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Un cas d'encéphalopathie spongiforme bovine: Neuf cheptels ont été placés en quarantaine

Les enquêteurs tentent toujours de découvrir la ferme d'origine de l'animal contaminé

Fabien Deglise   23 mai 2003  Santé
Alors que l'industrie du boeuf au pays retient toujours son souffle, tout comme ses animaux destinés à l'abattoir d'ailleurs, l'enquête de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) s'est poursuivie hier afin de lever le voile sur ce qui semble de plus en plus s'annoncer comme le premier cas 100 % canadien d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Et peut-être pas le dernier...

En quête de la vérité, les limiers fédéraux s'approchent lentement mais sûrement de la souche de la crise qui depuis mardi dernier paralyse le secteur bovin canadien. En substance, l'animal infecté, une «vache folle» Angus de l'Alberta, aurait eu six ans, plutôt que huit, comme annoncé plus tôt cette semaine, lors de son décès en janvier dernier. Sa ferme d'origine semble désormais aussi poindre à l'horizon, du côté d'un élevage bovin de l'Alberta ou peut-être de la Saskatchewan, ont annoncé les autorités sanitaires qui privilégient désormais ses «deux pistes».

«Chacune de ces sources-là comprend un troupeau de naissance de l'animal et des troupeaux intermédiaires qui ont pu amener l'animal au troupeau dans lequel il séjournait au moment où il a été abattu», a déclaré en conférence de presse Claude Lavigne, de l'ACIA.

Au total, neuf exploitations agricoles où l'animal aurait vécu ou transité ont été ciblées à ce jour, en Alberta et en Saskatchewan, a-t-il précisé. Toutes ont été placées en quarantaine. L'éradication du premier troupeau — les fonctionnaires fédéraux parlent de «dépeuplement» — s'est également poursuivie afin d'endiguer la crise mais aussi de déterminer si d'autres bêtes ont été infectées.

L'hypothèse est plausible. C'est que le bovin a donné naissance «à cinq veaux, plus ou moins, au cours de sa vie», a expliqué M. Lavigne. Une descendance possiblement contaminée que l'ACIA essaye toujours de traquer d'ailleurs. De plus, la consommation de farines animales contaminées, qui représente désormais «la clé de l'enquête», selon l'Agence, si elle a induit l'émergence de l'ESB au Canada pour une vache peut très bien en avoir touché d'autres, ouvrant ainsi la porte à d'autres désagréables découvertes dans les Prairies canadiennes. Comme ailleurs au pays.

«C'est possible, a commenté hier en entrevue au Devoir Sylvain Quessy, de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, et c'est ce que les résultats des tests en laboratoire effectués sur les cerveaux des autres bêtes du troupeau vont permettre de clarifier.»

Ces résultats devraient être rendus publics dans quatre jours et l'industrie les attend avec impatience pour relancer les chaînes industrielles de débitage de filets mignons et autres rôtis de palette. En effet, l'embargo sur les importations de viande bovine imposé par les États-Unis, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, Taiwan et depuis hier Singapour vient paralyser l'industrie du boeuf partout au pays où la crise de la vache se conjugue désormais au temps des licenciements. «Et la situation ne peut qu'empirer si les marchés d'exportation continuent de se réduire», a prévenu hier par voie de communiqué Michael Fraser, président de la United Food and Commercial Workers Union (UFCWU), un syndicat canadien représentant près de 230 000 employés du secteur agroalimentaire.

Le Québec, où bon an, mal an près de 400 000 vaches paissent, n'est d'ailleurs pas épargné par ces effets pervers. Ni non plus par la possibilité de voir apparaître des cas d'ESB dans ses campagnes, croit le vétérinaire Yvon Couture, de l'Université de Montréal. La raison? Plusieurs milliers de bovins québécois sont eux aussi âgés, comme l'était la vache albertaine devenu folle. Et leur contact avec des farines animales contaminées, au moment de leur existence où l'interdiction de telles pratiques n'était pas en vigueur, est donc tout à fait envisageable aujourd'hui. «La probabilité n'est pas élevée, mais elle est là», a-t-il confié au Devoir.

Reste que si des cas d'ESB devaient se déclarer de ce côté-ci du pays, le public pourrait très bien ne jamais en être informé. Et pour cause: une centaine d'abattoirs québécois, sur les 165 que compte la province, ne possèdent aucun système d'inspection vétérinaire, comme l'a révélé La Presse dans son édition d'hier, permettant du même coup à des viandes touchées par l'ESB de passer à travers les mailles du filet sanitaire avant leur entrée dans la chaîne alimentaire humaine. Ces abattoirs, dits de type B, ne traitent toutefois qu'un faible 2 % du volume de viande et s'adressent surtout aux chasseurs ou aux petits éleveurs d'animaux pour leur consommation privée ou pour la vente d'aliment au détail limitée, à la ferme par exemple.

Avec PC et AFP
 
 
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