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Jeunes médecins - «Ça coûte 10 fois plus cher au système de santé quand un patient passe par l'urgence»

Claude Turcotte   7 novembre 2009  Santé
«Il y a 3000 jeunes médecins au Québec qui sont assujettis aux activités médicales particulières (AMP). Si on leur permettait de faire quelques heures de cabinet par semaine, dans six mois, tout le monde aurait un médecin de famille», proclame le Dr François-Pierre Gladu, président de l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ) depuis 2005, lui-même médecin de famille à Montréal et enseignant clinique à l'Université de Montréal.

L'AJMQ, qui apparaît comme un mouton noir dans l'ensemble de la confrérie des fédérations de médecins, compte près de 1000 membres, qui le sont tous de façon volontaire, contrairement à la situation qui prévaut dans près d'une quarantaine de fédérations de spécialistes, d'omnipraticiens et de médecins résidents, là où l'adhésion est obligatoire.

Cela fait dire au Dr Gladu que, à l'AJMQ, on applique une démocratie directe, c'est-à-dire celle où les membres élisent directement leur président, alors que, dans les fédérations, les médecins élisent des représentants dans des associations régionales, lesquels deviennent des délégués votant ensuite pour le choix du président de leur fédération respective.

Clauses de disparité

Mais ce n'est pas là, semble-t-il, le fond du problème. L'AJMQ a été fondée en 1995 à la suite de «mesures abusives» ou de ce qu'on a appelé les clauses de disparité de traitement. Tout a commencé au début des années 1990, avec la décision du gouvernement de s'attaquer à sa situation déficitaire, ce qui s'est traduit par une baisse de 6 % des salaires des employés de l'État. Tout à fait en désaccord, les médecins ont négocié avec le gouvernement une entente qui a eu pour conséquence de pénaliser les jeunes médecins.

Depuis 1993, les jeunes omnipraticiens doivent prendre en charge en hôpital les activités dites d'AMP, sous peine d'être pénalisés de 30 % de leur revenu, une mesure qui s'applique pendant les 20 premières années de leur pratique. Cette contrainte a aussi pour conséquence de leur rendre la vie extrêmement difficile en ce qui concerne la pratique en bureau, étant donné que les hôpitaux acceptent mal qu'un médecin travaille moins de 25 heures par semaine dans leurs locaux, pour y offrir au demeurant des services médicaux essentiels mais moins populaires auprès du corps médical, parce que moins bien rémunérés ou prodigués à des heures défavorables, ajoute le Dr Gladu.

Bref, l'AJMQ considère que cette formule a pour résultat une baisse de la qualité des services offerts à la population et une augmentation des coûts hospitaliers. Bien qu'il y ait au Québec plus de médecins par habitant qu'ailleurs au Canada, le nombre des médecins de famille est en décroissance, de sorte que 26 % de la population québécoise n'a pas de médecin de famille; la proportion est même de 30 % à Montréal, alors qu'au Canada elle n'est que de 10 %. Et pourtant, le système de santé est le même partout au Canada, rappelle le président de l'AJMQ. De 1999 à 2004, pas moins de 200 000 Québécois ont perdu leur médecin de famille et 900 000 autres auraient pu être suivis par un médecin de famille s'il y avait eu une disponibilité. Les vieux médecins ferment leur bureau et les plus jeunes ne sont pas en mesure de prendre la relève.

Triple exode

Le Dr Gladu constate un triple exode. Le Québec, dit-il, est la seule province à subir une perte nette annuelle de 0,5 % de médecins, soit une quarantaine de spécialistes et autant de médecins de famille. Aussi, il y a ceux qui demeurent au Québec mais qui quittent le régime d'assurance public, préférant atteindre en bureau privé les patients qui les paieront rubis sur l'ongle. Depuis 30 ans, 120 médecins de famille ont ainsi quitté le régime public, ce qui est peu sur un total de 8000, mais l'impact local est néanmoins fortement ressenti, puisqu'un médecin de famille reçoit 1200 patients par année. Enfin, il y a l'exode des étudiants, dont 20 % (une cinquantaine par année) de ceux qui se destinent à la médecine familiale vont faire leur stage de résidence à l'extérieur du Québec, en comparaison de 10 % dans le cas des spécialistes.

Sur le plan des coûts des soins de santé, le manque de médecins de famille a pour résultat de repousser les patients vers l'urgence des hôpitaux; de 40 à 50 % des patients se seraient plutôt rendus dans un bureau de médecine familiale s'ils en avaient eu un. «Ça coûte 10 fois cher plus au système de santé quand un patient passe par l'urgence», soutient le Dr Gladu, qui aimerait bien sentir davantage les pressions de la population pour obtenir des changements afin que tous les médecins participent aux AMP et que les jeunes médecins à qui cette tâche est imposée se sentent moins orphelins.

