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Grippe A(H1N1) - La nature humaine

Marie-Andrée Chouinard   7 novembre 2009  Santé
Hormis le virus de la grippe A(H1N1), qui parcourt allègrement le globe, un maître à bord commande tant les stratégies des autorités que les réactions populaires: c'est la disponibilité du vaccin. La minceur des réserves impose un certain sens éthique.

Au Canada, les doses arrivent au compte-gouttes. Santé Canada a beau promettre que tous ceux et celles qui le souhaiteront seront immunisés avant Noël, les gouvernements conviennent aisément de ceci: dans un monde idéal, où le virus n'aurait pas gagné le vaccin de vitesse, les campagnes de vaccination auraient été beaucoup plus efficaces et la masse critique d'immunisés, rapidement élargie à un grand nombre.

Mais voilà: cette pandémie a eu le dessus sur les préparatifs, forçant le Canada et ses provinces à distribuer le vaccin fourni par GlaxoSmithKline (GSK) en suivant un ordre établi, des plus vulnérables aux plus résistants. Bébés, jeunes enfants, travailleurs du secteur de la santé, femmes enceintes, personnes immunosupprimées, malades chroniques âgés d'abord. Les autres ensuite.

Fallait-il s'étonner que ces restrictions, placées en totale opposition avec le désir des gens de se faire vacciner «tout de suite ou le plus rapidement possible», étouffent chez certains citoyens tout sens civique ou trace de civilité? On a vu, dans le chaos des premières files d'attente, des gens s'invectiver, les uns accusant les autres de ne pas respecter la liste des priorités. On a vu des citoyens malades être refoulés sans vaccin, et doublés par quelques inquiets impétueux prêts à se moquer de toute règle. Choquant ou prévisible?

Cette semaine, en Alberta, les Flames de Calgary ont défrayé la chronique pour avoir reçu, bien avant leur tour, le fameux vaccin protégeant contre la grippe A. Le responsable de ce passe-droit inacceptable fut congédié, comme il se devait. Des théories loufoques furent échafaudées, selon lesquelles les joueurs de hockey devaient être protégés en priorité au nom du divertissement social et de la santé économique! Dieu merci, «notre» club n'a pas succombé à ce favoritisme éhonté. Le Canadien aura droit au vaccin en même temps que la population en général.

Jeudi, on apprenait que les familles des travailleurs de GSK, qui fabrique le vaccin à Sainte-Foy, avaient eu droit à une petite clinique de luxe. Que ces travailleurs soient immunisés est raisonnable, car il est indispensable qu'ils soient, tout comme d'ailleurs le personnel médical, tous en bonne santé pour ne pas briser la chaîne de production et de soins. Mais les responsables de la santé publique l'ont martelé: maintenant plus que jamais, les passe-droits sont intolérables.

Subsiste la question éthique réveillée par ces affaires, qui connaîtront assurément des suites. En période de pénurie, n'est-il pas tout à fait primordial de respecter l'ordre établi des priorités? Cela est essentiel, et ce, même si cette règle fait appel à un sens collectif qui se heurte violemment aux diktats de notre société d'individus.

Il ne faut pas être devin pour soupçonner que, malgré le contrôle qu'exercent les gouvernements sur la distribution des doses, de malins privilégiés auront joué de contacts ou d'arguments persuasifs pour se faufiler entre les mailles du système. Un système de santé, d'ailleurs, fortement marqué par les traitements de faveur et une aisance à monnayer certains soins.

Mais bien que la nature soit humaine, la distribution choisie ici en raison de la disponibilité des réserves n'a rien à voir avec la loi du premier arrivé, premier servi. Respecter la liste des priorités relève d'une obligation morale.
 
 
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  • Yvon Roy
    Abonnée
    samedi 7 novembre 2009 00h43
    risques
    Les jeunes semblent les plus à risque jusqu'à présent et ils devraient devenir prioritaires si la tendance se maintient.

  • Brun Bernard
    Inscrit
    samedi 7 novembre 2009 07h13
    La question éthique...
    ...se pose dans un monde éthique. Ce n'est pas à la cour des miracles des assassins et des voleurs que vous allez chercher de l'éthique. Faut aps être si naïf que ça sinon vous allez écrire les mêmes articles jusqu'à la fin de votre vie. Il faut dire que le scandale de nos jours ça paye bien et ça fait vivre. C'est devenu un fond de commerce la scandalite.

