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Chirurgies: la garantie d'accès n'est pas toujours respectée

Louise-Maude Rioux Soucy   13 janvier 2010  Santé
Depuis 2007, aucun Québécois ne devrait avoir à attendre plus de six mois avant de se faire opérer pour la triade hanche-genou-cataracte. Or, il appert que la garantie d'accès instaurée par les libéraux n'est pas toujours respectée. De nouvelles données montrent que 1625 personnes patientaient depuis plus de six mois pour obtenir une telle chirurgie en novembre dernier. Pour certaines, cette situation est volontaire, mais pas pour les autres, qui font les frais d'une mauvaise gestion des listes d'attente.

En entrevue au Devoir, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, explique que le phénomène concerne une poignée de médecins qui n'ont pas encore parfaitement intégré le mécanisme de la garantie d'accès. «Sur environ de 1500 à 2000 médecins qui font de la chirurgie, j'en ai probablement entre 30 et 40 qui ont de trop grosses listes [d'attente]. C'est vraiment une minorité. Mais quand un docteur a 500 noms sur sa liste, ç'a un impact [sur les temps d'attente].»

Même si Québec s'est doté d'un système qui lui permet de faire une mise à jour quotidienne des listes d'attente, il lui est impossible de savoir quelle proportion de patients est prisonnière de ces grosses listes d'attente. Tout ce que peut dire le ministre, c'est que son ministère travaille en collaboration étroite avec ces 30 à 40 médecins pour alléger leur tâche et éviter que leurs patients ne dépassent les délais prescrits par la loi. «En général, ces gens-là collaborent. Le plus complexe, c'est de mettre en place la deuxième offre.»

Si un établissement réalise qu'il ne pourra pas opérer un patient à temps, il a en effet l'obligation de lui proposer d'autres options avant que les six mois ne se soient écoulés. Il doit d'abord essayer de lui assigner un autre de ses chirurgiens. Si cela est impossible, il doit le référer à un autre hôpital desservant sa région ou encore l'envoyer dans une autre région. Si toutes ces options échouent, l'opération peut également se faire dans un centre médical spécialisé (CMS).

Les patients ont toujours le choix d'accepter ou non cette deuxième offre. Étonnamment, près des deux tiers de ceux à qui on a offert une autre possibilité ont préféré rester fidèles à leur chirurgien. Cela ne surprend pas du tout le ministre Bolduc, qui explique que beaucoup de patients veulent être opérés par le chirurgien qui a leur confiance, même s'il leur faut pour cela attendre plus que les six mois prévus par la loi. «L'important, c'est qu'on offre le service à la personne qui veut être opérée. Après ça, c'est un choix personnel.»

Mais encore faut-il que cette deuxième offre soit faite. Or, si le réflexe est devenu naturel en plusieurs endroits au Québec, il n'est pas encore systématique dans 10 régions sur 16. Le ministère est conscient de ces disparités, qu'il attribue en partie au phénomène des grosses listes d'attente, mais aussi aux différents modes de gestion choisis par les établissements.

Malgré tout, le ministre de la Santé estime que le poids de ces écarts reste marginal sur l'ensemble du territoire Québec. «Quand on regarde les chiffres [de toutes les chirurgies confondues], on voit que le patient attend moins de temps pour être opéré. En tout, 93 % ont été opérés à l'intérieur de six mois, alors qu'avant [la garantie d'accès], les gens pouvaient attendre de deux à trois ans pour être opérés. Et 80 % le sont maintenant à l'intérieur de trois mois.»

Ces avancées sont le fruit d'une grande réorganisation des blocs opératoires au Québec, explique le ministre Bolduc. Plusieurs hôpitaux ont fait appel à la méthode Toyota pour augmenter leur productivité. À Pierre-Boucher par exemple, cette méthode a permis de faire passer de 7 à 14 le nombre de cataractes opérées par jour. «Beaucoup d'établissements ont augmenté leur production de 20 à 25 % comme ça.»


Disparités régionales

N'empêche que les régions ne sont pas toutes au diapason. Pour la cataracte par exemple, trois régions (Bas-Saint-Laurent, Chaudière-Appalaches et Lanaudière) obtiennent une note parfaite de 100 %. Dans les Laurentides toutefois, seuls 74 % des patients ont été opérés à l'intérieur des six mois réglementaires. Pour la hanche, sept régions sont sous la barre des 90 %, dont un maigre 61 % à Laval. Pour le genou, huit régions sont sous ce même seuil, dont Laval (57 %), la Côte-Nord (67 %) et la Capitale-Nationale (77 %).

Le ministre convient que des régions connaissent plus de difficultés, spécialement «à Laval, dans les Laurentides et à Montréal». Mais à son sens, ces disparités ne sont pas un phénomène territorial, mais plutôt un partage inégal des spécialités dans les régions. Un établissement en pénurie d'orthopédistes n'arrivera pas à tenir la même cadence et «il faut s'attendre à ce que ses listes d'attente soient plus longues jusqu'à ce qu'il recrute de nouveaux spécialistes», illustre Yves Bolduc.

La pénurie de spécialistes explique aussi en partie la fragilité des acquis d'une année à l'autre. Si globalement le taux de chirurgies réalisées en moins de six mois a légèrement grimpé en 2009, passant de 90 à 93 % en un an, le portrait régional, lui, s'est assombri pour certaines chirurgies. En 2008, quatre régions étaient sous la barre des 90 % pour la hanche, contre sept en 2009. Idem pour le genou, qui est passé de six à huit régions sous les 90 %.

Un autre facteur explique ce recul, fait valoir le ministre. «En 2008, plusieurs patients attendaient depuis plus de six mois, et comme ils ont été opérés en 2009, ce sont eux qui viennent [tirer les statistiques vers le bas].» La situation devrait être différente en 2010, puisque Québec a depuis épuré ses listes pour en retirer tous ceux qui avaient volontairement refusé d'être opérés à trois reprises et distordaient inutilement les statistiques.

***
Le détail par région et par établissement est disponible sur le site du ministère au wpp01.msss.gouv.qc.ca/appl/g74web/default.asp?act=F
 
 
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