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    Procréation assistée - Le réseau public appelé en renfort

    7 janvier 2010 |Louise-Maude Rioux Soucy | Santé
    Une technicienne observe au microscope la division cellulaire d’un embryon au cours d’un programme de procréation médicale.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Une technicienne observe au microscope la division cellulaire d’un embryon au cours d’un programme de procréation médicale.
    Québec entend amener les services de procréation médicalement assistée dans le giron du réseau public. Le Devoir a en effet appris que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a demandé aux quatre grands hôpitaux universitaires de développer une offre de service en ce sens. Une initiative ambitieuse, accueillie avec scepticisme et inquiétude par ce milieu ultraspécialisé, qui œuvre principalement en cliniques privées.

    En s'engageant l'an dernier à rembourser jusqu'à trois traitements de fécondation in vitro, Québec a sciemment fait le choix de se doter d'un système universel, explique le Dr Michel Bureau, directeur général des services de santé et de la médecine universitaire au MSSS. «Or, quand l'État québécois développe un système universel, il est normal qu'il soit d'abord niché dans le réseau public.»

    Présentement, seul le Centre universitaire de santé McGill possède une telle expertise dans le réseau public. Environ 1100 fécondations in vitro (FIV) y sont pratiquées annuellement selon un système hybride public-privé où la patiente doit payer pour les services obtenus. Rien de tel n'existe dans les autres établissements universitaires où tout reste donc à bâtir: depuis les infrastructures jusqu'aux laboratoires en passant par l'embauche de personnel spécialisé comme des embryologistes, des endocrinologues ou des infirmières spécialisées.

    L'investissement sera très important, convient d'ores et déjà le Dr Bureau, qui refuse toutefois de le chiffrer, sinon pour dire qu'il sera «très coûteux». Mais il assure qu'il est nécessaire si Québec veut assurer la pérennité d'un programme qui risque de faire face à une demande exponentielle une fois la gratuité installée. «La procréation assistée coûte cher. Les chiffres varient présentement entre 15 000 $ et 50 000 $ dépendant du nombre de tentatives et de l'endroit où elles sont faites.»

    Le ministère s'attend par conséquent à ce que les couples infertiles soient de deux à quatre fois plus nombreux à tenter leur chance. «On devrait passer de 2500 FIV par année à 10 000 en 2013. Ni le système public ni le système privé ne sont capables de répondre à cela présentement», croit le Dr Bureau.

    Pas d'accord, réplique le Dr François Bissonnette, médecin à la clinique OVO et chef du service d'endocrinologie de la reproduction et infertilité au CHUM. À son sens, les cliniques privées ont les reins assez solides pour répondre à une demande croissante, et ce, dès maintenant. Une offre de service conjointe des cliniques privées a d'ailleurs été soumise au MSSS, qui a choisi de ne pas y donner suite.

    Pour le Dr Bissonnette, ce refus n'est pas sans conséquence pour ceux qui attendent la gratuité pour réaliser leur rêve de devenir parents. Une gratuité promise pour 2009 par le gouvernement Charest, mais qui ne sera pas en vigueur tant et aussi longtemps que les deux règlements associés à la loi 26 — qui vise essentiellement à encadrer la pratique des cliniques privées de fertilité — ne seront pas publiés. «Franchement, je suis inquiet de voir que l'on essaie de mettre sur pied un réseau qui n'existe pas pendant que des parents attendent sur une liste d'attente sans échéancier des services que nous pourrions leur offrir demain matin. C'est cruel.»

    Ce choix est d'autant plus mal avisé selon lui que les cliniques privées sont bien mieux armées que le public pour offrir ce service. «Pourquoi insister pour construire à fort coût ce qui existe déjà dans les cliniques privées? Tout est performant, validé. Et à des coûts très raisonnables, moindres qu'au public selon ce que j'ai pu voir dans les plans d'affaires des établissements, qui prévoient charger de 30 à 40 % plus cher.»

    Sans oublier la difficulté de mettre la main sur une main-d'oeuvre spécialisée en ces temps de pénurie, rappelle le Dr Bissonnette. «Il ne faudrait pas penser qu'il suffit d'investir dans des clous et des vis, ça, c'est la partie facile. Le réseau public manque de médecins et d'infirmières dans ses urgences. Comment Québec pense-t-il pouvoir trouver le personnel pour faire rouler ses nouvelles unités?»

    Aucune inquiétude, répond le Dr Bureau. «Une demi-douzaine de spécialistes sont en formation. Et on va aussi pouvoir en phagocyter, c'est-à-dire en importer, spécialement en France et en Belgique. Les centres hospitaliers universitaires sont déjà là-dessus.»

    Le ministère est néanmoins conscient que sa réforme suscite des inquiétudes dans les cliniques privées. Des inquiétudes qu'il estime non fondées. Le Dr Bureau affirme avoir rencontré chacune d'entre elles pour leur promettre que leurs acquis seront «protégés». Le réseau privé sera même appelé à croître, «de 50 % et peut-être même plus», calcule le Dr Bureau. «Ce sera un partenariat comme il y en a un en radiologie, où le public offre la majorité des services avec du privé en appoint. En 2012-13, on peut penser que 75 % des services seront offerts au public et le reste au privé.»

    Et aux couples qui s'impatientent, le ministère promet que les choses vont bouger. Les deux règlements qui permettront à la loi 26 de s'ancrer dans la réalité sont déjà écrits et seraient à l'heure actuelle en révision. Le système devrait donc pouvoir se mettre en branle dans la première moitié de 2010, a indiqué le Dr Bureau. Une information corroborée par le cabinet du ministre de la Santé, Yves Bolduc.












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