dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 13h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Avis de la Commission de l'éthique, de la science et de la technologie - Le Québec prescrit trop de psychotropes

Autrefois réservé pour soigner les troubles mentaux, le puissant médicament est maintenant employé pour soulager des maux banals ou encore pour améliorer les performances intellectuelles

Louise-Maude Rioux Soucy   21 octobre 2009  Santé
La petite pilule pour doper la mémoire, stimuler l'attention ou aplanir l'humeur de monsieur et madame Tout-le-Monde existe. Cette pilule porte un nom, celui de psychotrope, une catégorie de médicaments puissants qui ne sont plus réservés aux maladies mentales et neurologiques.

Le psychotrope sort de plus en plus souvent de sa zone de confort. Il est désormais prescrit pour surmonter un deuil, contrer une grande timidité ou même stimuler la mémoire ou la performance des bien portants. Un glissement dangereux, selon la Commission de l'éthique, de la science et de la technologie, qui, dans un avis fouillé dont Le Devoir a obtenu copie, réclame un débat public sur cet usage élargi qui va croissant au Québec.

Le psychotrope est un médicament d'ordonnance qui agit sur le système nerveux central et sur le psychisme. Il est utilisé pour traiter des maux comme la dépression, la schizophrénie ou la maladie de Parkinson. Au Québec et ailleurs dans le monde, on note une hausse des diagnostics de troubles mentaux et, par voie de conséquence, de la consommation des psychotropes qui a atteint des sommets inégalés ces dernières années.

Mais ce facteur ne suffit pas à lui seul à expliquer l'explosion de ce secteur, qui arrive deuxième quant au nombre d'ordonnances exécutées dans une année, derrière les agents cardiovasculaires. Au banc des accusés: un nouvel usage dit «élargi» du psychotrope. Le premier glissement relevé par le comité de travail, présidé par Me Édith Deleury et le bioéthicien Hubert Doucet, est infime. Il touche en fait à la médicalisation d'événements (un deuil, un échec) et d'émotions dérangeantes (tristesse, colère ou agitation) «qui ne relèvent pas nécessairement du domaine médical».

Or, lorsqu'un expert établit qu'un état de santé mentale est problématique, il soutient l'idée qu'il s'agit d'une maladie. Et lorsqu'il suggère à ce patient de prendre des médicaments, il en légitimise le traitement, lit-on dans cet avis intitulé Médicaments, psychotropes et usages élargis: un regard éthique, qui sera rendu public plus tard cette semaine. «De là découle un certain risque de voir diminuer l'importance du rôle que chacun peut exercer sur sa propre vie», s'inquiète le comité.

Ce glissement n'est pas sans conséquence. Le psychotrope apparaît ici comme une solution de convenance en ce sens qu'il est peu coûteux en argent, mais aussi en efforts personnels et en temps. Il contribue aussi à l'«abaissement des seuils diagnostiques de ces maladies», ce qui peut faire en sorte que certaines conditions dites «normales» deviennent des conditions désormais clairement «médicales».

L'élargissement du champ d'action des psychotropes ne s'arrête pas là. L'usage élargi des psychotropes regroupe aussi ce qu'on appelle désormais les «lifesyle drugs». Ces psychotropes de type «mode de vie» sont utilisés pour répondre à des attentes liées à la productivité, à la performance ou à la jeunesse. En somme, «il est question ici de méliorisme, de conformisme ou de récréation», écrit le comité, qui parle d'«un mouvement de fond» au Québec et non d'un phénomène anecdotique.

La thérapie est ici évacuée au profit de l'amélioration des fonctions cognitives de personnes qui n'ont pourtant aucun problème mental ou neurologique. Le principe est simple. Il s'agit de rehausser ce qui est déjà fonctionnel. Comment? Par l'usage d'un psychotrope qui vient énergiser la mémoire, renforcer la vigilance ou réduire la sensation de fatigue, par exemple.

Ce faisant, on normalise les comportements et les humeurs, réduisant du coup les bornes d'acceptabilité vis-à-vis des individus qui s'en écartent, s'inquiète le comité. Cette «homogénéisation sociale» transforme non seulement la définition de la normalité, mais elle pose de surcroît la question de la banalisation du psychotrope, qui devient ici un simple «instrument de socialisation, voire de mise en conformité».

Les psychotropes sont pourtant des médicaments puissants, aux effets secondaires indésirables parfois importants et dont la portée à long terme est encore mal connue, rappelle la Commission. Selon elle, il faut impérativement approfondir nos connaissances de ces médicaments. Il faut également que les autorités concernées diffusent des informations «claires, équilibrées et complètes» pour dissiper les idées reçues et les fausses impressions au sein des réseaux de santé et dans la population.

Québec et tous les acteurs concernés par la prescription de psychotropes doivent aussi se pencher plus spécifiquement sur les usages élargis de cette catégorie de médicaments. Le comité les invite enfin à réduire ces mêmes pratiques en assurant une meilleure continuité dans les soins et les services, cela en misant notamment sur la mise en avant de thérapies non médicamenteuses — psychothérapie, alimentation saine, exercice physique —, qui donnent de meilleurs résultats dans plusieurs cas.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Dominique Châteauvert - Abonnée
    21 octobre 2009 18 h 06
    L'alcool est un psychotrope. Le gouvernement du Québec serait-il un "pusher" légalisé?
    Le psychotrope le plus utilisé au Québec, disponible en vente libre, à faible coût, dont l'usage est encouragé par la SAAQ à l'aide de magnifiques annonces et rabais divers, payés à même l'argent des contribuables, c'est l'alcool.
    Voir la définition ci-dessous trouvé sur le net à
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychotrope

    Un psychotrope est une substance qui agit principalement sur l'état du système nerveux central en y modifiant certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux, sans préjuger de sa capacité à induire des phénomènes de dépendance, ni de son éventuelle toxicité.[1] En altérant de la sorte les fonctions du cerveau, un psychotrope induit des modifications de la perception, des sensations, de l'humeur, de la conscience (états modifiés de conscience) ou d'autres fonctions psychologiques et comportementales.

    Le terme psychotrope signifie littéralement « qui agit, qui donne une direction » (trope) « à l'esprit ou au comportement » (psycho).
    Selon Jean Delay en 1957 « On appelle psychotrope, une substance chimique d'origine naturelle ou artificielle, qui a un tropisme psychologique, c'est-à-dire qui est susceptible de modifier l'activité mentale, sans préjuger du type de cette modification. »

    L'effet ressenti lors de l'usage d'un psychotrope est parfois désigné sous le terme effet psychotrope, s'il est communément admis que l'effet psychotrope peut être induit par une substance psychotrope, cet effet peut aussi être atteint par la spiritualité, la méditation ou à travers l'art.

    La France est le premier pays du monde pour la consommation de psychotropes[2].
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Chryst - Abonné
    1 novembre 2009 20 h 59
    Conformité sociale
    C'est de ça dont il s'agit, Entrez dans les rangs peu importe ce qu'il en coûte. Faut voir au profit de qui un tel comportement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012