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    Grippe A(H1N1) - Plus de peur que de mal

    En période de pandémie, la démesure a-t-elle meilleur goût que la passivité? La question, qui tourmente la France en plein raz-de-marée politique, est pertinente pour tous les gouvernements, y compris celui du Québec. Retour sur une pandémie.

    Elle a trôné au sommet de tous les bilans de 2009, partout associée à une épreuve ayant causé plus de peur que de mal: la grippe A(H1N1). La crise sanitaire appréhendée a cédé le pas, en France par exemple, à une impasse politique, les uns accusant les autres d'avoir joué avec démesure la carte de l'épouvante, laissant derrière des millions de vaccins inutilisés, un mince filet de population immunisé et une facture astronomique.

    Au Québec, on s'enorgueillit du taux de vaccination qui figurerait parmi les plus élevés au monde, seule la Suède ayant prémuni 60 % de sa population (au Québec, ce pourcentage s'élève à 57 %). Depuis le printemps, lorsque l'Organisation mondiale de la santé a décrété l'état de pandémie, la gestion de cette crise s'est opérée en direct. On peut désormais dire que ce virus, moins agressif qu'on ne l'avait d'abord cru, ne causera aucune hécatombe.

    Un peu partout sur le globe, en certains points bien davantage que d'autres, des vaccins dorment en entrepôt, et les gouvernements doivent justifier des achats massifs, en apparence impulsifs, et de puissantes campagnes de publicité surfant sur des ingrédients tels la peur. Cette semaine, Québec doit dresser son premier inventaire: il a estimé les coûts de l'opération pandémie à quelque 200 millions de dollars, mais seul le détail de la facture permettra de vérifier si cette estimation n'était pas... famélique.

    Déjà, comme l'évoquait hier Le Devoir, certaines pertes difficiles à quantifier font surface, ce qui compliquera d'autant l'exercice final de calcul. Ainsi, l'obligation pour certains CSSS de tronçonner des services pour atteindre l'équilibre budgétaire — le soutien à domicile, par exemple — doit s'ajouter au rang des dommages. Il s'agit d'un effet secondaire que le ministère de la Santé ne peut ignorer. D'autres sont à prévoir.

    Avons-nous bassement succombé à un effet panique? La France, qui a réussi in extremis à résilier une partie des commandes de 94 millions de vaccins prévus au départ (seuls 8 % des 63 millions de Français ont tendu le bras pour la célèbre piqûre), s'agite autour de cette question. Des médecins — très sceptiques quant à l'utilité du vaccin dès les premiers temps de la campagne française — dénoncent la posture d'exagération adoptée par les autorités, qui n'auraient agi par excès de précaution que pour se prémunir d'éventuelles représailles.

    L'interrogation qui secoue la France est pertinente. L'action préventive a-t-elle été poussée à une limite extrême? Il est aisé, une fois la menace (presque) envolée, d'accuser les responsables de ces volumineuses campagnes d'avoir dramatisé. Le scénario eût-il été contraire que la politique de l'inaction aurait été taillée en pièces, et encore bien davantage. Devant le caractère inédit de cette pandémie évoluant littéralement en direct — ce qui compliquait d'autant son analyse scientifique —, les autorités ont peut-être opté pour la politique du «trop», préférant prendre le risque de pertes financières plutôt qu'humaines.

    Si la campagne de peur n'a pas fait vibrer les Français, les Québécois, eux, ont massivement répondu à l'appel. Les médias, force est de le reconnaître humblement, ont abusé, à leur traditionnelle manière, de cette dimension sensationnelle. On s'en rappelle: avant l'assurance politique des dernières semaines, une certaine confusion régnait, alimentant le climat d'inquiétude: la population fut d'abord sceptique, puis on parla de pénurie de doses avant même leur disponibilité, on craignit ensuite l'avance du virus sur le vaccin, puis on appela à un certain sens de la solidarité et à une dose d'altruisme pour inciter les gens à se protéger, non pas pour eux, mais pour les autres. Par rapport à l'agitation panique des premiers temps, les dernières semaines offrent le portrait d'une population rangée, docile et solidaire.

    Les vrais bilans devront retourner à 2003, quand le SRAS fit trembler le monde, puis à 2005, où une menace de grippe aviaire a aussi ébranlé les troupes. Devant l'insolite A(H1N1), avons-nous appris des expériences du passé, elles aussi jouées en mode panique? Tentés de succomber à l'agitation populaire, voire à en tirer un certain profit, les gouvernements doivent en temps de crise demeurer solides, transparents et prudents. Cette dernière secousse, sur laquelle espérons-le on pourra tirer bientôt un trait, est riche en enseignements.

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    machouinard@ledevoir.com












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