Les médecins font bloc avec les infirmières
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
La qualité des soins de santé de demain dépendra du sort réservé aux infirmières, estiment les médecins spécialistes et leurs collègues omnipraticiens.
La pénurie de professionnelles en soins est telle qu'il est devenu impossible d'assurer des soins de la qualité requise partout au Québec, ont dénoncé hier médecins comme infirmières dans une étonnante sortie commune. Leur diagnostic? La qualité des soins de demain dépendra directement du sort qui sera réservé aux infirmières aujourd'hui.
Le geste n'est pas anodin. Jamais auparavant la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ne s'étaient assises aux côtés de la Fédération interprofessionnelle en santé du Québec (FIQ) pour appuyer la cause des infirmières. Si les médecins interviennent aujourd'hui, c'est qu'il y a péril en la demeure, a expliqué le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, qui est à l'origine de ce front commun atypique.
La démonstration est simple. «Sans conditions de travail adéquates pour le personnel infirmier, il n'y aura pas de disponibilité et d'accessibilité aux lits de soins critiques et pas de soins médicaux de pointe en temps opportun», a expliqué le Dr Barrette. Déjà, la situation est devenue intenable dans plusieurs secteurs où l'élastique a été étiré au maximum.
En chirurgie par exemple, la réorganisation des blocs opératoires a permis de faire passer le nombre de patients opérés de 436 000 à 500 000. «Ces patients-là ont été opérés parce que, nous, les spécialistes, on s'est occupés de nos affaires et qu'on a maximisé notre production. Mais on ne peut plus faire plus. Pourquoi? Parce qu'il manque de personnel aux étages pour s'occuper d'eux.»
Ce genre de blocage se répète à l'identique dans les cabinets des médecins de famille, a poursuivi le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin. Présentement, deux millions de Québécois sont sans médecin de famille. Ces gens se rabattent sur les urgences où 70 % des patients auraient pu être vus ailleurs. «Il faudrait que nous ayons les ressources nécessaires à l'extérieur de l'hôpital pour que les gens qui n'ont pas besoin de l'urgence puissent y être suivis.»
Le défi n'est pas impossible, ont fait valoir les trois alliés. Parmi les solutions qu'ils proposent, on compte la création de postes à temps complet pour le personnel de soins (40 % des infirmières et 60 % des infirmières auxiliaires détiennent des postes à temps partiel), la reconnaissance du travail des infirmières praticiennes, le règlement de la loi 90 qui permet le partage des compétences, un meilleur soutien des cabinets de médecine familiale et le développement des soins à domicile et de longue durée.
Québec partage sensiblement leur lecture. Hier encore, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a dit vouloir agir en ce sens. Son attachée de presse, Karine Rivard, a d'ailleurs rappelé la mise en place de diverses tables de concertation qui ont permis de dégager des consensus. «Par exemple, nous avons instauré des primes de rétention pour les jeunes infirmières et celles qui s'approchent de la retraite. Nous avons aussi augmenté les admissions en soins infirmiers.» D'autres actions sont encore sur la table à dessin, assure-t-elle.
Tout cela est trop peu, trop tard, a rétorqué le trio, qui voit dans la faiblesse de la réponse ministérielle, un geste purement politique. «Le problème et les solutions sont connus, mais il n'y a pas de volonté politique pour les mettre en branle», a déploré la présidente de la FIQ, Régine Laurent. Le bilan des libéraux a d'ailleurs été passablement écorché par les trois protagonistes hier. «Ça fait depuis 2003 essentiellement qu'il ne se passe rien au Québec et qu'on passe d'une crise à l'autre», a dit le Dr Barrette. Rien, vraiment? «Rien, sinon que la situation est encore plus difficile», a ajouté le Dr Godin.
Québec a pourtant les moyens d'agir, ont fait valoir les chefs syndicaux. Il en fait la démonstration en ouvrant des lits et en débloquant des budgets pour gérer la grippe A(H1N1) l'automne dernier. «L'État a dans ses livres le ratio quotidien de lits qu'on doit acheter pour sortir des [patients] chroniques. [...] Au pire des scénarios, c'est 50 millions par année», a illustré le Dr Barrette. «Mais ces 50 millions par année, on décide de ne pas les investir.»
Ce choix irrite d'autant plus que Québec annonçait la semaine dernière qu'il consacrerait 80 millions à son nouveau programme universel de fécondation in vitro. «Quand c'est politiquement rentable, on trouve l'argent. Quand ce n'est pas politiquement rentable, on laisse sécher les gens. Et, au bout de la ligne, on laisse sécher les patients», a dénoncé hier le Dr Barrette.
Le refus est d'autant plus dur à accepter que la marche qui reste à gravir pour avoir un système plus fluide n'est pas si haute de l'avis du président de la FMSQ. «Mais celui qui décide décide de ne pas la monter pour ne pas faire de la peine à l'électorat.» Qu'il le veuille ou non, l'heure des choix a sonné. Les médecins, eux, ont choisi leur camp. «Nous allons supporter les infirmières, parce que nous ne pouvons pas travailler sans elles», a dit le Dr Godin. «À elles de choisir les moyens pour se faire entendre, nous les appuierons», a ajouté le Dr Barrette.
