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Fonds d'innovation Pfizer-FRSQ - Une médecine personnalisée pourrait contrer des cancers et des maladies inflammatoires

Émilie Corriveau   24 octobre 2009  Santé
Cet automne, grâce au soutien du Fonds d'innovation Pfizer-FRSQ, deux importants projets de recherche portant sur des variantes du code génétique des maladies inflammatoires de l'intestin et du cancer colorectal métastatique seront mis en branle au Québec. Innovants, ces projets de recherche pourraient grandement contribuer au développement de la médecine personnalisée.

Sélectionnés par le comité d'évaluation scientifique du Fonds d'innovation Pfizer-FRSQ (Fonds de recherche en santé du Québec), les projets de recherche intitulés «Biologie intégrative des gènes associés à plusieurs maladies inflammatoires: améliorations diagnostique et thérapeutique» et «Étude prospective pour identifier et valider des biomarqueurs de résistance thérapeutique dans le cancer colorectal métastatique» mobiliseront des équipes multidisciplinaires de chercheurs chevronnés.

Présentant un potentiel élevé de trans-fert technologique et de commercialisation à court ou à moyen terme, ces projets devraient mener à l'amélioration du diagnostic et au développement de traitements personnalisés pour les maladies inflammatoires de l'intestin et le cancer colorectal métastatique.

Biomarqueurs et cancer colorectal

Selon la Société canadienne du cancer, le cancer colorectal est aujourd'hui la deuxième cause de décès par cancer, sans égard au sexe. Cette année, au Canada, on estime à 22 000 le nombre des personnes qui recevront un diagnostic de cancer colorectal et à 9100 le nombre des personnes qui en mourront.

C'est avec l'objectif de changer ce portrait statistique que l'équipe du docteur Gerald Batist, directeur du département d'oncologie de l'Université McGill et directeur du Centre du cancer Segal de l'Hôpital général juif, procédera à la première étude translationnelle du Consortium de recherche en oncologie clinique du Québec.

«Ce premier projet s'adresse aux patients qui ont le cancer du colon et du rectum. Il faut savoir que ce cancer, lorsqu'il est répandu, n'est pas souvent guérissable. Il y a quelques possibilités de traitements, mais ceux-ci fonctionnent dans un peu moins de la moitié des cas. Le problème, c'est qu'on n'a toujours pas déterminé pourquoi les traitements réussissent pour certains patients, mais pas pour d'autres. C'est exactement ce qu'on va tenter de découvrir», explique le docteur Mark Basik, chirurgien-chercheur à l'Université McGill et membre de l'équipe multi-institutionnelle dirigée par le docteur Gerald Batist.

Traitements spécifiques

Pour parvenir à leurs fins, les chercheurs de l'équipe du docteur Batist devront recruter des patients atteints d'un cancer colorectal chez qui des métastases au foie viennent d'être diagnostiquées. Ils collecteront ensuite chez ces patients des échantillons biologiques pour les analyser, ce qui leur permettra de dresser un profil génétique des tumeurs et des patients.

«Lorsque nous aurons collecté un peu de leur sang et des tissus de leur tumeur, les patients suivront les meilleurs traitements possibles et nous verrons pour qui ça fonctionne le mieux. Par la suite, nous retournerons aux résultats de nos biopsies et nous tenterons d'identifier les gènes et les protéines qui diffèrent entre les patients résistants et ceux qui réagissent bien aux traitements. Des études approfondies nous permettront de mieux comprendre les mécanismes de résistance», précise le docteur Basik.

D'ici quelques années, les résultats de ces recherches pourraient permettre aux médecins de distinguer rapidement les patients qui pourraient bénéficier d'un traitement régulier de ceux qui y seraient résistants, et ce, de manière à progresser vers une médecine personnalisée.

La résistance aux traitements dans les cas de cancer étant un problème concernant de 60 % à 85 % des patients, les recherches menées par le docteur Batist et son équipe pourraient engendrer d'importants progrès dans le traitement d'autres types de cancer.

«On espère pouvoir utiliser cette technique pour améliorer le traitement d'autres cancers, comme les cancers du sein et des ovaires, ou la leucémie. Cela permettrait aussi aux oncologues d'orienter leurs patients résistants aux traitements traditionnels vers des traitements plus appropriés. Nous sommes très enthousiastes», souligne le spécialiste Mark Basik.

Gènes et maladies inflammatoires

C'est dans la même optique d'amélioration des traitements disponibles et de personnalisation de la médecine que l'équipe du docteur John Rioux mènera son étude sur la biologie intégrative des gènes associés à plusieurs maladies inflammatoires. L'équipe de recherche sera multidisciplinaire et associera des expertises complémentaires en génétique, en génomique, en biologie, en biochimie et en immunologie.

Professeur agrégé de médecine à l'Université de Montréal et à l'Institut de cardiologie de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique et médecine génomique de l'inflammation, le docteur Rioux a déjà participé à la découverte de 30 gènes associés à la prédisposition aux maladies inflammatoires de l'intestin.

Par ce nouveau projet, le docteur Rioux et son équipe, issue de différents centres de recherche, se proposent d'examiner les variations de quatre des 30 gènes récemment associés à la prédisposition à la maladie de Crohn et à la colite ulcéreuse. Ces quatre gènes se situent dans une voie de signalisation

interleukine 23 (IL23), et c'est en les modulant pour mieux comprendre leurs mécanismes d'action que les chercheurs pensent pouvoir améliorer le diagnostic et le traitement des patients atteints de certaines maladies inflammatoires.

«Il faut bien comprendre que nos recherches commencent à dévoiler de plus en plus les facteurs de risque génétiques partagés entre plusieurs maladies inflammatoires. Les quatre gènes étudiés, nous les avons choisis parce qu'ils sont impliqués dans plusieurs maladies, comme le diabète de type 1, le psoriasis ou l'arthrite. Si on s'intéresse à la stratégie thérapeutique pour la majorité des maladies inflammatoires, on note des différences, mais aussi plusieurs similarités. Notre idée, c'est que, si on est capable de contrôler l'inflammation pour une maladie, il devient possible de contrôler l'inflammation pour plusieurs maladies», précise le docteur Rioux.

Les découvertes de l'équipe du docteur Rioux pourraient aussi mener à la création d'outils pour effectuer des examens précliniques dans un modèle animal, ce qui permettra par la suite de développer des molécules à potentiel thérapeutique.

Les premiers balbutiements

Les projets de recherche des équipes des docteurs Rioux et Batist, qui ont respectivement bénéficié de subventions de 800 000 $ et de 1 500 000 $ échelonnées sur trois ans, sont les deux premiers à être soutenus par le Fonds d'innovation

Pfizer-FRSQ.

Dans les années à venir, le fonds soutiendra plusieurs projets de recherche multi-institutionnels de grande envergure dans le domaine de la santé humaine. Les objectifs poursuivis consistent à stimuler une culture d'entrepreneuriat parmi les établissements universitaires du Québec et à inciter leurs chercheurs de haut niveau à promouvoir les transferts technologiques et la commercialisation de leurs résultats de recherche.

Collaboratrice du Devoir






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