Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Les superinfirmières déchantent

    Formées pour soulager le réseau de la santé, les infirmières spécialisées sont sous-utilisées

    17 novembre 2009 |Louise-Maude Rioux Soucy | Santé
    Dans un réseau en manque constant de forces vives, les superinfirmières sont appelées à faire une grande différence au Québec. Pour peu que le réseau leur fasse une place, ce qui ne semble pas aussi aisé que prévu, selon des chercheuses de l'Université de Montréal.

    Sur papier, elles peuvent assurer le suivi de patients diabétiques, prescrire des médicaments, agir comme premier répondant et accomplir une pléthore d'autres actes destinés à insuffler un peu d'énergie à notre réseau de santé sous perfusion. Sur le terrain, toutefois, ces «superinfirmières» sont trop souvent réduites à des tâches subalternes, révèle une étude québécoise rendue publique hier.

    Au banc des accusés: le pouvoir médical, qui persiste à nuire au déploiement des superinfirmières au Québec, estime Danielle D'Amour, professeure titulaire à la faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, qui cosigne cette étude avec Dominique Tremblay et Michelle Proulx. «On a mis beaucoup d'efforts dans le développement de ces nouveaux rôles en pensant qu'on allait mieux répondre aux besoins de la population et diminuer la pression sur le système de santé. Finalement, on s'aperçoit que leur déploiement est très ardu et qu'on n'utilise pas leur plein potentiel.»

    L'entrée en piste des infirmières en groupe de médecine familiale (GMF), des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) et des infirmières pivots en oncologie (IPO) était très attendue. Le Collège des médecins de même que les deux fédérations de médecins en ont chaudement fait la promotion. Mais «les beaux discours» se heurtent «à la réalité du terrain», qui est toute autre, raconte celle qui est aussi la directrice scientifique du Centre FERASI.

    Dans les GMF, ce sont les médecins qui déterminent la nature et l'étendue de la pratique des infirmières. Or, dans deux GMF sur cinq, il est apparu que les infirmières n'avaient pas eu la latitude nécessaire pour suivre des clientèles de façon autonome, comme le prévoit pourtant l'entente signée par les omnipraticiens et l'Ordre des infirmières. Ces professionnelles-là sont reléguées au rôle d'«infirmière-accélérateur» par les médecins, note Mme D'Amour. «Elles vont prendre les signes vitaux, faire l'histoire du patient, alors qu'il est expressément dit dans l'entente que l'infirmière ne devrait pas être prise pour faire ça.»

    Autre terrain, mêmes problèmes. Les IPS ont été accueillies à bras ouverts par les médecins spécialistes, qui réclamaient leur introduction depuis longtemps. Mais tous n'ont pas la même interprétation de ce qu'elles peuvent faire pour eux et pour leurs patients. «C'est souvent le chef de service qui décide de l'organisation de la pratique des infirmières, rappelle Mme D'Amour. C'est lui qui va dire si elle va poursuivre de manière autonome un case load [un groupe de patients] ou si elle va agir comme simple consultante.» Malheureusement, plusieurs choisissent cette dernière option.

    Le milieu hospitalier lui-même a du mal à faire de la place au sang neuf. Ainsi, il arrive que le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens décide de ne pas élaborer les protocoles nécessaires pour les infirmières praticiennes, faute de temps ou d'énergie. «Elles ne peuvent alors pas exercer pleinement leur métier», relève la chercheuse. Sans oublier les tensions entre les différentes professions, qui font qu'«on se passe d'une expertise recherchée à cause de petites batailles de terrain qui minent les milieux de soins».

    En oncologie, l'arrivée des IPO a été plus aisée. Mais la pression de la charge de travail a eu raison de cette petite révolution. Les infirmières ont en effet délaissé partiellement certaines interventions pour colmater les failles du système. Elles sont maintenant souvent confinées à des activités qui n'ont rien à voir avec leur formation: prise de rendez-vous, renouvellement d'ordonnances, etc.

    Dans ces trois milieux, plusieurs ont confié avoir été déçues par l'écart qui s'est créé entre leur fonction «imaginée» et leur fonction «réelle», écrivent les chercheuses. Et les choses sont peu susceptibles de changer, croit Mme D'Amour. «Il faut une volonté politique très ferme pour soutenir le déploiement de nouveaux rôles. Or, on le voit actuellement, le pouvoir politique préfère laisser beaucoup de marge de manoeuvre au pouvoir médical.»












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.