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L'État négocie avec ses employés - Les infirmières rejettent les offres patronales

Salaires, création de postes à temps complet et recours au privé, tout est à réécrire

Louise-Maude Rioux Soucy   22 janvier 2010  Santé
Rien dans les dépôts patronaux, pas même une ligne, n'aura trouvé grâce aux yeux des déléguées de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Un non unanime, tant sur le plan salarial que sur les conditions de travail, qui s'ajoute à un grand cri du coeur contre le recours aux agences privées que la FIQ entend pourfendre jusque devant les tribunaux.

Réunies en conseil fédéral extraordinaire à Saint-Hyacinthe cette semaine, les déléguées ont clairement exprimé leur volonté de ne plus exercer leur métier dans les conditions actuelles. Celles-ci ont adopté un plan d'action qui propose «un virage obligé», avec à la clé une véritable réorganisation du travail.

Pour cela, il faut d'abord que Québec consente à octroyer des postes à temps complet à toutes les professionnelles, croit leur présidente, Régine Laurent. Présentement, une sur deux seulement y a droit. La FIQ vise au moins 90 %. «Cela permettrait de ramener notre monde dans le réseau public ou de l'y maintenir, de stabiliser les équipes de soins et de garder plus longtemps les 15 000 infirmières admissibles à la retraite d'ici trois à cinq ans.»

Cela permettrait aussi de couper l'herbe sous le pied aux agences privées, dont le personnel est de plus en plus présent dans le réseau public. «Si rien n'est fait pour freiner leur progression, dans cinq ans le gouvernement va être captif de ces agences», prédit Régine Laurent. Québec se défend pourtant bien de vouloir aller dans ce sens et affirme plutôt vouloir y mettre un terme.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, convient que le recours aux agences «crée de l'iniquité avec les infirmières du réseau, brise la stabilité des équipes et coûte plus cher, explique son attachée de presse, Karine Rivard. À terme, l'objectif est de ne plus avoir à faire appel à elles». Ce que le contexte de pénurie actuel «ne permet pas» actuellement.

Pour montrer sa bonne foi, Québec a demandé aux établissements de produire un plan de réduction du recours aux agences. Un exercice qui ne convainc pas la présidente de la FIQ. «Comment explique-t-on alors le fait que le ministère a aboli l'annexe C du budget des établissements qui permettait d'obtenir le détail du montant alloué pour acheter des services aux entreprises privées? Maintenant, il faut faire une demande d'accès à l'information pour y avoir accès.»

Sans oublier le fait que les établissements signent des ententes de trois à cinq ans avec les agences privées alors que leur budget est révisé annuellement, fait valoir Mme Laurent. «Le gouvernement lui-même — c'est écrit noir sur blanc dans un décret qu'il nous a imposé en 2005 — défend aux employeurs de déroger aux dispositions salariales, mais il permet le recours aux agences privées à des tarifs plus élevés. Ça lance un drôle de message.»
 
 
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