Centres hospitaliers universitaires - L'obligation de construire s'impose!
McGill et Montréal se souviennent que le député Charest appuyait le projet des futurs CHU
Au sein de l'actualité montréalaise et québécoise figure en bonne place le dossier des deux futurs centres hospitaliers universitaires. Qualifiés à maintes reprises de «mégahôpitaux», leurs dimensions réelles, en termes de mission et de structure, sont méconnues. Christiane Théberge, directrice des communications à la Société d'implantation du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (SICHUM), et le Dr Abraham Fuks, doyen de la faculté de médecine de l'université McGill, proposent un état des lieux.
Des bâtiments vénérables, dans certains cas proches de leur bicentenaire, tel est le cheptel de certains sites hospitaliers affiliés tant à l'Université de Montréal qu'à l'université McGill. En leurs murs, patients et professionnels s'unissent pour obtenir des soins de santé qui s'inspirent de la médecine moderne, voire de la médecine de demain. Le challenge est de taille. De trop grande taille!
Les infrastructures, certes appropriées aux soins prodigués il y a quelque 50 années, sont désormais obsolètes. Si les normes admettaient l'accueil de quatre patients ou plus par chambre, aujourd'hui l'évolution des connaissances et les modes de vie privilégient les chambres simples. La taille des salles d'opération est également inadaptée, comme le souligne M. Fuks: «Les locaux en usage deviennent trop exigus. En effet, la chirurgie nécessite désormais des équipements volumineux ainsi que plus d'intervenants afin de minimiser autant que possible les chirurgies invasives.» À titre d'exemple, la laparoscopie est devenue une intervention bénigne qui permet au patient de regagner son domicile dans la journée. Autre point, la dispersion des différents sites engendre des transports malaisés pour accéder aux différentes expertises médicales. Le bât blesse aussi en matière de circulation! Qui n'a pas joué au Petit Poucet en scrutant fiévreusement les flèches tracées au sol ou sur les murs pour se rendre aux services d'urgence ou de radiographie? En matière de formation et de recherche, le bilan n'est guère plus reluisant.
Perspective visionnaire
En quelques mots, les édifices actuels éclatent de toute part. Le temps des tergiversations n'est plus. Les équipes de planification représentant les deux projets ont écarté les interventions visant la rénovation des sites actuels. Outre le coût qui en aurait découlé, le résultat final ne répondait pas aux exigences liées à la mission des centres hospitaliers universitaires (CHU).
«Cette mission, indique Christiane Théberge, s'appuie sur quatre pôles, soit les soins à la population, l'enseignement, la recherche et enfin l'évaluation des technologies et modes d'intervention axée vers la promotion de la santé. Plus qu'un hôpital, il s'agit d'une véritable institution.» À la base de cette rigoureuse mise en équation se niche une perspective visionnaire afin de répondre aux besoins et d'intégrer les réalités nouvelles. Au-delà d'un simple déménagement, la pratique hospitalière est interrogée et dépasse l'attachement nostalgique à des sites désormais inadéquats. De plus, les projets n'ont pas été élaborés dans une perspective exclusive, mais au contraire selon une approche de réseaux intégrés où chaque élément externe possède sa place, tel que le souligne M. Fuks: «Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) constituera le noyau d'un réseau formé par les hôpitaux communautaires, les CLSC, les instituts de réhabilitation, etc.» Cette mise en réseau aura pour but d'assurer une continuité des services pour tous les patients.
Les deux CHU offriront une gamme de soins s'étalant du niveau I au niveau III, c'est-à-dire des services généraux aux soins ultraspécialisés, telle une transplantation de moelle osseuse. Toutefois, les soins de première ligne étant répandus sur l'ensemble du territoire québécois, ils seront circoncis au bassin de population locale de chaque site, tandis que les services ultraspécialisés seront disponibles pour toute la province. Les besoins en soins ont grandement évolué, influant sur l'infrastructure hospitalière. «Les soins de base exigent un nombre de lits toujours en régression contrairement aux soins intensifs», commente M. Fuks. En effet, les chirurgies d'un jour, grâce aux progrès cliniques et techniques, sont en hausse constante. Ainsi, par exemple, une intervention pour une cataracte sera menée en 20 minutes et permettra au patient de rentrer chez lui deux heures plus tard. Les projections menées par le SICHUM reflètent cette tendance: «Nous prévoyons, sur une base annuelle, environ 62 000 épisodes de soins, 30 000 chirurgies, 78 000 visites à l'urgence et plus de 400 000 patients en visite dans les cliniques ambulatoires.» Or, pour faire face à ces volumes, 853 lits devraient s'avérer suffisants.
