La psychose du H1N1
Les urgences pédiatriques sont engorgées de parents inquiets
Au quatrième jour de la vaccination contre la grippe A(H1N1), les critiques continuaient d'affluer hier tant à Ottawa qu'à Québec. Approvisionnements insuffisants, files d'attente interminables, informations confuses, la liste des doléances s'allonge au rythme où le virus progresse. Le tout dans un climat d'inquiétude grandissante.
La mort de trois jeunes Ontariens des suites de la grippe A(H1N1) a ébranlé bien des parents, qui se sont rués en masse vers les urgences avec leur enfant fiévreux ces jours-ci. Résultat: les urgences pédiatriques fonctionnent déjà à 180 % de leur capacité à Montréal. Et ce, principalement en raison de cas bénins qui n'ont pas leur place dans ces unités réservées aux soins urgents, ont fait savoir hier le CHU Sainte-Justine et l'Hôpital de Montréal (HME) pour enfants.
«À ce stade-ci, nous faisons face à une véritable psychose du H1N1 plutôt qu'à une forme aggravée du H1N1. Les gens doivent comprendre que c'est un microbe relativement bénin, à la différence près qu'il touche un plus grand nombre de personnes», a résumé hier le Dr Michael Arsenault, directeur médical des services d'urgence à Sainte-Justine. «La médiatisation de cas inhabituels [comme celui du jeune Ontarien Evan Frustaglio] amplifie la crise. Mais on oublie que des milliers de patients ont contracté le virus et sont passés au travers sans complications», a-t-il dit en invitant les parents à suivre le guide autosoins fourni par Québec pour prendre soin de leurs petits malades.
L'enfant fiévreux qui présente des symptômes grippaux doit en effet être gardé à la maison et surveillé de près. Il ne faut pas se fier à un moment en particulier, mais à une continuité d'événements pour juger de la gravité de son état, explique le Dr Arsenault. «Si l'enfant a des petits pics d'énergie, tout va bien.» Il faut toutefois rester attentif aux changements qui pourraient indiquer une aggravation de son état. «Si l'enfant n'urine plus, s'il est toujours au lit, s'il respire difficilement, s'il vomit à répétition, il faut l'amener à l'hôpital.»
Autrement, nul besoin de se présenter aux urgences, d'autant que ces dernières ne font pas le dépistage de la grippe chez les enfants en raison de la demande accrue de soins. «Le dépistage ne change rien à notre approche, qui se résume à beaucoup de repos, beaucoup de liquide», explique le Dr Harley Eisman, directeur médical du département de l'urgence de l'HME.
Les gens peuvent toutefois consulter leur médecin de famille, s'ils le désirent, précisent les deux hommes. Quant au reste, la solution viendra de la vaccination massive, qui seule pourra mettre fin à cette deuxième vague. Ceux-ci conviennent toutefois que la vaccination risque d'être tardive pour certains, mais ils ne remettent pas pour autant les priorités fixées par Québec.
Critiques et grincements de dents
Sur le terrain toutefois, la campagne de vaccination de masse a encore fait l'objet de vives critiques un peu partout hier au Canada. À Ottawa, le plan de lutte contre la pandémie de grippe A(H1N1) du gouvernement conservateur a une fois de plus été la cible des attaques de l'opposition, les libéraux allant jusqu'à tenir les conservateurs pour responsables des décès qui s'ensuivront.
Au Québec, c'est plutôt la gestion des stocks de vaccins et les disparités régionales qui ont été vivement critiquées. La porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Dominique Breton, précise que ces disparités sont normales puisque «l'organisation sur le terrain des cliniques [de vaccination de masse] est du ressort des agences de santé et des services sociaux» et que «chaque agence a un calendrier différent d'administration du vaccin».
Pour alléger la pression sur ces sites, la Coalition des médecins pour la justice sociale a demandé hier au MSSS de permettre aux médecins de famille de vacciner leurs patients dans leur cabinet, comme c'est le cas notamment à Toronto et à Vancouver. Une proposition aussitôt rejetée par Québec. «Nous avons retenu la formule [des sites de vaccination de masse] parce qu'elle seule permet une distribution quotidienne des doses partout dans la province», a précisé Mme Breton.
La formule est toutefois mal comprise par la population, qui a du mal à s'y retrouver dans le flot de dates, de lieux et d'informations reliés à ces centres, dont la majorité ne sont pas encore ouverts, causant irritations et grincements de dents en plusieurs endroits. Les autorités ont aussi du mal à faire respecter l'ordre des priorités qu'elles se sont fixées. «Nous faisons appel au civisme des gens pour que cela cesse», a fait savoir la porte-parole du MSSS, qui refuse «pour l'instant» d'envisager des mesures coercitives pour mettre fin à ces pratiques.
Par ailleurs, l'attachée de presse du ministre de la Santé Yves Bolduc confirme que le Québec a eu sa juste part des six millions de vaccins rendus disponibles jusqu'à présent. «Depuis trois semaines, le Québec a reçu un lot de 431 000 doses, un autre de 431 000 et un troisième de 469 000 doses pour un total de 1 331 000», détaille Marie-Ève Bédard en réponse à une inquiétude formulée plus tôt par le député péquiste Bernard Drainville. En tout, cela équivaut à 22,18 % des doses canadiennes, ce qui correspond grosso modo aux 23 % de Québécois au sein de la population canadienne.
