Les spécialistes veulent 4% par an minimum

Gaétan Barrette
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gaétan Barrette

Les médecins spécialistes refuseront catégoriquement tout régime minceur imposé par Québec. En entrevue au Devoir, le président de leur fédération, le Dr Gaétan Barrette, a été catégorique: aucun recul par rapport à la moyenne canadienne ne sera toléré lors de la prochaine négociation. Un impératif qui rime avec des hausses de salaire d'au moins 4 %, voire 5 à 6 % par année.

Les gains âprement négociés en 2007 par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) auront permis à ses membres de réduire substantiellement l'écart de rémunération qui les sépare de leurs collègues des autres provinces, le faisant passer de 55 % à 17 % en 2015. Or, ces gains, que le Dr Barrette préfère qualifier aujourd'hui de «correctifs», dépendent directement de la prochaine période de négociations qui s'enclenchera à la fin mars.

Malgré la correction, l'écart dénoncé par les médecins spécialistes québécois a recommencé à se creuser sitôt l'entente scellée, calcule la FMSQ. Les spécialistes québécois ont en effet obtenu 6,1 % sur trois ans, soit de 2007 à 2010. Pendant cette même période, leurs collègues canadiens ont plutôt récolté une augmentation moyenne de 11 %. «Veut, veut pas, il y a un différentiel qui se creuse depuis, et il n'est tout simplement pas acceptable», fait valoir Gaétan Barrette, en rappelant que tous exercent pourtant selon les mêmes normes, dans un même système public.

Cette différence l'agace d'autant plus que d'autres reculs sont à prévoir. Pour la période allant de 2010 à 2013, les médecins spécialistes du ROC (rest of Canada) ont en effet négocié des augmentations annuelles importantes, soit 4 % en moyenne. Selon le Dr Barrette, Québec ne peut pas se permettre d'offrir moins à ses spécialistes. «Autrement, je peux vous garantir que mes joueurs vont grimper dans les rideaux et se battre.»

Ces 4 % ne sont toutefois considérés que comme un minimum vital. La FMSQ estime que Québec doit aussi prévoir un mécanisme de rattrapage pour le recul enregistré au cours des trois dernières années. Ce qui pourrait porter ses demandes jusqu'à 5 voire 6 % par année, confirme le Dr Barrette qui refuse toutefois de donner davantage de précisions. On est loin, très loin des 7 % sur cinq ans proposés à la fonction publique par le gouvernement Charest.

On est aussi loin, mais un peu moins, des demandes formulées par les employés de l'État, qui réclament pour leur part 3,75 % par an pour les trois prochaines années. Demandes par ailleurs accueillies fraîchement par le gouvernement Charest, mais aussi par la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui les a jugées «à première vue un peu élevées», la semaine dernière.

Concurrence oblige

Le Dr Barrette est conscient que ses 4 à 6 % risquent d'en faire tiquer plus d'un en ces temps économiques difficiles. Mais il persiste et signe. «Les augmentations obtenues dans les autres provinces ont été négociées par des gouvernements qui ont tous à faire face à un déficit budgétaire. [...] Mais à la différence du Québec, ces gouvernements ont compris que, pour garder leurs docteurs, il leur faut aussi les rémunérer.»

À ce jeu de la concurrence, le Québec part perdant, croit le président de la FMSQ. «Ici, on nous rentre dans la politique de rémunération des employés de l'État. C'est plate, mais dans les autres provinces, ça ne se passe pas comme ça. [...] Quand l'Ontario donne 4 % par année à ses médecins en temps de récession, ce n'est pas pour faire plaisir aux docteurs, c'est pour suivre le marché, point.»

Et ce marché, il est sans pitié. Spécialement avec un voisin américain qui n'a de cesse de tirer les salaires vers le haut. «Si on était dans le privé comme aux États-Unis, il y aurait moins de services, mais on serait bien mieux payés, même probablement trop, comme le sont les Américains», rappelle le Dr Barrette. Sans verser dans ces excès, le Québec doit à tout le moins être en mesure de concurrencer les autres provinces, poursuit-il. «Il n'est pas normal qu'on ne reçoive même pas l'équivalent des autres provinces, dont certaines sont même plus pauvres que nous.»

Dans un monde idéal, la prochaine négociation mettrait un terme à tous ces déchirements avec l'adoption d'une formule qui puisse prendre en compte la moyenne canadienne, résume le président de la FMSQ. «Il n'y a pas de raison intelligente, d'aucune manière, pour qu'on creuse encore l'écart. [...] Le gouvernement devrait être suffisamment responsable, et je parle ici de responsabilité sociale, pour éviter les perturbations dans le réseau en acceptant d'adopter une formule valide pour toutes les négociations à venir.»

C'est aussi l'avis des membres de la FMSQ, qui sont prêts à se battre pour défendre leurs acquis. Au début du mois, 91 % d'entre eux ont donné leur appui aux propositions du Dr Barrette et de son équipe. «Croyez-moi, personne n'est prêt à revenir en arrière.»
37 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 1 février 2010 05 h 20

    Pour des médecins, ça fait dur

    Après les employés de la SAQ, les médecins spécialistes. Déjà privilégiés,ça veut s'engraisser encore alors que le Québec croule sous la récession et que l'ineffable Charest veut couper dans le gras (Comprendre les petits).

    Ils ont vraiment prêté le serment d'hypocrites.

  • Yves Petit - Inscrit 1 février 2010 07 h 27

    prévilégiés

    Curieux quand même que les travailleurs les mieux rémunérés de la société en demande toujours plus, n'ayant comme base de comparaison que leurs collègues des territoires voisins. Ce sont également ceux dans qui la société a investi le plus pour leurs formations. Voilà un pur produit du matérialisme et de la décadence de notre civilisation.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 1 février 2010 07 h 30

    Les médecins, déjà bien gras en comparaison de la moyenne de la population, sont aussi ingrats

    Nos médecins oublient trop vite que ce sont les contribuables qui ont défrayé les coûts de leur expertise.Leur formation, ils la doivent à la population.
    Il serait peut-être temps de revoir le fonctionnement de nos universités en chargeant les véritables coûts impliqués. Les étudiants, auxquels nous prêterions les argents nécessaires, seraient alors obligés de rembourser ces prêts sur 5, 7 ou 10 ans.

  • Claude Desjardins - Abonné 1 février 2010 07 h 41

    Le bon timing

    On peut dire que les médecins spécialistes du Québec on le sens du timing après avoir si «généreusement données» de leurs temps pour Haïti.

  • Bernard Gervais - Inscrit 1 février 2010 08 h 04

    Désolé pour M. Barrette !

    Désolé pour le Dr Barrette, mais ses revendications me laissent complètement indifférent.

    Le sort des des petits employés du secteur privé - notamment ceux des commerces - qui travaillent souvent dans des conditions difficiles et ne gagnent que le salaire minimum ne touche beaucoup plus !