Repenser le programme architectural
Cette nouvelle approche des soins interférera directement sur l'architecture des édifices, une architecture qui se devra d'être flexible pour suivre les évolutions des pratiques médicales. Ainsi, les aires destinées aux soins ambulatoires et aux chirurgies d'un jour seront davantage développées, tout en facilitant l'orientation des usagers. Des chambres simples recevront les patients et leur permettront d'être accompagnés par des parents pouvant leur prodiguer un soutien social et psychologique.
Cette mesure, dans un contexte d'épidémie, facilitera l'isolement des personnes concernées ou protégera les patients vulnérables aux infections, tels ceux suivant une chimiothérapie. Des systèmes d'aération améliorés auront également pour tâche de contrôler les agents pathogènes atmosphériques pour réduire les risques d'infection. Cette préoccupation revêt toute son importance au regard des bactéries multirésistantes qui se développent.
Les besoins en formation sont de plus en plus criants. Sans citer le manque de lieux dédiés à cet effet dans les bâtiments, les professionnels de la santé doivent faire face à un renouvellement rapide des pratiques et à un éventail de besoins toujours plus large. De plus, dès l'année prochaine, les effectifs étudiants seront révisés à la hausse pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre. Or, les CHU sont les pôles majeurs d'accueil des résidents en médecine. Ils procurent aux étudiants une exposition suffisante aux différentes spécialités et permettent de prévenir le nivellement par le bas.
«La chirurgie moderne, par exemple, engendre beaucoup de surspécialisations qui doivent faire l'objet non seulement d'une formation, mais également d'une mise en pratique», indique M. Fuks. Soins cliniques et formation sont intimement liés. «Tous les professionnels de la santé sont intégrés dans cette perpective, des infirmières aux ergothérapeutes en passant par les techniciens, qu'il s'agisse de formation initiale ou de formation continue», poursuit Christiane Théberge. Le patient lui-même ainsi que sa famille sont demandeurs d'informations. Ils doivent pouvoir accéder à une bibliothèque, à des services susceptibles de les accompagner dans cette démarche. Une meilleure compréhension de la maladie ou de la blessure influence directement les processus de rétablissement.
Centraliser la recherche
De forts coefficients de recherche caractérisent également les centres hospitaliers universitaires. Or, les cliniciens-scientifiques qui travaillent en équipes multidisciplinaires sont actuellement répartis dans plusieurs établissements. Leur concentration en un lieu ainsi que la proximité des unités de soins aux patients et des équipements technologiques appropriés permettront une meilleure interaction, propice à l'échange des idées. Cette synergie peut faire toute la différence quand les critères de temps deviennent cruciaux pour enrayer une épidémie, tel le syndrome respiratoire aigu sévère, plus connu sous l'acronyme SRAS.
La phase de planification des deux futurs centres hospitaliers est déjà achevée, des plans fonctionnels ont été livrés au ministère de la Santé et des Services sociaux. Les deux hôpitaux ont travaillé de concert sur certains dossiers, dont les technologies de l'information et les services de soutien du type buanderie, tandis qu'ils se complètent sur d'autres points du fait de certaines spécialisations. Des sites ont été retenus — la cour Glen pour l'université McGill et le 6000 Saint-Denis pour l'Université de Montréal. L'aval du gouvernement est désormais nécessaire pour la poursuite des projets.