  • François Lafontaine
    Inscrit
    samedi 7 novembre 2009 09h18
    L'âge des ténèbres
    Dans son film L'âge des ténèbres, Denys Arcand a bien montré les faillites d'une politique équitable lorsqu'elle veut s'incarner à la fois dans la société des identités et intérêts multiples et la société surprogrammée. Fragmentation et bureaucratie: les deux forces synergiques du chaos. Durant l'année, nous tous avons l'impression de vivre dans une forme de normalité agréable. Mais c'est lorsqu'une crise survient qu'il nous arrive d'apercevoir la fragilité de l'édifice social dans lequel nous avions mis tant d'espoir. Heureusement, ici, ce n'est que la grippe... Peut-être Arcand avait-il raison au fond: revenons aux choses simples de la vie; un chalet, un jardin sur le bord de l'eau, vivre loin, très loin de l'agitation...

  • Sylvain Racine
    Abonné
    samedi 7 novembre 2009 11h08
    Nous sommes très loin des 4000 morts
    Pour lire mon commentaire en entier: http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/11/04-p

    Les gouvernements et les médias nous ont annoncé voilà environ deux semaines que la deuxième vague de la pandémie du virus H1N1 avait débuté. Faisons un retour en arrière. Le mercredi 15 juillet 2009, on annonçait le premier décès en Colombie-Britannique lié à la grippe H1N1. À cette date, dans un article trouvé sur Radio-Canada, ce décès devenait le 43ème au pays depuis le 8 mai 2009, soit la date du premier décès causé par le virus H1N1 au Canada.

    Mardi le 3 novembre 2009, sur le site de L'Agence de la santé publique du Canada, on nous annonçait qu'il y avait eu, depuis le 8 mai 2009, un total de 101 décès. Ainsi, depuis le 15 juillet 2009, soit environ trois mois et demi, il y a eu 58 nouveaux décès au Canada.

    Si les sources de la Société Radio-Canada sont bonnes, « chaque année, près de 4000 Canadiens meurent de la grippe. »

    La « deuxième vague » de la pandémie a coïncidé avec le début de la campagne de vaccination au Canada, soit aux alentours du 26 octobre 2009. À la même date, on nous annonçait aussi que « le virus H1N1 ne devrait pas muter » . On en parlait déjà au début de septembre dans plusieurs média.

  • 93Licar
    Abonnée
    samedi 7 novembre 2009 13h25
    Dans l'à-peu-près le chaos règne
    Bien oui, c'est dommage que les gens n'aient pas plus le sens civique mais nous l'avons si peu, individuellement et collectivement, qu'il est naïf de croire qu'en temps de crise nous agirons avec plus de générosité et de retenue que nous ne le faisons habituellement.

    Parquer les gens dans des endroits publics, à se demander lequel d'entre eux est porteur du virus ou encore n'a pas déjà la grippe, donner des directives contradictoires de jour en jour alors qu'on ne cesse de nous répéter que la grippe gagne du terrain, faire se rendre pour rien des personnes âgées, souffrant d'un handicap ou des enfants dans les centres de vaccination puis les retourner à la maison sans être vacciné ne démontre pas grand respect envers la population et ne prêche pas par l'exemple non plus.

    Et bien non, madame Chouinard, il n'y a aucune obligation morale à la base des gestes que nous posons ou nous abstenons de poser, parce que nous sommes une société allergique au mot «obligation» qui risque de rimer avec «frustration» et que nous ne la supportons pas!

  • Jean Pierre Bouchard
    Inscrit
    samedi 7 novembre 2009 14h12
    Les autorités
    Il est ironique de constater que l'auteur de cet article en période de scepticisme envers le vaccin moralisait la population sur son manque de prévoyance maintenant il y a variante, il s'agit de réclamer un sens civique chez la population en ce qui regarde le respect de l'ordre des priorités.

    Un journaliste se doit surtout de défier le pouvoir politique de ne pas avoir peur de s'interroger sur les décisions et les actions des autorités.


    En l'occurrence, les États à Ottawa et Québec ont t'ils su véritablement organiser correctement la réaction à la pandémie appréhendée considérant des précédents comme le sida et la grippe espagnole?

    Qu'aurait écrit M.A.Chouinard si présentement nous connaîtrons 1,000 morts et plus.

