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    En santé, point à la ligne

    Entre mal-être, maladies terminales ou imaginaires, thérapies au bout des doigts

    Josée Blanchette
    20 novembre 2009 |Josée Blanchette | Santé | Chroniques
    Élise Guilbault incarne Jeanne, une urgentologue expatriée en région, dans le film La Donation. Cette leçon d’humanisme remet les émotions dans la maladie et retisse le lien entre patient et soignant. Le réalisateur Bernard Émond nous administre une cure magistrale et nous force à réfléchir sur le sens du don de soi. La médecine est un art et une vocation. Jamais autant qu’ici.
    Photo: Séville Élise Guilbault incarne Jeanne, une urgentologue expatriée en région, dans le film La Donation. Cette leçon d’humanisme remet les émotions dans la maladie et retisse le lien entre patient et soignant. Le réalisateur Bernard Émond nous administre une cure magistrale et nous force à réfléchir sur le sens du don de soi. La médecine est un art et une vocation. Jamais autant qu’ici.
    Qui n'a pas ses petits bobos, les ignorant avec talent ou leur accordant trop d'importance, les choyant à outrance? Il y a ceux qui somatisent et ceux qui agonisent. Entre les deux, un monde de souffrances imaginaires ou réelles, de pathologies héritées ou toutes neuves, de microbes rencontrés ou évités de justesse, de virus combattus à mains nues, la mort entrelardée dans la chair, la trouille aux tripes. Et si c'était l'heure du trépas qui sonne?

    Chacun sa façon de négocier avec la maladie, qu'elle soit bénigne ou maligne. J'ai une jeune amie croyante, lumineuse et toujours très optimiste, qui y voit une source de bienfaits, comme si le corps se recentrait, le temps d'une pause qu'on ne s'accorde pas autrement, le temps d'une paix et d'une guerre suivi d'une capitulation de l'ennemi, un moment de vulnérabilité où l'on regarde la mort en face, le creuset où l'on est purifié, une épreuve où l'on se mesure à soi-même et dont on ressort grandi ou anéanti.

    Le médecin de famille? On n'y pense plus, même quand on a la chance d'en avoir un. On sent qu'eux-mêmes sont au bout du rouleau, dépassés. La dernière fois que j'ai vu le mien, elle se soignait aux huiles essentielles de thym qu'elle fait pousser dans son jardin. Et elle travaillait, pour en soigner de plus malades qu'elle...

    À la clinique médicale de l'Université d'Ottawa, on peut lire dans la salle d'attente: «Une visite: un problème.» Et si le problème vous donne plusieurs symptômes en apparence non reliés, reprenez un numéro, le ridicule ne tue pas encore.

    Faute d'avoir une médecine qui nous soigne en entier, on effectue ses recherches sur Internet ou dans les livres. Et les grimoires qui traitent de santé sont presque aussi nombreux que les livres de cuisine. Beaucoup d'entre eux utilisent le patient comme médecin, préconisent la prévention (en santé publique aussi, de plus en plus!), font appel à la puissance du mental ou du placebo. Voici quelques trouvailles récentes sur les rayons de la santé holistique, curiosités dans le cabinet, issues de la pharmacopée universelle...

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    Le Jeu du Tao

    De la santé et du mieux-être

    (Albin Michel/Tao Village)

    Les gens qui essaient de me culpabiliser parce que je suis malade me tapent généralement sur les nerfs. Ils ont peut-être raison, qu'en sais-je.

    S'inscrivant à cette école, celle de la somatisation ou de la responsabilisation, l'équipe du Jeu du Tao s'est plongée dans la maladie et tous ses «produits» dérivés afin d'adapter le jeu et de nous poser 32 questions utiles sur nous-mêmes, nos croyances, les obstacles, nos peurs, nos forces, la façon dont nous comptons changer et agir face à la maladie qui nous terrasse ou nous dérange.

