La seringue du vaccin
Piqûre de masse pour grande frousse planétaire
Photo : Agence Reuters Luke Mac Gregor
Seringue
En cette année de grande frousse pandémique, pas un continent n'aura échappé à la pointe acérée de la seringue, symbole par excellence des peurs et des doutes semés par le surmédiatisé virus de la grippe A(H1N1), qui a fait jusqu'à présent un peu plus de 11 500 morts sur la planète. Mais, au-delà des ouille, ouch et autre aïe, aïe, aïe de circonstance, on retiendra que la fine aiguille aura divisé le monde en deux camps bien campés sur leur position respective.
Avec sa pointe effilée, la seringue n'aura pas que percé des peaux. Elle aura aussi troué le tissu social en inoculant la bisbille au sein des collectivités touchées. Passe-droits, délation et autres coups de gueule auront ponctué la vaccination de masse, ici comme ailleurs. Et pas que dans les files d'attente et autour de la table familiale. Le débat aura aussi fait rage sur toutes les tribunes qui ont été prises d'assaut par les antivaccinations de toutes obédiences, des plus pragmatiques aux catastrophistes adeptes des théories du grand complot mondial.
Les politiciens, toutes allégeances confondues, ont répondu à leurs doutes par l'image en retroussant leurs manches. Littéralement parlant. On les a vus en direct, biceps au vent, recevoir tout sourire l'injection controversée. Le tout ponctué de discours aux accents paternalistes, certains n'hésitant pas à rappeler la mort d'un jeune garçon, «qui aurait pu être le leur», et devenu malgré lui l'incarnation du pire dont est capable le H1N1.
D'abord signalée au Mexique, celle qu'on a baptisée grippe porcine, puis plus prosaïquement grippe A(H1N1), a été décrétée pandémique le 11 juin dernier. Elle a depuis fait son nid dans 208 pays. Et même si elle n'a pas causé l'hécatombe annoncée, cette grippe aura quand même provoqué une mortalité inhabituelle chez des sujets jeunes, dont certains étaient en excellente santé. Au Québec, 80 personnes sont mortes des suites du H1N1 depuis le 30 août dernier. Parmi elles, la moitié avaient moins de 60 ans, dont cinq n'avaient pas l'âge de raison.
Crier au loup
D'autres décès pourraient encore survenir, insiste Québec, qui refuse de tirer quelque conclusion que ce soit avant la fin de cette seconde vague. Tout au plus convient-on que le virus est moins virulent que prévu. De combien? Bien malin qui le dira. Certaines estimations suggèrent que le H1N1 n'est pas plus mortel que la grippe saisonnière. D'autres avancent plutôt qu'il l'est légèrement plus. Mais, avec un peu plus de 11 500 morts, le H1N1 se classe loin derrière les trois pandémies du siècle dernier, dont la plus terrible, la grippe espagnole de 1918, aurait fait entre 40 et 50 millions de morts.
Pour les détracteurs du vaccin, ces statistiques faméliques ne justifient en rien l'orgie de milliards dépensés dans le monde pour faire face à la première pandémie du XXIe siècle. À 8 $ la dose, le Canada aura dépensé 400 millions seulement en vaccins. À lui seul, le Québec aurait déjà versé 200 millions pour alimenter ses centres de vaccination de masse. Du véritable gaspillage aux yeux de plusieurs, qui accusent les hommes politiques d'avoir inutilement crié au loup pour un virus qui n'aura jamais atteint le potentiel meurtrier tant redouté.
Mais, pour les familles à qui le H1N1 a ouvert la porte à la Grande Faucheuse, ces statistiques justifient pleinement les efforts colossaux engagés jusqu'ici. Les autorités responsables de la santé publique pensent de la même manière. D'autant qu'il est encore trop tôt pour clore le dossier, prévenait encore la semaine dernière l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en précisant que le virus se propage toujours à des «niveaux élevés» dans l'hémisphère nord. «C'est un virus dont on ne pense pas qu'il va disparaître soudainement», avait alors dit son conseiller spécial, le Dr Keiji Fukuda, qui craint une résurgence d'activité au début de 2010 et, par la même occasion, une mutation qui le rendrait plus virulent.