  • Monia Ayachi
    Inscrite
    samedi 7 novembre 2009 15h55
    Le temps n'est pas aux élections mais a la crise économique et au virus H1N1
    Tout à fait d'accord avec vous Mr Brun!
    C'est la ou on est tous coupables!

    Par notre passivité, par notre manque du savoir et aussi par notre négligence des besoins de notre être dans ce monde.

    Sommes-nous devenus des moutons et des perroquets ou autre chose !!!!

    Nous sommes tous pris par cet esprit du mal qui nous attachent au point qu'on n'a plus le pouvoir d'évoluer un esprit critique de notre propre situation humaine, un vrai questionnement sur le sens de notre humanité. Le problème c'est qu'on n'est pas naif, on est conscient, on comprend tout mais sans efficacité!

    Peut-on dire que notre alimentation a agit mal sur notre système de réflexion au point qu'on parle sans avoir même le souffle d'agir. Un réel blocage culturel de l'humain!

    Faut-il qu'un électrochoc plus fort que cette régression de notre humanité nous fait bouger?

    Le problème se pose partout et se sent plus au Québec.

  • François Beaulé
    Abonné
    samedi 7 novembre 2009 17h41
    «Dans un monde idéal...»
    Dans un monde idéal, les vaccins ne précèderaient pas les pandémies parce qu'il n'y aurait pas de pandémie.

    Dans un monde idéal, nos systèmes immunitaires nous défenderaient si bien que nous ne souffririons jamais à cause d'une infection.

    Dans un monde idéal, nous ne consommerions pas de viande. Donc nous n'éleverions pas de porc et cette maudite grippe porcine n'aurait jamais vu le jour.

    Dans un monde idéal, il n'y aurait pas d'éditorialiste qui évoquerait un monde idéal qui fait référence au passé. Nous évoquerions un monde idéal situé dans l'avenir. Cela nous motiverait à changer le monde actuel pour s'approcher du monde idéal. Amen.

  • Monia Ayachi
    Inscrite
    dimanche 8 novembre 2009 00h43
    Plutôt vers un monde en bonne santé
    Plutôt vers un monde en bonne santé qui nous assure la joie de vivre.
    Il n'est pas question de porc ou de pandémie mais de tout un système qui doit fonctionner pour le bien être humain.
    Je ne mange pas du porc et je ne bois pas d'alcool pourtant je subis les mêmes risques pour ma santé puisque je vis exposer à un système universel environnemental et alimentaire précaire que je dois consommer régulièrement donc qui ne se résous pas par la simple motivation mais plutôt par une volonté de vivre dans un monde en bonne santé.

  • Robert Beauchamp
    Abonné
    dimanche 8 novembre 2009 13h54
    Priorité aux donateurs
    Imaginons dans les circonstances un système de santé privé. L'ordre de priorité serait établi en fonction de l'importance des fonds que vous y auriez investis, vous permettant d'établir votre propre ordre de priorités c.a.d. votre famille, votre réseau d'intérêts (affaires) ensuite la clintèle publique devant débourser pour le service, et finalement la clientèle gouvernementale: les pauvres gens.
    Maintenant, ce qui s'est passé à l'hôpital général juif et sans doute ailleurs, diffère de peu. Ainsi donc dans notre système PUBLIC si vous êtes donateur,vous ainsi que votre famille, êtes considérés defacto en tête de liste. Et par hasard, étant donateur et que cela aussi vous permettait par d'enjamber les listes d'attente dans les services les plus en demande à cause d'une pénurie de spécialistes, en cancer, en cardiologie etc... est-ce que cela voudrait dire que la donation est une autre façon d'être traités en priorité par les meilleurs spécialistes qui me deviennent alors inacessibles même si j'ai investi dans ce système de santé année après année depuis 50 ans par mes lourds impôts? J'ai honte pour vous, monsieur ou madame, qui volez le rang des enfants, des femmes enceintes, des malades, des autres payeurs. Être humain comporte des exigences. Peut-être êtes-vous à l'abri de ce sentiment. Je souhaite qu'à l'avenir le gouvernement soit davantage à l'écoute du personnel infirmier affecté aux services sur le terrain et que la vaccination ait lieu dans les lieux traditionnels de dispensation de ce type de service. Cela éviterait que nous soyons traités comme du bétail et nous mettrait surtout à l'abri de certains généreux tripoteux qui en fait ne se donnent qu'à eux ou à elles.

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