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    Superinfirmières: rien ne va plus

    Les universités pourraient mettre les programmes en veilleuse, faute d'aide de Québec; toujours pas de budget pour les 500 postes promis

    L’arrivée de 500 superinfirmières permettrait à près d’un demi-million de personnes d’avoir accès à des services de première ligne.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’arrivée de 500 superinfirmières permettrait à près d’un demi-million de personnes d’avoir accès à des services de première ligne.
    Il y a maintenant trois ans que les universités portent à bout de bras les programmes de formation des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) censées venir oxygéner le réseau. C'est que Québec rechigne toujours à prendre le relais en dépit de ses promesses répétées. Une situation difficile, voire intenable, qui force les universités à examiner toutes les options, y compris la mise sur la glace de ces nouveaux programmes universitaires, a appris Le Devoir.

    Le silence de Québec inquiète la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), qui a multiplié les démarches auprès des ministères concernés. Ce matin, une conférence téléphonique est prévue entre le forum des doyens et les représentants des ministères de la Santé et de l'Éducation. Par lettre, les doyens ont déjà prévenu le sous-ministre qui pilote le dossier qu'une décision devra être prise d'ici la fin du mois. Faute de quoi, ils devront se résoudre à examiner toutes les possibilités.

    Les universités sont en effet aux prises avec des déficits importants et affirment ne plus être en mesure de financer seules les programmes. «C'est devenu à ce point lourd à porter que nous sommes aux portes de grandes décisions», raconte la doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l'Université Laval, Diane Morin. Y compris celle de mettre les programmes entre parenthèses. «Au-delà de cette date, nous ne savons pas si nous allons garder nos offres ouvertes pour l'automne 2010», confirme Mme Morin.

    L'École des sciences infirmières de l'Université McGill constate les mêmes problèmes et tire les mêmes conclusions. «Nous assumons le déficit lié à ce nouveau programme depuis le début, mais nous ne pouvons plus continuer ainsi, confie sa directrice, Hélène Ezer. Notre plan d'effectif prévoit le financement pour une cohorte de huit étudiants l'an prochain. Des discussions sont en cours, et nous espérons encore en arriver à un arrangement bientôt.»

    Mais le temps presse. Déjà, la date d'inscription pour l'automne 2010 est passée. Et les cohortes présentes et futures de superinfirmières s'inquiètent de ce que l'avenir leur réservera, indique la professeure à l'École des sciences infirmières de l'Université de Sherbrooke, Cécile Michaud. «Nos cohortes sont déçues. Elles se sentent abandonnées par un peu tout le monde.»

    L'École elle-même ne cache pas sa déception. «Nous avons été de bonne foi dans cette aventure, raconte Mme Michaud. Nous avons tout fait pour mettre en place le programme le plus vite possible à la demande des ministères. Mais depuis, on attend.» Ces incertitudes font qu'il est devenu difficile de convaincre les étudiantes qu'elles ne font pas tout cela pour rien. «On ignore ce que le marché du travail va leur réserver. On voit déjà ce qui arrive aux bachelières, qui ne sont pas toutes utilisées à leur plein potentiel.»

    Le problème des IPS est en effet double. Non seulement Québec ne finance pas leur formation, mais il tarde à financer des postes pour les accueillir. La situation a été une fois de plus dénoncée hier par la présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Gyslaine Desrosiers, pour qui chaque «report» se traduit par «autant de reculs». À titre de comparaison, l'Ontario compte sur un réseau de 1240 infirmières praticiennes de première ligne, contre 19 seulement au Québec. Toutes spécialités confondues, le réseau ne compte que 59 IPS, auxquelles s'ajouteront 39 autres l'automne prochain, selon le ministère.

    «Tout le monde convient pourtant que l'IPS est une solution importante aux problèmes que connaît la première ligne, fait valoir Mme Desrosiers. Partout où elles exercent, [ces infirmières] font une différence notable sur les délais d'attente et sur l'accès aux soins de santé.» Selon les projections du ministère de la Santé, 500 IPS permettraient à près d'un demi-million de personnes d'avoir accès à des services de première ligne.

    Ce chiffre n'est pas neuf. L'introduction de superinfirmières est une promesse libérale qui a été répétée maintes fois au cours des dernières années. Encore l'automne dernier, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, réitérait son intention de créer 500 postes d'IPS de première ligne en cinq ans devant les membres de l'OIIQ. En décembre, un document ministériel jamais rendu public, mais signé par M. Bolduc et sa collègue à l'Éducation, donnait le feu vert au financement de places dans les universités et de postes dans les établissements.

    Depuis, c'est le silence plat. Au cabinet des deux ministères, on se contente de répéter que c'est un «engagement du gouvernement» et personne n'est en mesure d'expliquer pourquoi l'annonce, reportée à janvier, puis au 1er mars, date limite des inscriptions dans les universités, a encore été repoussée. En entrevue la semaine dernière, le ministre de la Santé a refusé de parler du dossier, sinon pour dire que «le financement s'en vient. Notre gouvernement va en faire l'annonce plus tard». Des sources indiquent toutefois que le dossier, qui nécessiterait un investissement de 100 millions, a été transféré au Conseil du trésor.

    Ces tergiversations désespèrent le critique en matière de santé de l'opposition officielle, Bernard Drainville, qui presse le ministre Bolduc de réagir en ajustant ses budgets en conséquence. «On ne peut pas se contenter de confiner les infirmières au rôle qu'elles occupent présentement. Mais pour ça, il va falloir que le gouvernement fasse les arbitrages et les choix difficiles qui s'imposent.»

    C'est aussi l'opinion des médecins, spécialistes comme de famille qui, lundi encore, réclamaient la création de postes d'IPS pour les soutenir dans leur pratique. Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, n'avait alors pu s'empêcher de souligner que ce genre de décision est moins financière que politique. «On a trouvé 80 millions pour la fécondation in vitro, mais on n'a rien à offrir aux infirmières alors que chacun sait et s'entend pour dire qu'elles peuvent faire toute la différence sur le terrain», avait-il alors déploré.

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    Avec la collaboration d'Amélie Daoust-Boisvert












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