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Les enjeux éthiques de la pandémie de grippe A(H1N1)

Il faut définir des critères précis, basés sur des valeurs sociales acceptables et expliquer ensuite ces choix avec le plus de transparence possible

Membres de la Commission de l'éthique de la science et de la technologie (CEST)  23 novembre 2009  Santé
Compte tenu des quantités limitées de vaccins, les autorités publiques ont dû choisir des cibles prioritaires et elles ont décidé de vacciner d’abord les personnes les plus vulnérables.
Photo : Agence Reuters Miro Kuzmanovic
Compte tenu des quantités limitées de vaccins, les autorités publiques ont dû choisir des cibles prioritaires et elles ont décidé de vacciner d’abord les personnes les plus vulnérables.
Organisme-conseil auprès du gouvernement du Québec, la Commission de l'éthique de la science et de la technologie (CEST) a aussi le mandat de promouvoir la réflexion éthique auprès de la population. Cette réflexion permet d'éclairer les enjeux et de préciser les valeurs qui justifient les choix individuels et collectifs.

La campagne actuelle de vaccination massive en réponse à la pandémie mondiale de la grippe A(H1N1) soulève bien des doutes et des critiques dans la population. La CEST y voit l'occasion de rappeler certains enjeux sur le plan de l'éthique.

D'un point de vue général, toute campagne de vaccination fait intervenir les valeurs suivantes:

- la protection de la santé qui appelle les autorités à protéger la population et les individus à ne pas mettre en danger la santé des autres;

- l'autonomie et la liberté des personnes quant au choix de se faire vacciner ou non;

- le droit à l'information, qui demande que l'on informe la population sur la maladie, les effets du vaccin et les raisons qui ont motivé les décisions prises par les autorités.

Toutefois, l'enjeu majeur soulevé par la liste de priorités de certaines catégories de personnes est celui de l'équité. Lorsque les ressources sont limitées, comme c'est le cas actuellement, il faut se résoudre à donner priorité à certains groupes au sein de la population. Cela interpelle des valeurs supplémentaires comme:

- l'égalité, qui consiste à ne donner aucun passe-droit, mais qui pourrait aussi signifier que l'on vaccine sur la base du premier arrivé, premier servi;

- la solidarité, qui demande que chacun respecte les priorités établies.

Compte tenu des quantités limitées de vaccins, les autorités publiques ont dû choisir des cibles prioritaires et elles ont décidé de vacciner d'abord les personnes les plus vulnérables (femmes enceintes, jeunes enfants, malades chroniques, etc.). Elles ont donc privilégié l'équité (donner à chacun selon ses besoins) plutôt que l'égalité (premier arrivé, premier servi), en retenant comme critère la vulnérabilité des individus au virus. C'est ce critère qui a permis d'établir la liste de priorités.

On comprend aussi que les travailleurs de la santé aient été vaccinés en premier, à cause de leur rôle essentiel dans la campagne en cours et de leur proximité par rapport aux malades éventuels. Fallait-il étendre cette protection aux familles des infirmières, aux membres des CA des fondations hospitalières, aux chanteurs populaires et aux joueurs de hockey?

Des questions qui demeurent

D'autres questions restent en suspens, par exemple: sur quoi s'appuie la priorité accordée aux jeunes si les statistiques démontrent que les personnes âgées, moins touchées par la grippe, sont cependant plus à risque de complications graves? Fallait-il obliger tous les gens à se déplacer dans les centres de vaccination? En quoi est-il plus efficace de transporter les élèves en autobus que de les vacciner dans leur milieu scolaire?

Un autre enjeu important est celui du droit du public à l'information. Les autorités publiques n'ont peut-être pas été aussi transparentes qu'elles l'auraient pu et leurs réponses, pourtant abondantes, ont semblé souvent contradictoires. Or, l'information a un impact direct sur la perception que se fait la population de la vulnérabilité au virus. Et la perception, on le sait, compte parfois plus que la réalité. Certains groupes de personnes considèrent faire l'objet d'une discrimination fondée sur l'âge.

D'autres s'interrogent: si les jeunes adultes en bonne santé sont les plus touchés par le virus, pourquoi n'ont-ils pas été vaccinés en premier? Si le personnel des hôpitaux constitue une catégorie prioritaire, pourquoi pas les enseignants du secondaire, en contact permanent avec les jeunes?

En accordant la priorité aux valeurs d'équité, de protection des personnes vulnérables, de santé et de sécurité publique et de solidarité, on a inévitablement repoussé d'autres valeurs au second plan. Choisir oblige à établir une priorité entre les valeurs en présence.

Il faut donc faire ces choix après réflexion et non par automatisme, favoritisme ou populisme. Il faut définir des critères précis, basés sur des valeurs sociales acceptables et expliquer ensuite ces choix avec le plus de transparence possible. L'éthique, une démarche de réflexion continue, ne recommande pas autre chose, des décideurs comme des citoyens.

***

Sont membres de la CEST Édith Deleury, Patrick Beaudin, Pierre Deshaies, Hubert Doucet, Benoît Gagnon, Mariette Gilbert, Jacques T. Godbout, Françoise Guénette, Patrice K. Lacasse, Maryse Lessard, Dany Rondeau, Bernard Sinclair-Desgagné, Eliana Sotomayor.
 
 
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    lundi 23 novembre 2009 13h18
    Vaccination -éthique-
    L'analyse des critères que vous énumérez m'amène à donner une cote élevée aux autorités , mais je me demande si l'autonomie et la liberté des personnes n'ont pas aussi à être balisées par l'éthique ou le civisme. A ce sujet, le comportement d'un grand nombre de personnes ( 40à 50% ne se feraient pas vaciner ) m'apparait influenceé plus par l'individualisme que par le civisme

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