Mince consolation, les Québécois seront parmi les mieux armés pour y faire face, eux dont la couverture vaccinale (près de 57 %) figure parmi les plus étendues dans le monde. Rétrospectivement, malgré ses débuts cahotants, la campagne de prévention et d'immunisation contre le H1N1 aura été un succès riche en enseignements, conviennent le Collège des médecins du Québec (CMQ) et l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).
D'autres dossiers
Mais, si la grippe leur paraît «parfaitement incontournable» à l'heure des bilans de fin d'année, elle ne doit pas pour autant éclipser d'autres temps forts en santé. Au premier chef, les ententes de mobilité de la main-d'oeuvre en santé conclues avec le reste du Canada et la France, qui font «enfin entrer le Québec de plain-pied dans la mondialisation», rappelle le p.d.-g. du Collège, le Dr Yves Lamontagne.
Sans oublier le bourdonnement médiatique ayant entouré les infirmières praticiennes, ces superinfirmières qui apparaissent de plus en plus comme le chaînon manquant capable d'insuffler une nouvelle énergie à notre système sous perfusion. Une perception partagée partout sauf en haut lieu, où on tarde encore à leur faire une place, se désole la présidente de l'OIIQ, Gyslaine Desrosiers. «On attend toujours le plan de déploiement promis par Québec.» Même frustration du côté du Collège des médecins, où les superinfirmières sont attendues avec impatience. Le Dr Lamontagne trouve d'ailleurs le Québec bien frileux sur le plan des activités partageables.
L'année 2009 aura aussi été celle de plusieurs dossiers explosifs qui auront mis en lumière les difficultés du ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, à éteindre des feux et à imposer ses vues. Tests erronés en pathologie du cancer du sein, tempête autour des conditions de pratique des interruptions volontaires de grossesse, rapports accablants contre les PPP en santé sont autant de sujets qui auront égratigné durablement son image.
Deux dossiers complexes seront enfin à suivre en 2010. Mme Desrosiers cite la loi 21 qui vient encadrer la psychothérapie, «une pièce législative majeure», qui aura «sans doute un impact certain sur le réseau de la santé et sur la population». Le Dr Lamontagne retient pour sa part la transformation de la médecine de famille en une médecine spécialisée, une transition destinée à redonner son lustre à une pratique de plus en plus désertée. Tout cela, avec la menace d'une hypothétique troisième vague de grippe A(H1N1) au-dessus de nos têtes...
Avec sa pointe effilée, la seringue n'aura pas que percé des peaux. Elle aura aussi troué le tissu social en inoculant la bisbille au sein des collectivités touchées. Passe-droits, délation et autres coups de gueule auront ponctué la vaccination de masse, ici comme ailleurs. Et pas que dans les files d'attente et autour de la table familiale. Le débat aura aussi fait rage sur toutes les tribunes qui ont été prises d'assaut par les antivaccinations de toutes obédiences, des plus pragmatiques aux catastrophistes adeptes des théories du grand complot mondial.
Les politiciens, toutes allégeances confondues, ont répondu à leurs doutes par l'image en retroussant leurs manches. Littéralement parlant. On les a vus en direct, biceps au vent, recevoir tout sourire l'injection controversée. Le tout ponctué de discours aux accents paternalistes, certains n'hésitant pas à rappeler la mort d'un jeune garçon, «qui aurait pu être le leur», et devenu malgré lui l'incarnation du pire dont est capable le H1N1.
D'abord signalée au Mexique, celle qu'on a baptisée grippe porcine, puis plus prosaïquement grippe A(H1N1), a été décrétée pandémique le 11 juin dernier. Elle a depuis fait son nid dans 208 pays. Et même si elle n'a pas causé l'hécatombe annoncée, cette grippe aura quand même provoqué une mortalité inhabituelle chez des sujets jeunes, dont certains étaient en excellente santé. Au Québec, 80 personnes sont mortes des suites du H1N1 depuis le 30 août dernier. Parmi elles, la moitié avaient moins de 60 ans, dont cinq n'avaient pas l'âge de raison.
