Cancer du sein - Un doute s'installe...
Le décès prématuré de la chanteuse Lhasa de Sela, infortunée perdante d'un combat contre le cancer du sein, attriste et surprend. Il déroute, notamment en raison de son jeune âge. Elle n'avait que 37 ans.
Voilà un visage connu qui soudainement émerge des traditionnelles statistiques jalonnant le cancer. Les avancées médicales, en matière de dépistage, diagnostic et traitement, ont permis de réduire le taux de mortalité de ce cancer, mais il fauche chaque année la vie de 5000 Canadiennes. Il s'agit du cancer le plus courant chez la femme; il demeure le plus dévastateur chez les plus jeunes.
Combinée à la disparition d'une artiste chouchoute, une toute nouvelle recommandation médicale américaine sur un dépistage plus précoce du cancer du sein sème le doute: le Québec, qui suggère la mammographie aux femmes de 50 ans et plus, opte-t-il véritablement pour la prévention la plus efficace?
Malheureusement, il est permis d'en douter. Les récents égarements dans le dossier des analyses erronées nous enseignent que: A) les consensus sont rares dans la contrée médicale, et qu'une étude peut tout à fait en contrecarrer une autre, sur le même sujet, laissant les patients pantois et désemparés; B) la direction politique encore trop confuse au ministère de la Santé n'a rien de rassurant pour la population, qui connaît la pugnacité du cancer; C) l'absence de normes claires et consensuelles crée un flou dans lequel se perdent même les médecins, qui ne réagiraient pas tous de la même manière devant le même cas médical. Bref, pas de quoi être parfaitement apaisés.
La toute dernière recommandation de l'American College of Radiology encourage donc la mammographie à compter de 40 ans (16 % des victimes de ce cancer sont âgées de 40 à 49 ans). Le Québec, lui, attend le sacro-saint consensus médical pour changer son fusil d'épaule; à ce jour, l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS) juge que les bénéfices du dépistage précoce ne sont pas suffisamment élevés.
L'agence énumère quelques inconvénients, qui pèsent — trop? — lourd dans la balance: la création d'anxiété néfaste chez les femmes examinées, de même que les risques associés à l'émission de radiations. L'argument le plus solide semble toutefois celui associé aux coûts, qu'un réseau de santé public comme celui du Québec doit en effet prendre en considération sans toutefois en faire une obsession... maladive.
En sommes-nous réduits à croiser les doigts et à fermer les yeux, espérant que notre système médical ait opté pour la bonne loterie-santé? Osons souhaiter qu'avec l'arrivée de technologies plus fines, telle la mammographie numérique, le dépistage se perfectionne. Exigeons aussi d'être convaincus que le premier argument guidant les recommandations médicales n'est pas celui des coûts, mais bien celui de la santé.
***
machouinard@ledevoir.com
Voilà un visage connu qui soudainement émerge des traditionnelles statistiques jalonnant le cancer. Les avancées médicales, en matière de dépistage, diagnostic et traitement, ont permis de réduire le taux de mortalité de ce cancer, mais il fauche chaque année la vie de 5000 Canadiennes. Il s'agit du cancer le plus courant chez la femme; il demeure le plus dévastateur chez les plus jeunes.
Combinée à la disparition d'une artiste chouchoute, une toute nouvelle recommandation médicale américaine sur un dépistage plus précoce du cancer du sein sème le doute: le Québec, qui suggère la mammographie aux femmes de 50 ans et plus, opte-t-il véritablement pour la prévention la plus efficace?
Malheureusement, il est permis d'en douter. Les récents égarements dans le dossier des analyses erronées nous enseignent que: A) les consensus sont rares dans la contrée médicale, et qu'une étude peut tout à fait en contrecarrer une autre, sur le même sujet, laissant les patients pantois et désemparés; B) la direction politique encore trop confuse au ministère de la Santé n'a rien de rassurant pour la population, qui connaît la pugnacité du cancer; C) l'absence de normes claires et consensuelles crée un flou dans lequel se perdent même les médecins, qui ne réagiraient pas tous de la même manière devant le même cas médical. Bref, pas de quoi être parfaitement apaisés.
La toute dernière recommandation de l'American College of Radiology encourage donc la mammographie à compter de 40 ans (16 % des victimes de ce cancer sont âgées de 40 à 49 ans). Le Québec, lui, attend le sacro-saint consensus médical pour changer son fusil d'épaule; à ce jour, l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS) juge que les bénéfices du dépistage précoce ne sont pas suffisamment élevés.
L'agence énumère quelques inconvénients, qui pèsent — trop? — lourd dans la balance: la création d'anxiété néfaste chez les femmes examinées, de même que les risques associés à l'émission de radiations. L'argument le plus solide semble toutefois celui associé aux coûts, qu'un réseau de santé public comme celui du Québec doit en effet prendre en considération sans toutefois en faire une obsession... maladive.
En sommes-nous réduits à croiser les doigts et à fermer les yeux, espérant que notre système médical ait opté pour la bonne loterie-santé? Osons souhaiter qu'avec l'arrivée de technologies plus fines, telle la mammographie numérique, le dépistage se perfectionne. Exigeons aussi d'être convaincus que le premier argument guidant les recommandations médicales n'est pas celui des coûts, mais bien celui de la santé.
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