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    L'épidémie de variole: analyse d'un fléau passé, mais imminent et inévitable

    Un cinéaste relate la contagion historique et l'applique dans le contexte actuel

    25 mars 2010 | Pauline Gravel | Santé
    Au cours de l’épidémie de variole qui a frappé Montréal en 1885, une charrette sillonnait les rues de la ville. On y embarquait les enfants infectés, le plus souvent des francophones des quartiers défavorisés, afin de les mettre en quarantaine.
    Photo : Photo: Antonio Pierre De Almeida Au cours de l’épidémie de variole qui a frappé Montréal en 1885, une charrette sillonnait les rues de la ville. On y embarquait les enfants infectés, le plus souvent des francophones des quartiers défavorisés, afin de les mettre en quarantaine.
    La Variole: anatomie d'un fléau sera présenté en français les 1er et 2 avril à 19h au cinéma ONF, 1564, rue Saint-Denis.
    Le 28 février 1885, un contrôleur de train en provenance de Chicago atteint de la variole est admis à l'Hôtel-Dieu de Montréal, où les hospitalières le mettent en quarantaine et veillent sur lui. Quand il recouvre la santé et repart dans sa patrie, le mal s'est déjà répandu. 125 ans plus tard, dans ces mêmes lieux qui semblent encore résonner de gémissements de malades à l'agonie, le cinéaste Jefferson Lewis lançait hier son dernier film, La Variole: anatomie d'un fléau. Un film qui juxtapose deux scénarios, l'un relatant les événements ayant conduit à cette terrible épidémie qui a emporté plus de 2500 Montréalais et l'autre imaginant comment des événements similaires à ceux de jadis aboutiraient aujourd'hui au développement d'une épidémie susceptible de paralyser la société.

    S'inspirant de l'ouvrage de l'historien Michael Bliss, Montréal au temps du grand fléau: l'histoire de l'épidémie de 1885, Jefferson Lewis raconte comment les virus portés par le contrôleur de train américain se sont répandus dans la population francophone des quartiers défavorisés de l'est de Montréal. Son film souligne aussi les disparités qui prévalaient à l'époque entre francophones et anglophones, catholiques et protestants. La presse anglophone et le clergé protestant exhortaient la population à se faire vacciner, tandis que les éditorialistes francophones parlaient d'«hystérie anglophone» et que les prêtres catholiques restaient muets sur la question. Et comme pour donner raison aux opposants à la vaccination, des lots de vaccins s'avèrent contaminés et on doit suspendre la vaccination pendant quelque temps. Puis, le ton monte au point où le Daily Herald publie un commentaire dans lequel on impute cette épidémie aux Canadiens français, dont les enfants des quartiers pauvres étaient en l'occurrence les plus nombreuses victimes. Par des images d'archives et des reconstitutions convaincantes, Lewis rappelle aussi la résistance de certaines familles à laisser partir leurs enfants infectés en quarantaine ou à les faire vacciner de crainte qu'ils soient contaminés.

    Plus d'un siècle plus tard

    Parallèlement aux épisodes ponctuant la montée de l'épidémie de 1885, Lewis nous fait voir —125 ans plus tard — une agente de bord qui, à sa descente d'avion, croit souffrir d'une varicelle, qu'elle réussit néanmoins à surmonter après quelques jours de congé. Mais l'employée d'origine caribéenne qui nettoie la chambre d'hôtel qu'elle occupait contracte le dangereux virus de la variole dont souffrait en réalité l'agente de bord. Quand les pustules apparaissent, elle se rend à l'urgence, où le corps médical prend beaucoup de temps à déterminer de quel mal elle est atteinte, car on n'a plus vu de cas de variole depuis 1962, la maladie ayant été éradiquée. Quand l'hôpital reçoit le diagnostic du Laboratoire national de microbiologie du Canada, on met en oeuvre le plan d'urgence prévu par les autorités nationales. Les gens désertent les commerces et les restaurants tenus par des Caribéens, qu'ils tiennent responsables de ce fléau. Au début de l'été, croyant que l'éclosion est maîtrisée, les autorités maintiennent la programmation des divers festivals d'été. Ces rassemblements se soldent par une recrudescence de la maladie. Les cas se multiplient et affluent dans les urgences déjà engorgées. Le personnel médical devient vite insuffisant. Le taux d'absentéisme dans les entreprises et les hôpitaux s'accroît. On décrète la vaccination obligatoire, mais plusieurs personnes refusent de s'y soumettre. Un chaos comparable à celui vécu en 1885 s'installe.

    Si l'histoire se répétait

    Jefferson Lewis, qui a notamment scénarisé Les Noces de papier de Michel Brault et Claude Jutra, portrait sur film de Paule Baillargeon, a voulu nous fait prendre conscience qu'une épidémie surviendra inévitablement dans les prochaines années. Avec le concours d'experts en épidémiologie, en médecine de première ligne, en journalisme et en planification d'urgence, il s'est interrogé sur notre capacité à y faire face. Même s'il est plus vraisemblable qu'un nouveau virus de la grippe soit à l'origine de la prochaine pandémie, une épidémie de variole n'est pas exclue, car des scientifiques ayant travaillé au programme soviétique d'armes biologiques ont pu conserver des échantillons du virus, affirme dans le film un scientifique russe aujourd'hui aux États-Unis. Or, le Canada ne dispose que de six millions de doses de vaccins contre la variole, un nombre nettement insuffisant pour immuniser l'ensemble de la population.

    Le cinéaste croit qu'il ne faut pas s'en remettre entièrement aux autorités sanitaires du pays, qui ne seront jamais assez bien préparées à une épidémie de variole, une maladie beaucoup plus dangereuse que le SRAS ou la grippe H1N1. Il souligne la fragilité de notre système de santé qui, à ses yeux, serait vite dépassé par les milliers de cas qui afflueraient en peu de temps dans les urgences déjà surpeuplées.
     
     
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