Les infirmières accusent Charest de laisser couler le réseau public
La Fédération critique les conditions de travail et les nombreux postes à temps partiel
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Dans le réseau public, une nouvelle infirmière sur cinq jette l’éponge au cours des cinq premières années de sa pratique. La situation a été bruyamment dénoncée hier par les représentantes des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires, qui ont manifesté à Montréal.
Les multiples ratés que connaît le réseau de la santé sont directement liés aux choix du gouvernement Charest, qui refuse net de s'attaquer à l'aménagement du travail dans les établissements, estime la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Sa présidente, Régine Laurent, ne mâche pas ses mots: elle l'accuse de volontairement «laisser couler le réseau pour en bâtir un plus payant pour ses amis».
La FIQ convient que la pénurie de professionnelles est réelle. De l'aveu même du ministère de la Santé, le réseau accuse un déficit de 2000 infirmières, ce qui force les établissements à recourir quotidiennement aux heures supplémentaires ou encore aux agences privées, un phénomène qui n'épargne aucune région du Québec. Un rafistolage coûteux, qui épuise les équipes et brise la continuité des soins, mais qui n'est pas sans solution, selon Mme Laurent.
Gestion à courte vue
Présentement, la moitié des professionnels en soins du Québec détiennent un poste à temps partiel (60 % des infirmières auxiliaires et 40 % des infirmières), à raison de deux ou trois jours par semaine. Or «personne ne peut vivre avec huit jours [de travail] par mois», déplore la présidente de la FIQ. Ces professionnelles complètent donc leur horaire sur appel ou en travaillant pour une agence privée, souvent dans l'établissement même qui les emploie, mais à des coûts supérieurs d'en moyenne 18 %. Plusieurs finissent par réorienter leur carrière.
Cette gestion de courte vue désespère la Fédération. «Pourquoi s'en tenir à huit jours alors que les besoins sont là, que les établissements ont recours aux heures supplémentaires et aux agences privées pour combler leurs heures?», demande sa présidente. Selon ses calculs, il suffirait de mettre toutes les professionnelles en soins du réseau à quatre jours semaine pour renverser la tendance.
À même les congés sociaux
Conscientes de la situation économique difficile, les professionnelles en soins se disent prêtes à autofinancer en grande partie cette mesure à même leurs congés sociaux. Impossible de savoir toutefois ce qu'il en coûterait au gouvernement. «Nos actuaires et ceux de Québec ne s'entendent pas», laisse tomber Mme Laurent, qui croit que le problème n'est pas financier, mais idéologique.
À la table de négociation, cette dernière affirme qu'il est impossible de discuter de quelque aménagement que ce soit pour améliorer les conditions de travail des infirmières surchargées et soumises régulièrement aux heures supplémentaires. «C'est plus qu'une fin de non-recevoir, c'est de la mauvaise foi. On a l'impression qu'ils veulent laisser tout ça se dégrader pour pousser la population à dire oui au privé, oui on va payer.»
Selon la FIQ, il est clair que la crise que connaît le réseau va s'accentuer si rien n'est fait pour régler le sort des infirmières. «Combien de professionnelles doivent encore quitter le réseau avant que [le gouvernement] comprenne? Combien quittent le réseau pour réorienter leur carrière? Combien encore de morts dans les urgences avant que quelqu'un réagisse?»
Des conditions de travail liées à la qualité des soins
Régine Laurent a la conviction que les conditions de travail des employés de la santé sont directement liées aux conditions dans lesquelles on peut offrir ou non des soins de qualité. «Je vous donne un exemple. Si on parle de continuité des soins, ce sont les mêmes personnes qui doivent être là pour planifier les soins, la formation, le retour à la maison des patients.»
Or l'organisation du travail ne permet pas cela dans le réseau, croit la FIQ, qui appréhende une grande saignée. D'ici trois ans, 15 000 infirmières seront admissibles à la retraite. Des départs que ne pourront combler les quelque 6000 nouvelles diplômées espérées. «Si le gouvernement ne fait rien pour améliorer les conditions de travail des professionnelles en soins, il verra que les 4000 infirmières mises à la retraite par le Parti québécois en 1997, ce n'est rien à côté du mur que l'on va frapper», a prévenu Mme Laurent.
D'autant que le taux de rétention des jeunes infirmières reste trop bas aux yeux de la FIQ, qui explique ce problème par les conditions de travail difficiles. Dans le réseau public, une nouvelle recrue sur cinq jette l'éponge au cours des cinq premières années de sa pratique. La majorité quitte le réseau, mais pas forcément leur profession. On les retrouve donc ailleurs, dans les agences privées notamment.