***

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  • Suzanne Bissonnette - Inscrite
    7 novembre 2009 13 h 08
    Notre «chère» médecine
    Je compatis avec nos amis les jeunes médecins qui se sentent floués par le système de santé. Je vois ici qu'ils espèrent de la population, qu'elle fasse pression pour obtenir des changements qui leur permettent de se sentir plus à l'aise et mieux respectés. C'est humain je le concède. On cherche une main tendue... quelqu'un qui comprendra...

    Si maintenant ils voulaient bien se mettre pour quelques instants, à la place du patient, ils comprendraient tout aussi facilement qu'ils ne sont pas les seuls orphelins du système.

    Comment les citoyens ordinaires pourraient-ils faire pression pour aider les médecins, alors que pour eux-même ils n'arrivent pas toujours à obtenir l'ombre d'un semblant d'attention et de respect ? alors que tout au long du processus médical on les traite d'«ignares» à mots à peine couverts, alors qu'on les prive de leur sens critique et de leurs droit au consentement éclairé... et la liste est longue je vous le jure.

    Lorsqu'on aura fini de pleurer sur le sort des professionnels de la santé, peut-être finira-t-on par verser une petite larme sur celui des malades... sans qui... vous saisissez ? ;-)

    http://www.resterenvie.com/blogue/
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  • Lucia Carpineta - Inscrite
    10 novembre 2009 11 h 09
    Il faut se reveiller...
    Je suis totalement d'accord avec l'article, et je suis contente que quelqu'un ait finalement eu le courage de donner ce "coup de sifflet" a la population pour qu'elle se reveille. Il faut, cependant faire de l'education aupres de la population, si on veut recruter leur aide, parce que la population ne realise pas que c'est dans leur meilleur interet d'ameliorer la situation du systeme de sante.

    Monsieur et madame Toutlemonde sont aux prises avec la penurie de medecins partout au Quebec, et de facon plus prononcee a Montreal. Que ce soit en region, ou dans les centres universitaires (que je deplore encore plus vu que c'est la' que sont formes les futurs medecins et que se devraient faire des innovations), il manque des medecins - generalistes et specialistes, simplement parceque le gouvernement (1) ne veut pas ouvrir plus de postes, et (2) s'obstine a imposer des facons de travailler (eg. regle des AMP) ou impose ou' travailler (eg, PREMs, et esures "incitatives" pour partir en region) qui reduit l'acces aux medecins la' ou' ils sont plus necessaires...

    Cela me fait bouillir lorsque j'entends des commentaires venant de certaines personnes 'a l'effet que les medecins sont tout le temps en train de chialer sur quelque chose -- "Qu'est-ce qu'ils ont a ce plaindre?" Je dois souligner pour ces gens que la population exige des medecins des choses qu'elle n'exige d'aucun autre membre de la societe: comportement au dela de toute reproche, respect inconditionnel a tout moment, extreme competence qui requiere le sacrifice de longues etudes -- ou' passent les meilleures annees de leur jeunesse, disponibilite 24h au depens de leur vie de famille/vie privee. Maintenant a cela on rajoute d'avoir a accepter sans questionner ou' et comment executer leur travail, des conditions de surmenage chronique du a du personnel insuffisant, l'inequite intergenerationnelle, une disparite non-negligeable de remuneration avec des collegues d'autres regions du Canada pour du travail identique. Cela ne prend pas un Prix Nobel pour comprendre qu'il y en a qui vont partir, soit en burnout, soit pour sauver leur propre sante. Quitter pour le prive, c'est une idee, mais je ne crois pas que ce soit la solution, du moins pas de facon isolee.

    Quelle situation deplorable, surtout qu'il y a beaucoup de medecins formes a l'etranger qui ne revent que de se joindre a nos medecins et alleger la situation plutot que de conduire leur taxi, ou faire leur babysitting...

    Il est grand temps que la population se fasse une liste de ses priorites et qu'elle en fasse part au gouvernement et les RECLAME, par lettre a leur depute et par des votes le jour du scrutin. Pourquoi ne pas faciliter la rentree des medecins formes a l'etranger dans notre systeme? Pourquoi ne pas etablir les PEM/PREM en fonction du nombre de la population? Pourquoi ne pas consider un systeme combine partenariat-public-prive dans plus d'aspects de notre systeme de sante? Le gouvernement donne a tous et chacun pour toutes les causes l'excuse du manque d'argent -- pourquoi ne pas ajouter une petite case a la fin du rapport d'impot:
    "Ou' prefereriez vous que soit dirige l'argent de vos impots? (Choisir) [] Sante []Education [] infrastructures (eg routes) []Autre "

    Il faut donc soutenir ces jeunes medecins que tentent de faire retablir des conditions equitables, ce qui augmenterait l'acces de la population a un medecin, desengorgerait les urgences, reduirait le la charge excessive de travail de ces medecins (et leur stress), sans mentionner la reduction des couts (moins de nos taxes depensees)-- la Monsieur et Madame Toutlemonde s'en retrouve gagnant sur tous les points.
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