatience et pressent les scientifiques d'éclaircir la question au plus tôt. Hier, au congrès de l'American Academy of Neurology qui a lieu à Toronto, les chercheurs, y compris le Dr Zamboni, ont appelé à la prudence et à davantage de patience, car il faudra effectuer de plus rigoureuses et nombreuses études scientifiques avant de pouvoir offrir ce traitement aux malades.

    À la suite d'une petite étude pilote portant sur 65 personnes atteintes de la sclérose en plaques (SP), le Dr Zamboni rapportait, en avril 2009, avoir détecté une occlusion des veines évacuant le sang hors du cerveau et de la colonne vertébrale chez tous ces patients alors qu'il n'a rien vu de tel chez les 235 individus normaux ayant servi de comparaison.

    Question de fer?

    Dans son article, il expliquait que cette «insuffisance veineuse céphalorachidienne chronique» (IVCC) entraîne une stagnation du sang au niveau du cerveau, et de ce fait, une accumulation de globules rouges qui laissent fuir le fer qu'ils contiennent. Selon son hypothèse, ces dépôts de fer induisent une réaction auto-immune. «On sait qu'il y a du fer au niveau des plaques de démyélinisation au sein de la substance blanche du système nerveux central. Mais personne n'a démontré que ce fer est à l'origine de l'auto-immunité», a toutefois prévenu le neurologue Marc Girard, du CHUM.

    Enthousiasmé par sa découverte, le Dr Zamboni a ensuite pratiqué sur les 65 patients une angioplastie au ballonnet, une intervention visant à élargir la lumière des veines obstruées et qui est couramment utilisée par les cardiologues pour débloquer les artères qui mènent au coeur. Dans un article publié en décembre dernier, il révélait que seuls les 35 patients atteints de la forme cyclique (ponctuée de périodes de poussée et de rémission) de la maladie ont vu leur état de santé s'améliorer 18 mois après l'opération.

    De grands espoirs

    Ces résultats ont suscité tellement d'espoir chez les personnes atteintes de la SP, que les spécialistes de la maladie ont vite compris l'urgence que de plus amples recherches soient effectuées sur le sujet par différentes équipes dans le monde afin de confirmer, ou d'infirmer, l'association entre l'IVCC et la SP que le Dr Zamboni a observée.

    Déjà, un chercheur de l'Université de Buffalo, le Dr Robert Zivadinov, a entamé une vaste étude visant à évaluer la réelle prévalence de l'IVCC chez les personnes atteintes de la SP. Il révélait hier à Toronto les résultats préliminaires qu'il a obtenus auprès de 500 sujets, dont 289 souffrent de la SP. Ses résultats sont apparus beaucoup moins tranchés que ceux du Dr Zamboni. Lors d'une conférence de presse, le Dr Zivadinov a rappelé qu'il faudra répéter ce genre d'études afin de s'assurer d'une «réelle association entre l'IVCC et la SP». Ensuite, il faudra chercher à savoir si l'IVCC n'est qu'un «épiphénomène», un «corollaire», c'est-à-dire une conséquence de l'évolution de la maladie, ou si elle joue «un rôle plus important dans l'apparition de la maladie», a-t-il déclaré.

    Tous les spécialistes ont également recommandé aux patients de ne pas se soumettre au traitement expérimental du Dr Zamboni tant que son efficacité n'aura pas été prouvée par de rigoureuses études scientifiques. Car les essais cliniques du Dr Zamboni portaient sur un trop petit nombre de patients pour être valables. Ils n'ont pas été faits à l'aveugle (ce qui accroît le risque de biais) et ils ne comportaient pas de groupe recevant un placebo, lequel est clairement reconnu pour induire une certaine amélioration, a rappelé le Dr Girard.

    L'espoir démesuré qu'a suscité la théorie de Zamboni chez les patients atteints de SP donne l'impression qu'on ne dispose d'aucun traitement efficace, déplore le Dr Girard. «Je pourrais présenter le témoignage de plusieurs patients qui ont connu des rémissions spectaculaires grâce aux médicaments. Et il y a plein de nouveaux traitements médicamenteux très prometteurs qui devraient arriver sur le marché dans les prochains mois», dit-il.












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