Mourir chez soi
L'idéal, ce serait de ne jamais avoir à mettre les pieds dans un hôpital, surtout quand on est malade. Il faudrait y aller seulement quand on est en pleine forme et qu'on ne craint ni les bactéries, ni les microbes, ni les médecins. Le reste du temps, quand on est malade, on ferait mieux de rester chez soi, de consulter son ordinateur pour poser un diagnostic et de se soigner comme nos grand-mères le faisaient souvent avec plus de succès que les grands spécialistes d'aujourd'hui.
Je suis injuste, je le reconnais. Il serait plus juste de concéder que la médecine a fait d'immenses progrès... ce sont les hôpitaux qui n'ont pas suivi. Chaque fois que je mets les pieds dans un hôpital, et j'essaie que ce soit le moins souvent possible, je ne peux pas m'empêcher de penser à la bonne odeur de propre qu'il y avait dans ces établissements autrefois quand les maladies nosocomiales étaient inconnues et qu'on disait qu'une infirmière devait avoir la «vocation» pour faire ce métier. Les linges souillés de sang ne traînaient pas dans les chambres des malades comme ça arrive aujourd'hui trop souvent, les poubelles étaient vidées même durant les fins de semaine et les vieux lits brillaient comme un sou neuf. J'ai même connu des hommes d'affaires qui plutôt que d'aller jouer au golf, s'installaient dans une chambre privée pour une semaine, histoire de faire tous les examens utiles et de prendre une semaine de vacances loin du travail. Cette époque est révolue.
Les hôpitaux, surtout ceux de Montréal à cause de la concentration de population, sont devenus de vrais repoussoirs. C'est le meilleur endroit pour tomber malade et mourir. Même qu'on sait depuis quelques jours qu'il se peut que personne ne s'en rende vraiment compte. À moins que vous soyez en mesure de hurler dans le couloir, on vous laissera mourir en paix. Tout le personnel est trop occupé pour remarquer que vous n'allez pas bien. Trop fatigué aussi.
Messieurs Jean Charest et Yves Bolduc aimeraient beaucoup pouvoir affirmer que ça va mieux dans les urgences. Les hôpitaux, sous leur gouverne, sont devenus aussi dangereux que les routes, les viaducs ou le boulevard Saint-Laurent la nuit. Une personne normalement constituée a peur dès qu'on lui dit qu'elle devra aller à l'hôpital. Elle a peur parce qu'elle ne sait pas si elle va pouvoir y entrer, elle ne sait pas combien de temps elle va passer à l'attente et elle ne sait pas si elle va en ressortir. Entre l'entrée et la sortie, elle sera devenue un nom qu'on appelle à tue-tête ou un numéro, c'est selon. J'ai bien entendu une infirmière, un jour, déclarer le plus naturellement du monde, qu'elle avait «54 civières sur les bras» ce jour-là. Pas 54 malades, pas 54 patients, non, 54 civières.
Bien sûr, tout le monde est fatigué. Les médecins qu'on voit à la télé cependant ont plutôt l'air bien portant (je ne donnerai pas de noms) et les infirmières, les plus épuisées du système, on ne les voit jamais car elles font des heures de fous. Que des gens meurent en attendant des soins, c'est dur à accepter, mais je voudrais vous rassurer à ce sujet. Dans quelque temps, on se sera fait à l'idée et ça ne nous dérangera même plus. On dira: «Tiens, un autre.» Puis on passera à autre chose. Les politiciens savent parfaitement que c'est comme ça que le peuple réagit. Il commence par crier, puis il se calme et finit par accepter une situation sur laquelle il sait qu'il n'a aucun pouvoir.
Il fallait voir la belle tranquillité de notre premier ministre à la première période de questions de la rentrée. Calme, en pleine possession de tous ses moyens, reposé et plein des belles images qu'il a rapportées de ses nombreux voyages, il a affirmé, la main sur le coeur, que la situation que nous vivons en ce moment dans les urgences est de la responsabilité du PQ. Il avait l'air d'un homme en vacances, au-dessus de ses affaires, à qui il ne serait pas venu à l'esprit d'offrir au moins ses condoléances aux familles qui ont perdu des êtres chers dans les couloirs de nos hôpitaux. Je pense que c'est sa nouvelle résolution, faire le tour du monde en serrant des mains et venir prendre ses vacances au Québec où tout va si bien. C'est lui qui le dit.