Manifestation
La situation a été bruyamment dénoncée hier par les représentantes des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires, qui ont manifesté à Montréal. «Nous espérons que ce cri du coeur aura un impact sur la négociation», a dit Mme Laurent. Chose certaine, un rapport détaillé sera fait aux 600 délégués la semaine prochaine. S'il y a des mesures à prendre, la FIQ les prendra, a conclu Mme Laurent, qui n'a pas voulu dire en quoi consisteront ces actions.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n'a pas voulu commenter les demandes des infirmières. Il a fait valoir que les négociations n'ont pas à se faire sur la place publique.
La FIQ convient que la pénurie de professionnelles est réelle. De l'aveu même du ministère de la Santé, le réseau accuse un déficit de 2000 infirmières, ce qui force les établissements à recourir quotidiennement aux heures supplémentaires ou encore aux agences privées, un phénomène qui n'épargne aucune région du Québec. Un rafistolage coûteux, qui épuise les équipes et brise la continuité des soins, mais qui n'est pas sans solution, selon Mme Laurent.
Gestion à courte vue
Présentement, la moitié des professionnels en soins du Québec détiennent un poste à temps partiel (60 % des infirmières auxiliaires et 40 % des infirmières), à raison de deux ou trois jours par semaine. Or «personne ne peut vivre avec huit jours [de travail] par mois», déplore la présidente de la FIQ. Ces professionnelles complètent donc leur horaire sur appel ou en travaillant pour une agence privée, souvent dans l'établissement même qui les emploie, mais à des coûts supérieurs d'en moyenne 18 %. Plusieurs finissent par réorienter leur carrière.
Cette gestion de courte vue désespère la Fédération. «Pourquoi s'en tenir à huit jours alors que les besoins sont là, que les établissements ont recours aux heures supplémentaires et aux agences privées pour combler leurs heures?», demande sa présidente. Selon ses calculs, il suffirait de mettre toutes les professionnelles en soins du réseau à quatre jours semaine pour renverser la tendance.
À même les congés sociaux
Conscientes de la situation économique difficile, les professionnelles en soins se disent prêtes à autofinancer en grande partie cette mesure à même leurs congés sociaux. Impossible de savoir toutefois ce qu'il en coûterait au gouvernement. «Nos actuaires et ceux de Québec ne s'entendent pas», laisse tomber Mme Laurent, qui croit que le problème n'est pas financier, mais idéologique.
À la table de négociation, cette dernière affirme qu'il est impossible de discuter de quelque aménagement que ce soit pour améliorer les conditions de travail des infirmières surchargées et soumises régulièrement aux heures supplémentaires. «C'est plus qu'une fin de non-recevoir, c'est de la mauvaise foi. On a l'impression qu'ils veulent laisser tout ça se dégrader pour pousser la population à dire oui au privé, oui on va payer.»
Selon la FIQ, il est clair que la crise que connaît le réseau va s'accentuer si rien n'est fait pour régler le sort des infirmières. «Combien de professionnelles doivent encore quitter le réseau avant que [le gouvernement] comprenne? Combien quittent le réseau pour réorienter leur carrière? Combien encore de morts dans les urgences avant que quelqu'un réagisse?»
Des conditions de travail liées à la qualité des soins
Régine Laurent a la conviction que les conditions de travail des employés de la santé sont directement liées aux conditions dans lesquelles on peut offrir ou non des soins de qualité. «Je vous donne un exemple. Si on parle de continuité des soins, ce sont les mêmes personnes qui doivent être là pour planifier les soins, la formation, le retour à la maison des patients.»
Or l'organisation du travail ne permet pas cela dans le réseau, croit la FIQ, qui appréhende une grande saignée. D'ici trois ans, 15 000 infirmières seront admissibles à la retraite. Des départs que ne pourront combler les quelque 6000 nouvelles diplômées espérées. «Si le gouvernement ne fait rien pour améliorer les conditions de travail des professionnelles en soins, il verra que les 4000 infirmières mises à la retraite par le Parti québécois en 1997, ce n'est rien à côté du mur que l'on va frapper», a prévenu Mme Laurent.
D'autant que le taux de rétention des jeunes infirmières reste trop bas aux yeux de la FIQ, qui explique ce problème par les conditions de travail difficiles. Dans le réseau public, une nouvelle recrue sur cinq jette l'éponge au cours des cinq premières années de sa pratique. La majorité quitte le réseau, mais pas forcément leur profession. On les retrouve donc ailleurs, dans les agences privées notamment.
Manifestation
La situation a été bruyamment dénoncée hier par les représentantes des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires, qui ont manifesté à Montréal. «Nous espérons que ce cri du coeur aura un impact sur la négociation», a dit Mme Laurent. Chose certaine, un rapport détaillé sera fait aux 600 délégués la semaine prochaine. S'il y a des mesures à prendre, la FIQ les prendra, a conclu Mme Laurent, qui n'a pas voulu dire en quoi consisteront ces actions.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n'a pas voulu commenter les demandes des infirmières. Il a fait valoir que les négociations n'ont pas à se faire sur la place publique.
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