Crier au loup
D'autres décès pourraient encore survenir, insiste Québec, qui refuse de tirer quelque conclusion que ce soit avant la fin de cette seconde vague. Tout au plus convient-on que le virus est moins virulent que prévu. De combien? Bien malin qui le dira. Certaines estimations suggèrent que le H1N1 n'est pas plus mortel que la grippe saisonnière. D'autres avancent plutôt qu'il l'est légèrement plus. Mais, avec un peu plus de 11 500 morts, le H1N1 se classe loin derrière les trois pandémies du siècle dernier, dont la plus terrible, la grippe espagnole de 1918, aurait fait entre 40 et 50 millions de morts.
Pour les détracteurs du vaccin, ces statistiques faméliques ne justifient en rien l'orgie de milliards dépensés dans le monde pour faire face à la première pandémie du XXIe siècle. À 8 $ la dose, le Canada aura dépensé 400 millions seulement en vaccins. À lui seul, le Québec aurait déjà versé 200 millions pour alimenter ses centres de vaccination de masse. Du véritable gaspillage aux yeux de plusieurs, qui accusent les hommes politiques d'avoir inutilement crié au loup pour un virus qui n'aura jamais atteint le potentiel meurtrier tant redouté.
Mais, pour les familles à qui le H1N1 a ouvert la porte à la Grande Faucheuse, ces statistiques justifient pleinement les efforts colossaux engagés jusqu'ici. Les autorités responsables de la santé publique pensent de la même manière. D'autant qu'il est encore trop tôt pour clore le dossier, prévenait encore la semaine dernière l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en précisant que le virus se propage toujours à des «niveaux élevés» dans l'hémisphère nord. «C'est un virus dont on ne pense pas qu'il va disparaître soudainement», avait alors dit son conseiller spécial, le Dr Keiji Fukuda, qui craint une résurgence d'activité au début de 2010 et, par la même occasion, une mutation qui le rendrait plus virulent.
Mince consolation, les Québécois seront parmi les mieux armés pour y faire face, eux dont la couverture vaccinale (près de 57 %) figure parmi les plus étendues dans le monde. Rétrospectivement, malgré ses débuts cahotants, la campagne de prévention et d'immunisation contre le H1N1 aura été un succès riche en enseignements, conviennent le Collège des médecins du Québec (CMQ) et l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).
D'autres dossiers
Mais, si la grippe leur paraît «parfaitement incontournable» à l'heure des bilans de fin d'année, elle ne doit pas pour autant éclipser d'autres temps forts en santé. Au premier chef, les ententes de mobilité de la main-d'oeuvre en santé conclues avec le reste du Canada et la France, qui font «enfin entrer le Québec de plain-pied dans la mondialisation», rappelle le p.d.-g. du Collège, le Dr Yves Lamontagne.
Sans oublier le bourdonnement médiatique ayant entouré les infirmières praticiennes, ces superinfirmières qui apparaissent de plus en plus comme le chaînon manquant capable d'insuffler une nouvelle énergie à notre système sous perfusion. Une perception partagée partout sauf en haut lieu, où on tarde encore à leur faire une place, se désole la présidente de l'OIIQ, Gyslaine Desrosiers. «On attend toujours le plan de déploiement promis par Québec.» Même frustration du côté du Collège des médecins, où les superinfirmières sont attendues avec impatience. Le Dr Lamontagne trouve d'ailleurs le Québec bien frileux sur le plan des activités partageables.
L'année 2009 aura aussi été celle de plusieurs dossiers explosifs qui auront mis en lumière les difficultés du ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, à éteindre des feux et à imposer ses vues. Tests erronés en pathologie du cancer du sein, tempête autour des conditions de pratique des interruptions volontaires de grossesse, rapports accablants contre les PPP en santé sont autant de sujets qui auront égratigné durablement son image.
Deux dossiers complexes seront enfin à suivre en 2010. Mme Desrosiers cite la loi 21 qui vient encadrer la psychothérapie, «une pièce législative majeure», qui aura «sans doute un impact certain sur le réseau de la santé et sur la population». Le Dr Lamontagne retient pour sa part la transformation de la médecine de famille en une médecine spécialisée, une transition destinée à redonner son lustre à une pratique de plus en plus désertée. Tout cela, avec la menace d'une hypothétique troisième vague de grippe A(H1N1) au-dessus de nos têtes...
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