Les différents protagonistes se déclarent confiants, notamment du fait d'un discours prononcé par M. Charest, le 8 octobre dernier, à la tribune de la Chambre, dans lequel il déclarait le Parti libéral favorable à la construction des deux hôpitaux. Le signal gouvernemental donné, les phases de réalisation pourront s'enclencher pour mener non pas à la construction de «mégahôpitaux», mais d'hôpitaux adaptés aux besoins de notre société et orientés vers des soins de haute qualité.
Des bâtiments vénérables, dans certains cas proches de leur bicentenaire, tel est le cheptel de certains sites hospitaliers affiliés tant à l'Université de Montréal qu'à l'université McGill. En leurs murs, patients et professionnels s'unissent pour obtenir des soins de santé qui s'inspirent de la médecine moderne, voire de la médecine de demain. Le challenge est de taille. De trop grande taille!
Les infrastructures, certes appropriées aux soins prodigués il y a quelque 50 années, sont désormais obsolètes. Si les normes admettaient l'accueil de quatre patients ou plus par chambre, aujourd'hui l'évolution des connaissances et les modes de vie privilégient les chambres simples. La taille des salles d'opération est également inadaptée, comme le souligne M. Fuks: «Les locaux en usage deviennent trop exigus. En effet, la chirurgie nécessite désormais des équipements volumineux ainsi que plus d'intervenants afin de minimiser autant que possible les chirurgies invasives.» À titre d'exemple, la laparoscopie est devenue une intervention bénigne qui permet au patient de regagner son domicile dans la journée. Autre point, la dispersion des différents sites engendre des transports malaisés pour accéder aux différentes expertises médicales. Le bât blesse aussi en matière de circulation! Qui n'a pas joué au Petit Poucet en scrutant fiévreusement les flèches tracées au sol ou sur les murs pour se rendre aux services d'urgence ou de radiographie? En matière de formation et de recherche, le bilan n'est guère plus reluisant.
Perspective visionnaire
En quelques mots, les édifices actuels éclatent de toute part. Le temps des tergiversations n'est plus. Les équipes de planification représentant les deux projets ont écarté les interventions visant la rénovation des sites actuels. Outre le coût qui en aurait découlé, le résultat final ne répondait pas aux exigences liées à la mission des centres hospitaliers universitaires (CHU).
«Cette mission, indique Christiane Théberge, s'appuie sur quatre pôles, soit les soins à la population, l'enseignement, la recherche et enfin l'évaluation des technologies et modes d'intervention axée vers la promotion de la santé. Plus qu'un hôpital, il s'agit d'une véritable institution.» À la base de cette rigoureuse mise en équation se niche une perspective visionnaire afin de répondre aux besoins et d'intégrer les réalités nouvelles. Au-delà d'un simple déménagement, la pratique hospitalière est interrogée et dépasse l'attachement nostalgique à des sites désormais inadéquats. De plus, les projets n'ont pas été élaborés dans une perspective exclusive, mais au contraire selon une approche de réseaux intégrés où chaque élément externe possède sa place, tel que le souligne M. Fuks: «Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) constituera le noyau d'un réseau formé par les hôpitaux communautaires, les CLSC, les instituts de réhabilitation, etc.» Cette mise en réseau aura pour but d'assurer une continuité des services pour tous les patients.
Les deux CHU offriront une gamme de soins s'étalant du niveau I au niveau III, c'est-à-dire des services généraux aux soins ultraspécialisés, telle une transplantation de moelle osseuse. Toutefois, les soins de première ligne étant répandus sur l'ensemble du territoire québécois, ils seront circoncis au bassin de population locale de chaque site, tandis que les services ultraspécialisés seront disponibles pour toute la province. Les besoins en soins ont grandement évolué, influant sur l'infrastructure hospitalière. «Les soins de base exigent un nombre de lits toujours en régression contrairement aux soins intensifs», commente M. Fuks. En effet, les chirurgies d'un jour, grâce aux progrès cliniques et techniques, sont en hausse constante. Ainsi, par exemple, une intervention pour une cataracte sera menée en 20 minutes et permettra au patient de rentrer chez lui deux heures plus tard. Les projections menées par le SICHUM reflètent cette tendance: «Nous prévoyons, sur une base annuelle, environ 62 000 épisodes de soins, 30 000 chirurgies, 78 000 visites à l'urgence et plus de 400 000 patients en visite dans les cliniques ambulatoires.» Or, pour faire face à ces volumes, 853 lits devraient s'avérer suffisants.