    Nul ne peut prétendre nous guérir sans notre aval complet et total. Et si la maladie traduit un déséquilibre entre soi et soi ou soi et son environnement, le Jeu du Tao nous ramène à l'aspect ludique de nos vies, si sérieuses par ailleurs.

    Une partie introspection, une partie oracle (à la façon du Yi-King chinois) et une dernière partie plus fouillée nous suggèrent des pistes vers une imposante littérature de tous les horizons, en guise de références. Sous la lettre «M»: musicothérapie, méthode Alexander, méditer, médecine traditionnelle chinoise, malade, médecine préventive, mental et ego, au choix.

    On tente ici de redonner une voix à la médecine intelligente, englobant tout l'être, une médecine aux accents orientaux qui ne travaille pas contre l'ennemi (souvent nous-même), mais avec lui. Un livre-outil aux ressources précieuses sous des allures nouvelâgeuses parfois trompeuses.

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    Soyez poète de votre vie

    Douze clés pour se réinventer grâce à la poésie-thérapie

    Jacques de Coulon (Payot)

    Tiens, une nouvelle thérapie! Je la pratiquais sans la connaître, celle-là. S'inspirer de la poésie pour guérir, c'est à la portée de quiconque sait lire. Et, par lire, on entend aussi délire. Cet ouvrage original nous propose un parcours inusité et préventif: marche rythmée sur un poème, marche sous la voûte céleste, flânerie, introspection, révolte même. «La poésie est rappel d'un paradis perdu», souligne l'auteur. Chacun peut devenir poète et réinventer sa vie, replacer les maux autrement. «La plupart des humains ne vivent pas et n'agissent pas par eux-mêmes: ils sont vécus, ils sont agis, emportés passivement par la roue du système. Ne ressemblent-ils pas à des morts-vivants ou à des hommes machines qui ont perdu leur âme?» Un livre concret qui nous invite à cheminer en compagnie de Rimbaud, Baudelaire et Nerval. «Lunatiques, les poètes? Ne sont-ils pas mieux lunés que la plupart des humains?»

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    L'Héritage spirituel amérindien

    Jacques Languirand et Jean Proulx (Le Jour)

    La semaine dernière, mon collègue Louis-Gilles Franc¶ur nous apprenait que les médecins de famille lançaient un appel au gouvernement Harper pour qu'il amorce une action efficace contre les changements climatiques à la veille de la conférence de Copenhague. Les médecins constatent que ces changements écologiques sont une menace pour la santé de la population en général et ils sont inquiets pour leurs patients en particulier.

    Les chamans amérindiens avaient compris cet équilibre entre la nature et la santé de l'humain des milliers d'années avant nous. Dans ce récent ouvrage inspiré de l'émission radiophonique Par 4 chemins, on comprend que cet héritage aujourd'hui réactualisé se greffe à une médecine globale où le corps, la psyché et l'esprit (la dimension spirituelle) sont inséparables de la nature qui les entoure.

    La médecine amérindienne, dont il est entre autres question au fil des chapitres, s'inscrit dans un cercle, la fameuse roue-médecine. «Il faut rétablir tous les cercles brisés où l'on circule: rétablir des liens harmonieux avec soi-même, les autres, la collectivité, la Terre-Mère et le Grand Mystère cosmique. Tout traitement thérapeutique particulier s'inscrit normalement sur cette toile de fond.» Pierres, plantes, animaux sauvages, hutte de sudation sont mis à contribution dans les aspects plus concrets et curatifs. Un livre qui rebranche sur le grand tout qu'on retrouve dans les petits riens.


    Manuel de psychomagie

    Alexandro Jodorowsky (Albin Michel)

    Ouvrir un ouvrage de Jodo n'est jamais dénué de surprises. Que nous réserve ce gourou peu banal, cinéaste, homme de théâtre, romancier, bédéiste? Créateur sous toutes ses formes, il tire le tarot depuis 30 ans, un soir par semaine, dans un petit bar parisien, et gratos avec ça. Durant ces consultations bénévoles, Jodo s'est mis à proposer des actes de psychomagie pour régler différents problèmes de santé mentale, physique, ou tenter de métaboliser une situation difficile. Selon lui, là où la psychothérapie n'aboutit plus car les mots restent des mots pour l'inconscient, la psychomagie prend le relais: «La psychomagie propose d'agir, et pas seulement de parler.» Elle apprend à la raison à utiliser le langage de l'inconscient au lieu d'apprendre à l'inconscient de parler le langage rationnel. L'auteur pluriel de ce singulier bouquin explique: «L'inconscient accepte la réalisation symbolique, métaphorique.»