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Avec Pauline Gravel
La mort de trois jeunes Ontariens des suites de la grippe A(H1N1) a ébranlé bien des parents, qui se sont rués en masse vers les urgences avec leur enfant fiévreux ces jours-ci. Résultat: les urgences pédiatriques fonctionnent déjà à 180 % de leur capacité à Montréal. Et ce, principalement en raison de cas bénins qui n'ont pas leur place dans ces unités réservées aux soins urgents, ont fait savoir hier le CHU Sainte-Justine et l'Hôpital de Montréal (HME) pour enfants.
«À ce stade-ci, nous faisons face à une véritable psychose du H1N1 plutôt qu'à une forme aggravée du H1N1. Les gens doivent comprendre que c'est un microbe relativement bénin, à la différence près qu'il touche un plus grand nombre de personnes», a résumé hier le Dr Michael Arsenault, directeur médical des services d'urgence à Sainte-Justine. «La médiatisation de cas inhabituels [comme celui du jeune Ontarien Evan Frustaglio] amplifie la crise. Mais on oublie que des milliers de patients ont contracté le virus et sont passés au travers sans complications», a-t-il dit en invitant les parents à suivre le guide autosoins fourni par Québec pour prendre soin de leurs petits malades.
L'enfant fiévreux qui présente des symptômes grippaux doit en effet être gardé à la maison et surveillé de près. Il ne faut pas se fier à un moment en particulier, mais à une continuité d'événements pour juger de la gravité de son état, explique le Dr Arsenault. «Si l'enfant a des petits pics d'énergie, tout va bien.» Il faut toutefois rester attentif aux changements qui pourraient indiquer une aggravation de son état. «Si l'enfant n'urine plus, s'il est toujours au lit, s'il respire difficilement, s'il vomit à répétition, il faut l'amener à l'hôpital.»
Autrement, nul besoin de se présenter aux urgences, d'autant que ces dernières ne font pas le dépistage de la grippe chez les enfants en raison de la demande accrue de soins. «Le dépistage ne change rien à notre approche, qui se résume à beaucoup de repos, beaucoup de liquide», explique le Dr Harley Eisman, directeur médical du département de l'urgence de l'HME.
Les gens peuvent toutefois consulter leur médecin de famille, s'ils le désirent, précisent les deux hommes. Quant au reste, la solution viendra de la vaccination massive, qui seule pourra mettre fin à cette deuxième vague. Ceux-ci conviennent toutefois que la vaccination risque d'être tardive pour certains, mais ils ne remettent pas pour autant les priorités fixées par Québec.
Critiques et grincements de dents
Sur le terrain toutefois, la campagne de vaccination de masse a encore fait l'objet de vives critiques un peu partout hier au Canada. À Ottawa, le plan de lutte contre la pandémie de grippe A(H1N1) du gouvernement conservateur a une fois de plus été la cible des attaques de l'opposition, les libéraux allant jusqu'à tenir les conservateurs pour responsables des décès qui s'ensuivront.
Au Québec, c'est plutôt la gestion des stocks de vaccins et les disparités régionales qui ont été vivement critiquées. La porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Dominique Breton, précise que ces disparités sont normales puisque «l'organisation sur le terrain des cliniques [de vaccination de masse] est du ressort des agences de santé et des services sociaux» et que «chaque agence a un calendrier différent d'administration du vaccin».
Pour alléger la pression sur ces sites, la Coalition des médecins pour la justice sociale a demandé hier au MSSS de permettre aux médecins de famille de vacciner leurs patients dans leur cabinet, comme c'est le cas notamment à Toronto et à Vancouver. Une proposition aussitôt rejetée par Québec. «Nous avons retenu la formule [des sites de vaccination de masse] parce qu'elle seule permet une distribution quotidienne des doses partout dans la province», a précisé Mme Breton.
La formule est toutefois mal comprise par la population, qui a du mal à s'y retrouver dans le flot de dates, de lieux et d'informations reliés à ces centres, dont la majorité ne sont pas encore ouverts, causant irritations et grincements de dents en plusieurs endroits. Les autorités ont aussi du mal à faire respecter l'ordre des priorités qu'elles se sont fixées. «Nous faisons appel au civisme des gens pour que cela cesse», a fait savoir la porte-parole du MSSS, qui refuse «pour l'instant» d'envisager des mesures coercitives pour mettre fin à ces pratiques.
Par ailleurs, l'attachée de presse du ministre de la Santé Yves Bolduc confirme que le Québec a eu sa juste part des six millions de vaccins rendus disponibles jusqu'à présent. «Depuis trois semaines, le Québec a reçu un lot de 431 000 doses, un autre de 431 000 et un troisième de 469 000 doses pour un total de 1 331 000», détaille Marie-Ève Bédard en réponse à une inquiétude formulée plus tôt par le député péquiste Bernard Drainville. En tout, cela équivaut à 22,18 % des doses canadiennes, ce qui correspond grosso modo aux 23 % de Québécois au sein de la population canadienne.
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Avec Pauline Gravel
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