Repenser le programme architectural
Cette nouvelle approche des soins interférera directement sur l'architecture des édifices, une architecture qui se devra d'être flexible pour suivre les évolutions des pratiques médicales. Ainsi, les aires destinées aux soins ambulatoires et aux chirurgies d'un jour seront davantage développées, tout en facilitant l'orientation des usagers. Des chambres simples recevront les patients et leur permettront d'être accompagnés par des parents pouvant leur prodiguer un soutien social et psychologique.
Cette mesure, dans un contexte d'épidémie, facilitera l'isolement des personnes concernées ou protégera les patients vulnérables aux infections, tels ceux suivant une chimiothérapie. Des systèmes d'aération améliorés auront également pour tâche de contrôler les agents pathogènes atmosphériques pour réduire les risques d'infection. Cette préoccupation revêt toute son importance au regard des bactéries multirésistantes qui se développent.
Les besoins en formation sont de plus en plus criants. Sans citer le manque de lieux dédiés à cet effet dans les bâtiments, les professionnels de la santé doivent faire face à un renouvellement rapide des pratiques et à un éventail de besoins toujours plus large. De plus, dès l'année prochaine, les effectifs étudiants seront révisés à la hausse pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre. Or, les CHU sont les pôles majeurs d'accueil des résidents en médecine. Ils procurent aux étudiants une exposition suffisante aux différentes spécialités et permettent de prévenir le nivellement par le bas.
«La chirurgie moderne, par exemple, engendre beaucoup de surspécialisations qui doivent faire l'objet non seulement d'une formation, mais également d'une mise en pratique», indique M. Fuks. Soins cliniques et formation sont intimement liés. «Tous les professionnels de la santé sont intégrés dans cette perpective, des infirmières aux ergothérapeutes en passant par les techniciens, qu'il s'agisse de formation initiale ou de formation continue», poursuit Christiane Théberge. Le patient lui-même ainsi que sa famille sont demandeurs d'informations. Ils doivent pouvoir accéder à une bibliothèque, à des services susceptibles de les accompagner dans cette démarche. Une meilleure compréhension de la maladie ou de la blessure influence directement les processus de rétablissement.
Centraliser la recherche
De forts coefficients de recherche caractérisent également les centres hospitaliers universitaires. Or, les cliniciens-scientifiques qui travaillent en équipes multidisciplinaires sont actuellement répartis dans plusieurs établissements. Leur concentration en un lieu ainsi que la proximité des unités de soins aux patients et des équipements technologiques appropriés permettront une meilleure interaction, propice à l'échange des idées. Cette synergie peut faire toute la différence quand les critères de temps deviennent cruciaux pour enrayer une épidémie, tel le syndrome respiratoire aigu sévère, plus connu sous l'acronyme SRAS.
La phase de planification des deux futurs centres hospitaliers est déjà achevée, des plans fonctionnels ont été livrés au ministère de la Santé et des Services sociaux. Les deux hôpitaux ont travaillé de concert sur certains dossiers, dont les technologies de l'information et les services de soutien du type buanderie, tandis qu'ils se complètent sur d'autres points du fait de certaines spécialisations. Des sites ont été retenus — la cour Glen pour l'université McGill et le 6000 Saint-Denis pour l'Université de Montréal. L'aval du gouvernement est désormais nécessaire pour la poursuite des projets.
Les différents protagonistes se déclarent confiants, notamment du fait d'un discours prononcé par M. Charest, le 8 octobre dernier, à la tribune de la Chambre, dans lequel il déclarait le Parti libéral favorable à la construction des deux hôpitaux. Le signal gouvernemental donné, les phases de réalisation pourront s'enclencher pour mener non pas à la construction de «mégahôpitaux», mais d'hôpitaux adaptés aux besoins de notre société et orientés vers des soins de haute qualité.
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