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Santé: La peau

24 mai 2003  Santé
J'explore l'utilisation des cinq sens en santé. Comment utilise-t-on la peau et le toucher pour soigner? Le massage thérapeutique, certes, et, tiens, le toucher thérapeutique dont m'a parlé un type qui venait de se soigner d'un cancer. Il a ajouté: «Tout le monde peut le faire. Moi, je pourrais le faire... » Je me suis sauvée. La magie est fascinante, mais un peu apeurante — le toucher thérapeutique est un transfert d'énergie, ce n'est pas de la magie, ça? Et comme on n'a pas toujours envie de se faire peur...

Mais voilà, un jour, la curiosité est plus forte que la peur et on commence à se demander comment ça fonctionne. Quand on apprend que des infirmières s'en mêlent... ça alors! Vérification faite, c'est de la fumée... ici, en tout cas. L'Ordre des infirmières n'empêche pas ses membres d'utiliser la technique du toucher thérapeutique comme médecine complémentaire mais, franchement, avec tout le travail qu'elles ont, elles n'en ont guère le temps.

Elles sont pourtant les mieux placées, les plus près des gens, et elles auraient une compassion naturelle. Enfin, certaines en ont, j'en ai été témoin. Permettez que je signale aussi des infirmières bêtes qui veulent avoir du pouvoir sur vous; on repassera pour la sensibilité. La maladie est un lieu de faiblesse et donc de pouvoir, n'est-ce pas? Pour vraiment aider, il faut un équilibre, une maturité et, oui, certainement, une capacité à sentir ce que vit l'autre, cette générosité altruiste résumée par la compassion.

Des massothérapeutes en ont, des infirmières en ont. C'est d'ailleurs une infirmière qui a théorisé le toucher thérapeutique, une Américaine de New York, Delores Krieger, qui l'a ensuite enseigné à l'université. Cela s'est ensuite rendu à l'université de Toronto, où on a établi le lien avec la mécanique quantique, rien de moins! (Voir le texte en référence au bas de la chronique.) Alors, ce toucher thérapeutique, comment ça marche?

Eh bien, on va devoir parler d'aura, ce flux énergétique qui entoure le corps de couleurs. La thérapeute qui vous impose les mains ne voit pas forcément votre aura mais elle placera ses mains très près de votre peau, à un pouce, voire à six pouces peut-être. Elle fait ainsi connaissance avec votre champ énergétique. Puis, elle se mettra à bouger les mains: c'est là que son art s'exerce. Elle pourra vous toucher, mais peut-être pas; en tout cas, on vous demandera la permission. Au bout d'une demi-heure, vous en sortirez soulagé, relaxé. Les os fracturés, l'arthrose, l'anxiété... vous aurez remis les pendules à l'heure. Les thérapeutes disent que votre corps recommence alors à se soigner.

Ésotérique? Non: holistique. Mystérieux, comme tout ce que nous n'installons pas dans nos repères cartésiens, peut-être. Fouillé cependant, étonnamment, par la docte science. La peau est un médium, et puissant à part ça, selon une récente étude française qui confirme que les nouveaux-nés en font le premier sens, avant la bouche, qui assure pourtant la survie. Ashley Montagu l'avait déjà montré: il parlait du sens à donner à la peau, expliquant à quel point toucher les bébés est important pour leur développement. La peau a une mémoire, elle est notre premier rempart, elle nous donne un accès constant à notre environnement. Elle nous offre le plaisir, elle exprime notre détresse en se gonflant de pustules ou en se desquamant. C'est un miroir et une porte d'entrée.

Les gens qui pratiquent le toucher thérapeutique affirment qu'on peut utiliser efficacement cette technique sur tout ce qui est vivant... à condition d'avoir l'intention de soigner. Et c'est là tout le mystère. Si le thérapeute pense à sa prochaine partie de golf, au film qu'il vient de voir, et qu'il impose ses mains en même temps, ça ne marche pas. C'est formidable, non? La pensée est un élément du toucher thérapeutique. L'énergie de la pensée.

Françoise La Mothe, une massothérapeute qui travaille entre autres avec des handicapés mentaux adultes, m'a déjà expliqué ça: même si le massage passe par la peau, ça rejoint quelque chose de plus profond que l'épiderme. Ça se passe au niveau de l'énergie.

Ses handicapés lui ont appris à avoir une approche directe, à faire confiance à son intuition et à ce qu'elle ressent. «C'est plus qu'une job, c'est une façon d'être. Mais si je faisais ça et que je me sentais vidée, je ne serais pas à ma place. C'est pour ça que certaines sont obligées de lâcher après un certain temps.»

Non seulement la thérapeute doit donner de l'énergie, mais si elle n'en reçoit pas, c'est dangereux. Et pour ajouter à cette indication de l'échange que représente tout travail thérapeutique sur la peau, Françoise ajoute que cette constatation l'a fait réfléchir à d'autres aspects de sa vie, à écouter ce qu'elle ressent et à y croire... Bon nombre d'entre nous aimeraient arriver à ce résultat: croire ce qu'on ressent! Je pense que les vrais thérapeutes, les guérisseurs, font nécessairement un travail sur eux-mêmes, un dépouillement émotionnel, ce ménage qui permet d'être disponible pour atteindre l'énergie de l'autre.

L'énergie, c'est un bien grand mystère... Nous accédons ici à la dimension spirituelle de l'acte thérapeutique. L'invisible est essentiel pour les yeux.

- À lire ou à relire: Ashley Montagu, La Peau et le toucher, un classique publié au Seuil.

vallieca@hotmail.com
 
 
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