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    Le virus H1N1 a frappé plus fort que la grippe saisonnière

    «Je n'avais jamais vu ça, des patients aux soins intensifs pour une grippe»

    12 février 2010 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    La grippe A(H1N1) a envoyé à l'hôpital plus de 8500 Canadiens. Surtout, le virus a expédié deux fois plus de malades aux soins intensifs que la grippe saisonnière. L'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) publiait hier un premier bilan de la pandémie de grippe A(H1N1) qui semble confirmer une virulence accrue, surtout chez les jeunes et les femmes enceintes.

    «Je n'avais jamais vu ça, des patients aux soins intensifs pour une grippe, souligne le Dr Karl Weiss, de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Cet automne, on en avait quatre ou cinq en même temps.»

    Avec un âge moyen de 28 ans, les patients hospitalisés cette année étaient nettement plus jeunes que les cibles habituelles de l'influenza.

    Deux fois plus de femmes enceintes ont aussi été hospitalisées. Quatre en sont mortes. Cette donnée à elle seule justifie la campagne de vaccination musclée, selon Eric Frost, épidémiologiste à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke: «Quatre, c'est quatre de trop.» Selon lui, l'Europe risque une troisième vague que le Québec évitera.

    La grippe A(H1N1) a subi la comparaison avec la grippe saisonnière de 2007-08.

    Comparaison difficile

    Les statisticiens de l'ICIS précisent que la comparaison, bien qu'intéressante, a été difficile à mener: la grippe A(H1N1) était surveillée de beaucoup plus près que les grippes saisonnières, et les tests pour la diagnostiquer jouissent d'une précision inégalée. «Dans les années 2007 et 2008, on ne testait qu'une petite portion des patients avec des tests pas très sensibles, explique le chercheur Eric Frost. De nombreux cas sévères de grippe furent sans doute étiquetés comme pneumonies.»

    Le statisticien Jean-Marie Berthelot reste prudent. «Il est trop tôt pour dire que H1N1 a causé plus d'hospitalisations», dit-il. Aucun doute, par contre, que la grippe A a généré plus «de soins intensifs», particulièrement chez les «femmes enceintes et les jeunes malades», et également plus «de décès, surtout chez les jeunes».

    Critiques injustifiées?

    La gestion de la pandémie par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a été l'objet de critiques dernièrement, un scientifique allemand controversé, Wolfgang Wodard, allant jusqu'à alléguer que l'organisation a surévalué le risque sous la pression de l'industrie pharmaceutique. Le Sénat français, selon l'Agence France-Presse, a décidé hier de constituer une commission d'enquête sur ces liens présumés.

    «C'est malhonnête et inéquitable de juger a posteriori, selon le chercheur Eric Frost. L'OMS a bien agi, car si ç'avait été très sévère, elle aurait été blâmée de n'avoir rien fait!» «L'exercice de vaccination aura eu le mérite de tester un type de réponse du système de santé», ajoute Jean-Pierre Vaillancourt, vétérinaire et épidémiologiste de l'Université de Montréal.

    «Ce n'était pas la pandémie que les gens attendaient, analyse le microbiologiste Karl Weiss, mais je me demande ce qu'ils attendaient! Ils disent qu'on nous a fait peur [pour rien]; comme s'il fallait des milliers de morts pour que ce soit sérieux.» Il ajoute qu'on peut désormais regarder en avant. «[Cette grippe] fait partie de l'histoire: vous pouvez acheter un t-shirt avec l'inscription "J'ai survécu à la grippe A(H1N1)".»












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