Et puis, il est en santé. Ça se voit. L'oeil brillant, la jambe alerte, il est évident que la maladie ne le guette pas encore. Et puis, qu'importe? Si jamais il est vraiment malade, j'imagine qu'il fera comme d'autres premiers ministres qu'on a connus et qu'il ira se faire soigner aux États-Unis. Je ne suis pas sûre que les soins y soient meilleurs, mais c'est drôlement plus rapide...
Je suis injuste, je le reconnais. Il serait plus juste de concéder que la médecine a fait d'immenses progrès... ce sont les hôpitaux qui n'ont pas suivi. Chaque fois que je mets les pieds dans un hôpital, et j'essaie que ce soit le moins souvent possible, je ne peux pas m'empêcher de penser à la bonne odeur de propre qu'il y avait dans ces établissements autrefois quand les maladies nosocomiales étaient inconnues et qu'on disait qu'une infirmière devait avoir la «vocation» pour faire ce métier. Les linges souillés de sang ne traînaient pas dans les chambres des malades comme ça arrive aujourd'hui trop souvent, les poubelles étaient vidées même durant les fins de semaine et les vieux lits brillaient comme un sou neuf. J'ai même connu des hommes d'affaires qui plutôt que d'aller jouer au golf, s'installaient dans une chambre privée pour une semaine, histoire de faire tous les examens utiles et de prendre une semaine de vacances loin du travail. Cette époque est révolue.
Les hôpitaux, surtout ceux de Montréal à cause de la concentration de population, sont devenus de vrais repoussoirs. C'est le meilleur endroit pour tomber malade et mourir. Même qu'on sait depuis quelques jours qu'il se peut que personne ne s'en rende vraiment compte. À moins que vous soyez en mesure de hurler dans le couloir, on vous laissera mourir en paix. Tout le personnel est trop occupé pour remarquer que vous n'allez pas bien. Trop fatigué aussi.
Messieurs Jean Charest et Yves Bolduc aimeraient beaucoup pouvoir affirmer que ça va mieux dans les urgences. Les hôpitaux, sous leur gouverne, sont devenus aussi dangereux que les routes, les viaducs ou le boulevard Saint-Laurent la nuit. Une personne normalement constituée a peur dès qu'on lui dit qu'elle devra aller à l'hôpital. Elle a peur parce qu'elle ne sait pas si elle va pouvoir y entrer, elle ne sait pas combien de temps elle va passer à l'attente et elle ne sait pas si elle va en ressortir. Entre l'entrée et la sortie, elle sera devenue un nom qu'on appelle à tue-tête ou un numéro, c'est selon. J'ai bien entendu une infirmière, un jour, déclarer le plus naturellement du monde, qu'elle avait «54 civières sur les bras» ce jour-là. Pas 54 malades, pas 54 patients, non, 54 civières.
Bien sûr, tout le monde est fatigué. Les médecins qu'on voit à la télé cependant ont plutôt l'air bien portant (je ne donnerai pas de noms) et les infirmières, les plus épuisées du système, on ne les voit jamais car elles font des heures de fous. Que des gens meurent en attendant des soins, c'est dur à accepter, mais je voudrais vous rassurer à ce sujet. Dans quelque temps, on se sera fait à l'idée et ça ne nous dérangera même plus. On dira: «Tiens, un autre.» Puis on passera à autre chose. Les politiciens savent parfaitement que c'est comme ça que le peuple réagit. Il commence par crier, puis il se calme et finit par accepter une situation sur laquelle il sait qu'il n'a aucun pouvoir.
Il fallait voir la belle tranquillité de notre premier ministre à la première période de questions de la rentrée. Calme, en pleine possession de tous ses moyens, reposé et plein des belles images qu'il a rapportées de ses nombreux voyages, il a affirmé, la main sur le coeur, que la situation que nous vivons en ce moment dans les urgences est de la responsabilité du PQ. Il avait l'air d'un homme en vacances, au-dessus de ses affaires, à qui il ne serait pas venu à l'esprit d'offrir au moins ses condoléances aux familles qui ont perdu des êtres chers dans les couloirs de nos hôpitaux. Je pense que c'est sa nouvelle résolution, faire le tour du monde en serrant des mains et venir prendre ses vacances au Québec où tout va si bien. C'est lui qui le dit.
Et puis, il est en santé. Ça se voit. L'oeil brillant, la jambe alerte, il est évident que la maladie ne le guette pas encore. Et puis, qu'importe? Si jamais il est vraiment malade, j'imagine qu'il fera comme d'autres premiers ministres qu'on a connus et qu'il ira se faire soigner aux États-Unis. Je ne suis pas sûre que les soins y soient meilleurs, mais c'est drôlement plus rapide...
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