    Et Jodo y va fort dans la métaphore, dans ce livre de «recettes» qui ont fait leurs preuves. À la femme frigide, il conseille de se faire caresser le sexe 30 minutes avec une plume de paon. Puis, au moment du coït, de casser un à un des ¶ufs crus sur la tête de l'amant en s'exclamant «Prends!». Si l'orgasme n'est pas apparu au bout de dix ¶ufs, Jodo suggère de le simuler...

    Verrues, kleptomanie, névrose d'échec, lâcheté virile, fumeurs, alcooliques (il recommande de téter les seins d'une nourrice à jeun deux fois par jour!), artistes bloqués, Jodo les a tous guéris. Même les éjaculateurs précoces, à qui il suggère d'éjaculer de plus en plus rapidement: «Se submerger de façon volontaire dans l'échec obligera l'inconscient à faire échouer cette tentative d'échec.»

    À lire à voix haute pour guérir tout bas et en se disant: «Pourquoi pas?» On riait bien de Freud...

    *

    cherejoblo@ledevoir.com

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    Visites à domicile

    J'ai finalement visionné le dernier film de Bernard Émond avec le père Benoît Lacroix. Nous aurons assisté ensemble à toute la trilogie qui se termine par La Donation. Le bon père dominicain de 94 ans est ému par le rapport espace-temps des films d'Émond et, cette fois, il me parle aussi de Montaigne, grand humaniste qui oppose la nature aux artifices des hommes. Le père Lacroix constate à chacun de ses séjours à l'hôpital combien la machine a pris le pas sur le contact humain en médecine.

    Pour ma part, l'urgentologue jouée avec retenue par Élise Guilbault m'a bouleversée par ses silences, parce qu'elle replace l'humain au centre de la médecine, rendant visite à ses patients à domicile, s'attardant sur l'ensemble de leur vie plutôt que sur les parties.

    Cette médecine holistique régionale semble exigeante et la fait douter de sa vocation. Émond nous fait voir combien il faut d'humilité et de dévouement pour exercer cet art. Un film qui redonne la foi en une médecine du corps, de l'âme et de l'esprit, indissociables.

    **

    L'enfant de Petit-Goâve

    J'ai savouré comme un sorbet à la goyave le documentaire du cinéaste et photographe Pedro Ruiz, mon collègue du Devoir. On aime retrouver Dany Laferrière dans La Dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve, sa sensibilité, son regard perçant, cette intelligence qu'il partage sans retenue et qui devient contagieuse à la lecture de ses livres. Peu d'écrivains ont l'envergure et la nonchalance nécessaires pour faire passer un tel document sans que cela devienne limite pédant.

    Laferrière ne se prend pas trop au sérieux et la séduction opère facilement entre lui et nous. «C'est avant de commencer qu'on a le loisir de penser à la célébrité car dès la première phrase écrite on fait face à un archer sans visage qui vise d'abord l'ego» (L'Énigme du retour).

    Au cinéma Parallèle, à compter de dimanche, jusqu'au 26 novembre. http://www.laderivedouce.com.

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    www.chatelaine.com/joblo
    Élise Guilbault incarne Jeanne, une urgentologue expatriée en région, dans le film La Donation. Cette leçon d’humanisme remet les émotions dans la maladie et retisse le lien entre patient et soignant. Le réalisateur Bernard Émond nous administre une cure magistrale et nous force à réfléchir sur le sens du don de soi. La médecine est un art et une vocation. Jamais autant qu’ici.












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