Le geste n'est pas anodin. Jamais auparavant la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ne s'étaient assises aux côtés de la Fédération interprofessionnelle en santé du Québec (FIQ) pour appuyer la cause des infirmières. Si les médecins interviennent aujourd'hui, c'est qu'il y a péril en la demeure, a expliqué le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, qui est à l'origine de ce front commun atypique.
La démonstration est simple. «Sans conditions de travail adéquates pour le personnel infirmier, il n'y aura pas de disponibilité et d'accessibilité aux lits de soins critiques et pas de soins médicaux de pointe en temps opportun», a expliqué le Dr Barrette. Déjà, la situation est devenue intenable dans plusieurs secteurs où l'élastique a été étiré au maximum.
En chirurgie par exemple, la réorganisation des blocs opératoires a permis de faire passer le nombre de patients opérés de 436 000 à 500 000. «Ces patients-là ont été opérés parce que, nous, les spécialistes, on s'est occupés de nos affaires et qu'on a maximisé notre production. Mais on ne peut plus faire plus. Pourquoi? Parce qu'il manque de personnel aux étages pour s'occuper d'eux.»
Ce genre de blocage se répète à l'identique dans les cabinets des médecins de famille, a poursuivi le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin. Présentement, deux millions de Québécois sont sans médecin de famille. Ces gens se rabattent sur les urgences où 70 % des patients auraient pu être vus ailleurs. «Il faudrait que nous ayons les ressources nécessaires à l'extérieur de l'hôpital pour que les gens qui n'ont pas besoin de l'urgence puissent y être suivis.»
Le défi n'est pas impossible, ont fait valoir les trois alliés. Parmi les solutions qu'ils proposent, on compte la création de postes à temps complet pour le personnel de soins (40 % des infirmières et 60 % des infirmières auxiliaires détiennent des postes à temps partiel), la reconnaissance du travail des infirmières praticiennes, le règlement de la loi 90 qui permet le partage des compétences, un meilleur soutien des cabinets de médecine familiale et le développement des soins à domicile et de longue durée.
Québec partage sensiblement leur lecture. Hier encore, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a dit vouloir agir en ce sens. Son attachée de presse, Karine Rivard, a d'ailleurs rappelé la mise en place de diverses tables de concertation qui ont permis de dégager des consensus. «Par exemple, nous avons instauré des primes de rétention pour les jeunes infirmières et celles qui s'approchent de la retraite. Nous avons aussi augmenté les admissions en soins infirmiers.» D'autres actions sont encore sur la table à dessin, assure-t-elle.
Tout cela est trop peu, trop tard, a rétorqué le trio, qui voit dans la faiblesse de la réponse ministérielle, un geste purement politique. «Le problème et les solutions sont connus, mais il n'y a pas de volonté politique pour les mettre en branle», a déploré la présidente de la FIQ, Régine Laurent. Le bilan des libéraux a d'ailleurs été passablement écorché par les trois protagonistes hier. «Ça fait depuis 2003 essentiellement qu'il ne se passe rien au Québec et qu'on passe d'une crise à l'autre», a dit le Dr Barrette. Rien, vraiment? «Rien, sinon que la situation est encore plus difficile», a ajouté le Dr Godin.
Québec a pourtant les moyens d'agir, ont fait valoir les chefs syndicaux. Il en fait la démonstration en ouvrant des lits et en débloquant des budgets pour gérer la grippe A(H1N1) l'automne dernier. «L'État a dans ses livres le ratio quotidien de lits qu'on doit acheter pour sortir des [patients] chroniques. [...] Au pire des scénarios, c'est 50 millions par année», a illustré le Dr Barrette. «Mais ces 50 millions par année, on décide de ne pas les investir.»
Ce choix irrite d'autant plus que Québec annonçait la semaine dernière qu'il consacrerait 80 millions à son nouveau programme universel de fécondation in vitro. «Quand c'est politiquement rentable, on trouve l'argent. Quand ce n'est pas politiquement rentable, on laisse sécher les gens. Et, au bout de la ligne, on laisse sécher les patients», a dénoncé hier le Dr Barrette.
Le refus est d'autant plus dur à accepter que la marche qui reste à gravir pour avoir un système plus fluide n'est pas si haute de l'avis du président de la FMSQ. «Mais celui qui décide décide de ne pas la monter pour ne pas faire de la peine à l'électorat.» Qu'il le veuille ou non, l'heure des choix a sonné. Les médecins, eux, ont choisi leur camp. «Nous allons supporter les infirmières, parce que nous ne pouvons pas travailler sans elles», a dit le Dr Godin. «À elles de choisir les moyens pour se faire entendre, nous les appuierons», a ajouté le Dr Barrette.
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